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Full text of "Les plérophories de Jean, évêque de Maiouma : récits anecdotiques relatifs au Ve siècle"

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Joannes  Rufus,  Bp.  of  Maiuma 
Les  plerophories  de  Jean, 
eveque  de  Maiouma 


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ES  PLÉROPHORIË^f**^*"'  ^^Nocnti^ 


DE  JEAN,  ÉYËQllE  DE  MAIOUMA 

(RÉCITS  ANECDOTIQUES  RELATIFS  AU  V  SIÈCLE) 

riBLIÉES   POUR   I,A    PREMIÈRK    FOIS 

D'APRÈS    UN    MANUSCRIT    DE    L'AN    875 

PAR     F.     NAU 

DU  CLERGÉ  DE   PARIS 

Docteur  es  sciences  mathématiques,  LiCExcra  es  smexces  physiques 

diplomî;  de  l'école  des  hautths  éti/des   {.Section  pMloloçù/ue) 

rnoPESSEUR  a  l'institut  catholiqi-k  t>k  i'ahis 


PARIS 

ERNEST   LEROUX,    ÉDITEUR 
28,   Rue    Bonaparte,   28 

1899 


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LES  PLÉROPHORIES 


DE  JEA\,  ÉVÈOIE  DE  MAIOOIA 


Typographie   Firmin-Didot  et  C"'.  —  Mesuîl  (Eure). 


LES  PLÉROPIIORIES 


DE  JEAN,  ÉVËQUE  DE  MAIOUMA 


(RÉCITS  ANECDOTIQUES  RELATIFS  AU  V^  SIÈCLE) 


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PUBtrÉES   POUR   LA    PREMIÈRE   FOIS  ^l&w 

D'APRÈS    UN    MANUSCRIT    DE    L'AN    875      ^^ 

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PAR     F.     NAU 

DU  CLERGÉ  DE  PARIS 

DOCTEUR  ES  SCIENCES   MATHÉMATIQUES,   LICENCIÉ  ES  SCIENCES  PHYSIQUES 

DIPLÔMÉ  DE  l'École  des  hautes  études   {Section  philologique) 

PROFESSEUR    A  l'INSTITUT  CATHOLIQUE  DE  PARIS 


PARIS 

ERNEST   LEROUX,    EDITEUR 
28,   Rue    Bonaparte,   28 

1899 


^.ilCy::iythif-v-'-   ■ 


iadmoMt  MUtANOCUt 


LES  PLÉROPHORIES 

DE  JEAN,  ÉVÈQUE  DE  MAIOUMA  w 

ÉCRITES  VERS  l'aN  515  ET  PUBLIÉES  POUR  LA  PREMIÈRE  FOIS  d'APRÈS 
UN    MANUSCRIT    DU    IX°    SIÈCLE  (875) 


Le  MANUSCRIT.  —  Ce  manuscrit  (addit.  14,650)  est  conservé  à 
Londres  au  British  Muséum.  11  fut  écrit  l'an  1186  des  Grecs  (875 
de  J.-C),  d'une  écriturejacobite  (2).  L'encre  a  disparu  pour  un 
certain  nombre  de  lettres.  Un  lecteur  a  mis  en  marge  des  équi- 
valents mieux  choisis  de  quelques  mots.  Ce  manuscrit  renferme 
de  nombreux  extraits  de  Jean  d'Asie,  et  M.  Land  l'a  mis  large- 
ment à  contribution  pour  ses  publications  (3)..  Les  Plérophories 
qui  n'ont  pas  encore  été  étudiées  -vont  du  fol.  90  recto  au 
fol.  134  verso.  Elles  sont  divisées  en  89  courts  chapitres. 
•  L'auteur.  —  L'auteur,  inconnu  d'ailleurs,  nous  donne  quel- 
ciues  détails  autobiographiques  (chapitres  16,  21,  22,  23,  88,  89). 
Il  s'appelait  Jean,  était  Arabe  du  Sud  de  la  Palestine,  sans  doute 
d'Ascalon,  étudia  le  droit  à  Beyrouth,  semble  avoir  été  atta- 
ché à  la  maison  d'un  grand  ou  à  un  monastère  d'Antioche 
[p^o.^/  iju^o;  is^;  ^-cu],  fut  ordonné  prêtre  à  Antioche  (471- 
477)  par  le  patriarche  Pierre  le  Foulon  qui  lui  était  très  attaché. 
Il  quitta  cette  ville  quand  le  patriarche  Pierre  en  fut  chassé  et  se 
retira  à  Jérusalem  et  en  Palestine  (4),  où  il  connut  le  solitaire 


(I)  Port  de  Ciaza.  .J'ai  lu  un  travail  sur  ces  Plérophories  au  congrès  des  Orien- 
talistes (septembre  1897)  et  me  bornerai  donc  à  donner  ici  une  très  sommaire  in- 
troduction. 

(•2)  CL  Land,  Anecdola  Syrkica,  t.  1,  p.  24-26,  et  t.  II,  p.  28. 

(3)  Tome  IL  Voir  un  spécimen  de  l'écriture,  t.  I,  table  XV. 

(4)  On  trouve  les  mêmes  détails  chez  Zacharie  :  Vie  de  Sévère  p.  23  (publiée 
par  Spanuth,  à  Gottingue,  1803,  34'pages  in-4';  CL  inl'ra  une  noie  du  cli.  80), 
Jean  y  est  appelé  «  Rufus  »  et  non  «  de  chez  Rulin  ». 


2      LES  PLÉROPHORIES  DE  JEAN,  ÉVÈQUE  DE  MAIOU.MA. 

Isaïe  et  Pierre  Tlbérien,  évêque  monophysite  de  Maiouma,  près 

de  Gaza. 

Il  était  à  Jérusalem  en  484  quand  Pierre,  rétabli  à  Antioclie, 
envoya  sa  lettre  synodale  à  Martyrius.  Il  semble  dès  lors  s'être 
complètement  attaché  à  Pierre  Tlbérien  dont  il  est  appelé  le  dis- 
ciple, et  fut  l'un  de  ses  héritires.  car  il  fut  nommé  évêque  de 
Maiouma.  Enfin  il  écrivit  son  ouvrage  lorsque  Sévère  était  pa- 
triarche d'Antioche  (.j12-518). 

L'ouvrage.  —  Cet  ouvrage  est  composé  d'une  suite  d'anec- 
dotes favorables  aux  monophysites.  La  plupart  proviennent  de 
Pierre  l'Ibérien  et  commencent  par  ces  mots  :  le  vénérable  évêque 
Pierre, notre  maître,  disait.  —  Pour  comprendre  l'importance 
de  cette  formule,  il  faut  se  rappeler  que  Pierre,  de  son  vrai  nom 
Nabarnougios,  était  fils  d'un  roi  des  Ibères,  qu'il  avait  été  envoyé 
comme  otage  à  Constantinople  où  il  avait  été  élevé  dans  la  fami- 
liarité de  Théodose  et  de  Marcien,  enfin  qu'il  avait  fui  la  cour 
Dour  embrasser  la  vie  monacale  à  Jérusalem  (1). 

Î.Ml'URTA.N'CE   HISTORIQUE   DE   CET  OUVRAGE.  —  1°  II  a  été  tranSClÙt 

presque  textuellement  par  Michel  le  Grand,  patriarche  d'Antioche, 
dans  son  histoire  ecclésiastique  (2).  Michel  omet  cependant  quel- 
ques récits  et  surtout  les  détails  historiques  sur  les  personnages 
que  Jean  met  en  scène;  il  se  borne  souvent  à  donner  le  corps  de 
l'anecdote.  Les  premiers  chapitres  sont  encore  transcrits  textuel- 
lement dans  l'histoire  ecclésiastique  du  pseudo-Denys  de  Tell- 
mahré  (3).  Ceci  nous  montre  déjà  que  nous  sommes  en  présence 
d'un  écrit  important  hautement  apprécié  par  les  écrivains  mo- 
nophysites. 

J'ajoute  encore  que  le  rôle  capital  joué  par  Pierre  l'Ibérien  dans 
cet  écrit  en  rend  la  publication  indispensable,  pour  confirmer  et 
compléter  la  biographie  publiée  par  Richard  Raabe. 

2°  C'est  un  ouvrage  très  ancien  qui  est  vé  ri  clique.  On  le  voit 

(1)  Sur  l'iciTO  rilx-rioii,  cf.  Laud.  III.  Iiviv3,  cliap.  .•Ici  7  et  p.  127.  1.  1  1:  p.  l;]l, 
l.(irl>S;p.  172,1.  11;]).  183,1.  10;  1).18'J,  1.22  ;  p.  l'J2, 1.  5.  —  Voir  .surtout  :  /V//w.s- 
dcr  Ihi-ret\  lu'rausgegoljen  und  uljersotzt  von  Richard  Raabe.  Loi\r/.ig,  1895,  iii-8». 
Picrp-  s.'iail  tir  vi-rs  401)01  mort  d<>  485  à 491.  —  Voir  aussi  J.-  B.  Chabot  :  Pierre 
llhérien.  d'ajircs  une  récmle  puUication.  Paris,  189â,  in-8"  (32  pagos). 

(2)  Hril.  Mus.  Or.  nis.  44(12,  fol.  12(1  v.  —  K«  v. 

(3)  Cf.  Suppl.  iriiii.  do  VOrienl  ChréUen  1897,  4"  fasc.  et  p.  30  et  ;jô  du  tirage  à 
part  (Analy.so  des  pai-ti(>s  im-ditosde  la  (lir(.ni(|Ué  attribuée  à  Denys  de  Telhiiahré. 
l>ar  V.  Nau,  olu'z  Lerou.x,  éditeur). 


LKS  PLÉROPHORIES  DE  JEAN,  ÉVÈQUE  DE  MAIOUMA..      3 

au  ton  naturel  des  récits,  et  surtout  au  soin  que  prend  l'auteur 
de  nous  indiquer  d'où  il  tient  ses  informations  et  de  ne  rien 
ajouter  de  son  propre  fonds.  En  voici  un  exemple  : 

(Chap.  XXIII.)  Le  bienheureux  Pierre  ajoutait  :  Jeconnais  un  homme,  Tua 
des  notables  de  la  ville  sainte,  — parlait-il  de  lui  ou  d'un  autre,  il  ne  le  mon- 
tra pas  clairement;  il  dit  seidement  : —  \e  connais  un  homme,  qui  eut  une 
vision  au  temps  de  Juvénal  et  vit  les  impuretés  qui  se  commettaient  dans  le 
sanctuaire  ;  il  ne  voulut  plus  depuis  lors  entrer  dans  Féglise  avec  cet  évêque 
ni  recevoir  la  communion  de  sa  main  ;  mais  il  la  recevait  seul  dans  la  sa- 
cristie, et  cela  avant  la  prévarication  de  Chalcédoine.  Mais  quel  était  le  saint 
qui  eut  cette  vision,  Pierre  ne  nous  l'indiqua  pas. 

3°  Nous  trouverons  dans  cet  écrit  quelques  anecdotes  inédites 
sur  des  personnages  connus  d'ailleurs,  comme  Pierre  l'Ibérien, 
Nestorius,  Juvénal,  Timothée  Elure,  Eudoxie,  Zenon,  Isaïe,  Za- 
charie,  etc.  En  particulier  on  a  une  lettre  de  Pierre  l'Ibérien,  et 
quelques  extraits  de  l'histoire  ecclésiastique  que  Timothée  écrivit 
durant  son  exil  à  Gangra. 

4"  On  trouve  encore  sur  les  moines  monophysites  de  Pales- 
tine de  nombreux  et  intéressants  détails  qui  peuvent  servir  de 
pendant  à  ceux  que  nous  a  donnés  Jean  d'Asie  sur  les  moines  du 
pays  d'Amid  (1).  Pour  comprendre  l'état  d'esprit  de  ces  moines 
en  lutte  ouverte  avec  leurs  évèques,  il  faut  se  rappeler  qu'ils  con- 
tribuaient à  les  nommer;  aussi,  ils  leur  demandaient  compte  de 
leur  mandat,  et  quand  ils  en  étaient  mécontents  ils  les  chassaient, 
ou  même  ils  les  tuaient,  eten  nommaient  d'autres.  En  un  mot,  leur 
respect  pour  les  évèques  ressemblait  un  peu  à  celui  que  nous  té- 
moignons à  nos  députés. 

Par  exemple  (chap.  LVl),  les  pères  et  les  moines  de  Palestine, 
apprenant  la  conduite  de  leur  évoque  Juvénal  au  concile  de  Chal- 
cédoine, se  portent  au-devant  de  lui  pour  le  blâmer  et  «  lui  per- 
suader par  tous  les  moyens  possibles  »  de  revenir  à  l'ortho- 
doxie. Ils  avaient  à  leur  tète  Théodose,  qu'ils  devaient  plus  tard 
nommer  évêqueau  lieu  et  place  de  Juvénal.  Pierre  l'Ibérien,  alors 
simple  moine  à  Maiouma,  n'aurait  pas  voulu  quitter  sa  retraite, 
mais  Dieu,  dans  une  vision,  l'avait  blâmé  de  rester  oisif  pendant 
que  ses  frères  combattaient,  et  il  avait  suivi  les  autres.  —  L'en- 

(1)  Jean  d'Asie,  historien  ecclésiastique  :  lecture  faite   le  25  octobre  1895,  à  la 
séance  publique  des  cinq  Académies,  par  M.  Tabbé  Duchesne. 


4  LES    PLÉROPHORIES    DE    JEAN,    EVEQUE    DE    MAIOUMA. 

trevue  eut  lieu  en  dehors  de  Césarée,  et  dut  être  assez  vive,  car  Ju- 
vénal  irrité,  et  fort  de  l'appui  de  l'empereur  Marcien,  ordonna  à 
un  homme  d'Ancyre  de  traiter  Théodose  et  les  moines  en  rebelles. 
Cet  ordre  allait  amener  une  collision,  comme  cela  eut  lieu  près 
de  Néapolis,  si  Pierre,  qui  avait  connu  cet  homme  à  la  cour,  ne 
s'était  avancé  et,  rejetant  son  capuchon  en  arrière,  n'avait  menacé 
ce  satellite  du  feu  du  ciel  s'il  nuisait  à  ces  moines  orthodoxes  dont 
lui,  Pierre,  était  le  dernier.  L'homme  d'Ancyre,  étonné  et  effrayé, 
se  prosterna  à  terre  en  disant  :  «  Pardonne-moi,  Seigneur  Nabar- 
nougi  (1),  je  ne  savais  pas  que  tu  étais  ici,  »  puis  il  fit  rentrer 
Juvénal  dans  Césarée. 

On  trouvera  une  dizaine  d'histoires  de  ce  genre  contre  Juvé- 
nal et  on  se  fera  ainsi  une  idée  assez  exacte  de  la  force  et  de  l'a- 
charnement de  ces  moines  monophy sites  (ils  étaient  au  nombre 
de  six  cents  dans  le  seul  couvent  de  Romanus,  i^^o;,  à  Thécué, 
jcix>i,  chap.  XXV)  qui  fondèrent,  en  dépit  des  évêques  et  de  toute 
la  puissance  de  Marcien,  une  hérésie  qui  dure  encore.  Si  l'on  se 
rappelle  de  plus  qu'au  moment  où  écrivait  notre  auteur,  l'em- 
pire grec,  manquant  d'hommes,  était  battu  par  les  Perses,  et  ne 
se  soutenait  que  grâce  aux  troupes  de  Goths  qu'il  faisait  passer 
en  Asie  (on  trouvera  dans  les  auteurs  contemporains  les  doléan- 
ces que  leur  suggéraient  les  exactions  de  ces  Goths),  on  pourra 
se  rendre  compte  du  dommage  que  ces  bataillons  de  moines 
voyageurs,  reclus  ou  stylites,  mais  toujours  oisifs  et  parasites 
(car  le  peu  dont  ils  se  nourrissaient  leur  était  fourni  par  ceux 
qu'ils  nommaient  les  séculiers),  causa,  non  seulement  à  la  reli- 
gion, mais  à  l'empire  grec  (2). 

Importance  polémique  de  cet  ouvrage.  —  La  publication  de 
cette  machine  de  guerre  monophysite  doit,  à  notre  avis,  ramener 
à  l'unité  catholique  un  grand  nombre  de  jacobites  intelligents. 
Car  l"  ils  verront  que  nous  regardons  les  moines  monopiiysites 
comme  des  ascètes  et  des  hommes  de  grande  vertu  personnelle; 
et  l'estime  réciproque  est  toujours  la  première  condition  de  tout 

(1)  C'étail  11'  iiuin  ibérifri  do  Pierre. 

(2)  Ce  courant  vers  les  mortifications  bouddiiiques  sembla  roparaiti-e  ceUe  an- 
née, dans  la  schisniatiquo  Russie.  On  a  lu.  en  elTet,  dans  les  journaux.  (|uc  des 
anaclioivies  s'y  lii-enl  eninitiror.  Ils  voulaient  ainsi  gagner  plus  sùrenieni  le  ciel 
CYtail  leur  droit,  sendjle-l-il.  Mais  le  gouvernement  russi>  n'imita  ])as  l'empin» 
grec.  Il  nt  ouvrir  les  cellules,  emprisonner  les  eiuiiiinés  et  passer  en  jugeiueni 
les  emmiireuiN. 


LES    PLÉROPHORIES    DE    JEAN,    ÉVÊQUE    DE    MAIOUMA.  5 

rapproclieinent.  2°  Ils  trouveront  qu'en  fait  de  raisons  en  faveur 
de  la  foi  monophysite,  l'on  ne  donne  guère  que  des  songes. 
Or  on  sait  maintenant  que  l'on  rêve  en  général  d'après  ses 
préoccupations  antérieures,  il  est  donc  tout  naturel  que  les 
moines  monophysites  aient  rêvé  contre  Juvénal  et  le  concile  de 
Chalcédoine.  Les  moines  orthodoxes  devaient  tout  aussi  natu- 
rellement rêver  le  contraire,  et  nous  n'avons  jamais  songé,  que 
je  sache,  à  édifier  quelque  dogme  sur  ces  rêves  où  Dieu  n'a  rien 
à  voir  (1).  Ils  trouveront  surtout  que  les  moines  reprochent 
toujours  aux  évêques  de  défendre  la  doctrine  de  Nestorius. 
Pour  eux,  les  catholiques  sont  des  Nestoriens,  car  ces  moines, 
ascètes  ignorants,  ne  purent  saisir  de  différence  entre  la  nature 
et  la  personne.  Or  il  est  bien  établi  maintenant  que  le  dogme 
catholique  est  aussi  éloigné  de  l'erreur  nestorienne  que  de 
l'erreur  jacobite  et  occupe  entre  elles  ce  juste  milieu  où  loge 
la  Vérité,  il  n'y  a  donc  plus  de  motif,  puisque  c'était  là  le  seul 
sujet  de  dispute,  de  prolonger  plus  longtemps  l'ancien  malen- 
tendu, et  il  est  temps,  aujourd'hui  que  l'on  se  connaît  mieux, 
de  s'unir  à  nouveau  contre  les  Nestoriens. 


(1)  Cinquante-quatre  chapitres  sur  quatre-vingt-neuf  sont  consacrés  à  des  songes, 
et  n'ont  donc  plus,  à  nos  yeux,  d'importance  polémique.  Ils  nous  intéressent  uni- 
quement à  cause  des  détails  historiques  accessoires  qu'ils  nous  donnent  sur  leurs 
héros,  dont  ils  nous  font  de  plus  connaître  le  curieux  état  d'esprit. 


PLÉROPHORIES 


C'est-à-dire  témoignages  et  révélations  faites  par  Dieu  aux  saints,  au  sujet 
de  rhérésie  des  deux  natures  et  de  la  défection  (jui  eut  lieu  à  Clialcé- 
doine.  Cet  ouvrage  fut  écrit  par  Tun  des  disciples  du  bienheureux  Pierre 
riljérien  (1).  nommé  le  prêtre  Jean  de  Beth  lîutin  d"Antioche,  évèquo  de 
Maiouma  de  Gaza. 


Le  vénérable  évêque  Pierre,  notre  père,  nous  racontait  : 
«  Quand  j'étais  à  Constantinople  avant  de  renoncer  au  monde, 
Nestorius  vivait  encore  et  était  évoque.  Durant  la  fête  des  saints 
martyrs,  dans  l'église  appelée  pii,  Nestorius  se  leva  et  parla  à 
la  Ibule,  en  ma  présence,  d'une  voix  forte,  il  commença  à  blasphé- 
mer et  dit  au  milieu  de  son  homélie  :  «  Ne  glorifiez  pas  Marie 
d'avoir  enfanté  Dieu,  car  elle  n'a  pas  enfanté  Dieu,  mais  bien 
l'homme,  instrument  delà  divinité,  »  et  dèsqu'ileut  dit  cela,  un 
démon  s'empara  de  lui  sur  l'autel  même,  il  voulut  le  repousser 
en  arrière  de  son  front  et  de  la  main  droite;  mais  il  fut  trop  fai- 
ble et  fut  sur  le  point  de  tomber,  ses  serviteurs  et  ses  diacres 
vinrent  le  soutenir  et  le  portèrent  à  la  sacristie.  Et  depuis  lors 
la  plus  grande  partie  du  peuple  se  sépara  de  sa  communion  et 
surtout  les  gens  du  palais  et  moi  en  premier  lieu,  bien  qu'il 
m'aimât  beaucoup.  » 


II 


Notre  Itère  nous  parlait  aussi  du  bienheureux  Pclagius 
(«ixxi-.,^)  d'Kdesse.  Celui-ci  menait  la  vie  parfaite,  il  était  moine 
et  prophète.  Il  riitcndil  les  ltlasphèmesd'//>r^s  {\^^),  évêque d"É- 

(1;  Chez  Midit.'l  dn  trouve  l'it'i-rc  lo  Tliracc  i-^ics^  iûoo;ê~^- 


PLEROPHORIES.  7 

desse  et  le  réprimanda  publiquement.  II  eut  ensuite  beaucoup 
à  souffrir  de  cet  évêque  et  fut  persécuté  par  lui.  Il  se  réfugia  en 
Palestine  et  y  demeura  en  paix  au  temps  de  Juvénal,  avant  le 
synode  (de  Chalcédoine)  et  la  transgression  de  la  foi.  Il  fut  fa- 
vorisé de  Tesprit  de  prophétie  et  eut  de  nombreuses  visions.  Il 
allait  très  souvent  visiter  notre  père  Pierre,  qui  demeurait  alors 
en  paix  sur  le  rivage  de  Maiouma,  port  de  Gaza  (1,1^.  ^^oo.^;  i;^iu), 
car  ces  deux  saints  s'estimaient  beaucoup.  Un  jour  qu'ils  s'en- 
tretenaient de  la  perfection  divine  en  se  promenant  sur  les  sables 
du  rivage,  Pélagius  tomba  en  extase  et  prédit,  sept  (I)  ans  avant 
le  concile  de  Chalcédoine,  la  défection  des  évoques  et  l'empereur 
impie  Marcien,  au  temps  et  par  les  ordres  duquel  cette  défection 
devait  arriver.  Il  continua  ainsi  et  ajouta:  «  Et  nous  aussi,  ô 
père,  nous  serons  persécutés  à  cette  époque-là  avec  tous  les 
saints  qui  ne  voudront  pas  adhérer  à  cette  transgression  de  la 
foi,  et  nous  mourrons  durant  cette  persécution.  »  Et  tout  cela 
arriva  plus  tard. 

III 

Notre  père  nous  raconta  encore  :  Je  me  trouvais  un  jour  avec 
d'autres  saints  près  du  même  prophète  Pclagnis,  quand  ce 
vieillard,  bien  avant  le  concile,  eut  une  autre  vision  et  s'écria 
en  pleurant  :  «  ô  Pulchérie,ôPulchérie,  ù  Pulchérie  »  !  Et  quand 
nous  lui  demandâmes  avec  grande  insistance,  de  nous  révéler 
ce  que  cela  signifiait,  il  nous  dit  :  «  Pulchérie,  qui  a  promis  sa 
virginité  à  Dieu,  qui  a  abandonné  Nestorius,  et  qui  est  prônée 
par  tous  les  saints  rassemblés  en  tous  pays,  comme  une  sainte  et 
une  vierge,  boulevard  de  l'orthodoxie,  foulera  aux  pieds  la  vraie 
foi  comme  sa  virginité  et  persécutera  les  saints.  »  Tout  cela  ar- 
riva :  elle  renia  les  promesses  de  pureté  qu'elle  avait  faites  au 
Messie,  se  maria  à  Marcien  et  s'attacha  ainsi  à  sa  royauté,  à  son 
impiété  et  à  la  punition  qui  lui  est  réservée. 

IV 

Pamphile,  diacre  de  l'Église  de  Jérusalem  et  ami  de  Pëla- 

(1)  Pierre  était  donc  à  Maiouuia  eu  444. 


8  PLÉROPHORIES, 

gius,  racontait  qu'il  se  rendit  avec  lui  de  nuit  pour  prier  au  saint 
lieu  du  Golgotha  comme  il  en  avait  Thabitude.  Durant  sa  prière 
il  eut  une  vision,  tomba  dans  le  deuil  et  les  larmes  et  commença 
à  dire  :  «  Juvénal,  Juvénal,  Juvénal  »  !  (^)uand  la  vision  fut  ter- 
minée, le  diacre  Pamphile  se  jeta  à  ses  genoux  et  lui  demanda  ce 
qu'il  avait  vu  et  pourquoi  il  avait  crié  si  longtemps  J^/rt-'^î^/ZCl).  Il 
répondit  :  «  Si  tu  vis  encore,  tu  verras  ce  Juvénal  entouré  par 
les  Romains  et  les  diables  comme  tu  le  vois  maintenant  entouré 
par.  les  moines  et  les  clercs.  » 


Le  même,  voyant  en  esprit  ce  qui  arriverait,  dit  à  notre  saint 
père  et  au  bienheureux  Jean  l'eunuque  (2)  :  «  Méditez 
l'Écriture  Sainte,  mes  fils,  et  quand  vous  confirmerez  l'Église  de 
Dieu,  priez  pour  moi.  »  Il  leur  prédisait  ainsi  l'imposition  des 
mains  qu'ils  devaient  recevoir.  Et  comme  notre  père  Pierre  s'é- 
tonnait  grandement  de  ces  paroles,  car  il  fuyait  jusqu'au  nom 
de  l'imposition  des  mains,  il  dit  tout  en  colère  au  vieillard  :  «  Tu 
ne  sais  pas  ce  que  tu  dis,  ô  vieillard-  »  Mais  Pr/r/^y/i^s  joyeuse- 
ment répondit  :  «  Je  sais  ce  que  je  dis,  et  que  celui  qui  s'en  fâche, 
s'en  fâche.  » 


VI 


Le  même,  au  temps  où  l'on  abandonnait  la  vraie  foi,  faisait 
constamment  à  Dieu  cette  prière  :  «  Seigneur  mon  Dieu,  accorde- 
moi  de  ne  jamais  abandonner  la  vraie  foi,  et  de  ne  jamais  passer 
à  la  communion  de  ceux  qui  ont  opprimé  la  vraie  foi  à  Chalcé- 
doine.  Prends  ma  vie  où  et  comme  tu  voudras,  même  à  l'hô- 
tel et  en  exil;  garde-moi  seulement  de  devenir  un  renégat.  »  Et 
il  en  fut  ainsi.  Il  y  avait  à  Ascalon  une  réunion  d'orthodoxes;  près 
de  notre  père  Cijril/e,  qui  avait  été  chassé  de  Maioinna  (3)  à 

(1)  i;vi'c|iii'  ili-  .li'iMisali'iii   l:!0-1âS. 

(2)  roiii|i;i;rii'iii  (11"  l'icm'1'lljLTiL'u  dans  sa  l'iiiti'  de  Couslantinoplo.  Cl.  Laiid,  Ul, 
p.  \H\,  I.  l;i.  .1  l'.inis  dcr  Ujcrer,  p.  21-22. 

(:{)  On  li'ouv.'  clic/.  Land.  II.  p.  177,  1.  Jl.  ipic  les  moines  du  monastère  de  l'i(>rrc 
IMIicTicii  a  (ia/a  Inr.MiI  dispersés  par  la  pcrstk'iition. 


PLÉROPHORIES.  9 

cause  de  l'orthodoxie,  s'était  retiré  à  Ascalon,  et  y  tenait  un  hô- 
tel. Le  vénérable  Pc/agi  us,  poursuis'i,  se  cachait  chez  lui,  où  il 
mourut  une  certaine  nuit,  comme  il  l'avait  demandé  et  prédit. 
Quand  quelques-uns  de's  hommes  zélés  de  Maiouma  apprirent 
sa  mort,  ils  vinrent  de  nuit,  prirent  son  corps  et  l'ensevelirent 
sur  le  rivage  dans  le  monastère  de  l'ami  du  Messie  Haroun  le 
marchand  de  blé  (i^.ep°  ^o'»))- Les  évêques  orthodoxes  étaient 
alors  persécutés,  et  Pierre,  qui  avait  dû  s'éloigner,  demeurait  à 
Oxyrinque,  en  Thébaïde.  A  cette  distance,  la  nuit  où  mourut  Pé- 
lagius,  Pierre  le  vit  en  songe  s'approcher  tout  joyeux  avec  un 
visage  souriant,  le  saluer  et  lui  dire  :  «  Père,  prie  pour  moi  et 
protège-moi,  parce  que  je  vais  près  du  Seigneur.  »  Pierre  nota 
la  nuit  où  il  vit  ce  songe,  et  il  trouva  plus  tard  que  c'était  celle 
de  la  mort  du  saint  confesseur  Pélagius.  La  mère  de  celui-ci 
(qui  jeûnait  la  semaine)  le  conçut,  l'enfanta  et  l'éleva  dans  la 
sainteté.  Il  avait  grandi  et  était  homme  fait,  quand  mourut  l'un 
des  plus  illustres  de  la  ville;  il  le  vit  accompagné  par  tout  le 
peuple  et  en  songeant  que  de  cette  foule  il  allait  (seul)  au  juge- 
ment, il  comprit  la  vanité  de  ce  monde  et  devint  ainsi  un  vase 
d'élection. 


VII 


Le  vénérable  Jean,  prêtre  &' Alexandrie,  appelé  de  Beth  Te- 
tina  (iJ-.^  c^^;)'  homme  connu  et  célèbre,  nous  racontait  :  «  Quand 
j'étais  jeune,  j'avais  le  désir  de  quitter  le  monde,  et  comme  j'a- 
vais coutume  d'aller  près  du  vénérable  Lidius  {-a^^  (I)  le  pro- 
phète des  cellules  (ii^-^r)  (2),  je  courus  lui  conter  mon  dessein 
pour  apprendre  de  lui  si  le  Seigneur  approuvait  mon  désir  et  mon 
zèle,  et  lui  demander  de  prier  pour  moi.  Il  me  répondit  :  At- 
tends {^o\i  îco;),  car  je  ne  vois  pas  maintenant  si  tu  y  serais  tran- 
quille; mais  va,  aie  toujours  souci  de  la  vérité  et  des  œuvres  de 
la  perfection,  car,  dans  quelque  temps,  une  persécution  atteindra 
l'Église,  alors  fuis,  viens  ici  et  sois  moine.  Et  comme  je  de- 
mandais   au   vénérable    Talidius  {~^^^i)  quelle  serait  cette 

(1)  Chez  Michel  ^'^.  et  phis  bas,  Tahdiiis.  Cf.  Land,  III.  10-2.  1.  li. 

(2)  Il  semble  y  avoir  eu  un  monastère  de  ce  nom  en  Egypte.  On  lit  chez   Jean 
Moschus:  y)X9ev  s!;  t?iv  >,a-JpavTà>v  x£),),îwv.  [Pratum  spirituale,  cap.  177.) 


lu  PLÉROPIIORIES. 

persécution  et  si  le  pag-anisme  reprendrait  (des  forces),  il  médit  : 
Non,  mais  il  y  aura  un  empereur  impie,  nommé  Marcien,  qui 
amènera  les  évêques  à  dire  que  ce  n'est  pas  Dieu  qui  a  été  cru- 
cifié, et  tous  récouteront  et  lui  obéiront,  à  l'exception  du  seul  évê- 
que  d'Alexandrie,  de  Dioscore,  dis-je,  qui  ne  lui  obéira  pas,  mais 
sera  persécuté  par  lui  et  chassé  en  exil  où  il  mourra.  Je  lui  dis  : 
Le  peuple  d'Alexandrie  le  laissera  donc  chasser  en  exil?  Il  me 
répondit  :  Oui,  on  usera  de  violence  et  on  le  remplacera  par  un 
renégat.  Et  comme  ces  paroles  me  faisaient  souffrir,  il  ajouta: 
Mais  Dieu  suscitera  à  cette  époque  un  prêtre  selon  sa  volonté  (il 
annonçait  le  bienheureux  Timothée)^  et  son  prédécesseur  qui  se 
conduisait  en  tyran  sera  tué  (il  parlait  de  l'impie  Proterius); 
mais  Timotliée,  après  être  resté  peu  de  temps  évéque,  finira  en 
exil.  Quand  ce  vieillard  m'eut  dit  cela  et  se  tut,  je  fus  dans  une 
grande  angoisse  et  lui  dis  :  Seigneur  père,  cet  évêque  orthodoxe 
demeurera  donc  en  exil,  et  la  ville  et  toute  l'Egypte  périront  et  se- 
ront possédés  par  les  impies?  Il  ne  répondit  pas  et  quand  j'eus 
continué  quelque  temps  à  le  prier,  il  me  dit  :  S'il  en  a  le  temps, 
il  reviendra;  et  après  être  demeuré  quelque  temps  encore  il 
mourra  dans  la  vraie  foi.  Après  ces  paroles  il  se  tut  et  je  me  je- 
tai à  ses  genoux  pour  lui  demander  ce  qui  s'ensuivrait.  Il  me  ré- 
pondit :  Tu  en  sais  assez,  car  après  cela  approchera  le  temps  de 
l'Antéchrist. 

VIII 

Le  bienheureux  Zenon  (v^Jh),  mendiant  et  prophète  deK^'fa/- 
Seoiia  (up^  rsa),  ville  de  Palestine  (I),  en  prédit  autant,  avant  le 
concile  deChalcédoine,  au  vénérable  moine  Etienne,  qui  fut  à  la 
lin  (Hacre  de  Jérusalem.  Celui-ci  eut  le  désir  de  vivre  dans  l'exil 
pour  l'amour  de  Dieu.  Il  alla  donc  trouver  le  vénérable  Zenon  et 
lui  demanda  si  Dieu  approuvait  son  dessein.  Ilrerutla  réponse 
suivante  :  «  Va  maintenant  ri  tiens-toi  tranquille,  mais  plus 
tard  il  y  aura  une  persécution  et  une  révolte  des  hérétiques 
contre  l'Eglise  orthodoxe;  alors,  quand  bien  même  tu  ne  le  vou- 

(I)  Cl.  l'rtiiis  (Ici-  IhonT,  j).  ls.49.  l'iorro  visitait  souvtMil  Zonon  dans  ce  viliafro 
siiiK-  à  iô  iiiillosdcCiaza.  Co  lut  Zenon  i|ui  conseilla  à  l'i(MTe  (li'i|iiiiler  le  ciuivent 
(les  Ihériens  «lu'il  avaitlondé  à  Jérusali-m,  |irès  do  la  rniiid,-  David,  pour  se  icij- 
n-r  h  MaifMiuia  et  (■■eliap]n'r  ainsi  aux  jioiirsuites  de  riiiiin'ralricc  Eiidoxic 


PLÉROPIIORIES.  11 

cirais  pas,  tu  partiras  en  exil,  et  tu  y  demeureras  si  tu  aimes  Tor- 
tliodoxie.  »  Ce  qui  arriva,  car  à  la  fin  il  dut  partir  en  exil  et  y 
mourut  à  cause  du  concile  deChalcédoine. 

Le  bienheureux  Zenon  avait  coutume  de  recevoir  les  moines 
de  partout,  d'écouter  les  pensées  de  chacun  d'eux  et  de  leur  dire 
ce  qui  pouvait  leur  être  utile.  A  la  fin,  quand  il  prévit  les  maux 
qui  allaient  fondre  sur  la  terre,  à  l'occasion  de  l'apostasie  de 
Chalcédoine,  il  se  renferma  une  année  avant  cette  apostasie  et  ne 
reçut  plus  personne.  Il  mourut  ainsi  dans  le  deuil  et  les  gémis- 
sements une  année  avant  le  concile  des  renégats  (1). 


IX 


Le  vénérable  Innocent  (^a^^^j-oa-.;  ;  chez  Michel  :  ^o-è-uLooju;) 
de  Pamphilie,  homme  pur,  et  chef  de  monastère  (i^/»  v^^),  nous 
racontait  qu'il  y  avait  en  Pamphilie  une  vallée  grande  et  pro- 
fonde où  un  saint  solitaire,  avant  le  concile  de  Chalcédoine,  vit 
venir  le  diable  qui  lui  dit  :  —  Tombe  à  mes  pieds  et  adore-moi. 
—  Et  comme  le  saint  se  fâchait  et  l'injuriait,  le  diable  impur  s'é- 
loigna en  disant  :  Pourquoi  te  fais-tu  prier  pour  m'adorer?  je 
vais  rassembler  tous  les  évoques  et  faire  un  concile,  là  tous  les 
évêques  m'adoreront. 


Je  ne  raconte  pas  le  fait  suivant  pour  exciter  l'étonnement  des 
hommes,  mais  bien  parce  que  des  hommes  intègres,  âgés  et  di- 
gnes de  foi,  et  de  saints  moines  le  contèrent,  à  moi  et  à  ceux  qui 
étaient  alors  cachés  dans  le  monastère  du  vénérable  Romanus 
(i-x^oî)  (2)  où  ils  avaient  été  reçus  pour  sa  mémoire.  Le  père  Atra- 
bius  fi=oci-^t4,/),  homme  véridique,  le  père  Pragmius  ^a)a-^.û^;3),  le 
père  Thomas  le  sourd  (t-^s^o»),  ancien  disciple  du  bienheureux 
Romanus,  et  beaucoup  d'autres  vieillards  à  la  conscience  pure, 
ne  cachèrent  pas  le  signe  qui  eut  lieu  en  Palestine  pour  prédire 
l'apostasie  des  évêques. 

(1)  En  450. 

(2)  Cf.  Land,  Anecdota  Syr.AU,  p.  126,  I.  1.  Les  moines  songèrent  un  instant  à 
nommer  Romanus  évoque  de  Jérusalem  en  i)lace  de  Juvénal. 


12  PLÉROPHOHIES. 

Au  moment  où  le  concile  irrégulier  allait  avoir  lieu,  le  ciel 
devint  tout  à  coup  nuageux,  obscur  et  abaissé,  et  des  pierres  (1) 
tombèrent  dans  la  ville  sainte,  dans  tous  les  bourgs  des  envi- 
rons et  dans  beaucoup  de  lieux  de  Palestine,  qui  étaient  identi- 
ques aux  pierres  précieuses  dont  se  servent  les  hommes,  et  il  y 
avait  des  perles  de  diverses  couleurs  et  de  toute  beauté,  de  sorte 
que  beaucoup  en  ramassèrent;  mais  quand  ils  s'en  servirent  sans 
discernement,  elles  perdirent  leur  éclat.  Et  on  racontait  que 
HpsijcIuus  (-£0=1^.^00,),  orateur  de  Jérusalem,  en  rassembla  beau- 
coup, les  montra  à  l'impératrice  Eudoxie  (u-oo.o;)  (2)  et  les  envoya 
à  Constantinople  pour  démoiitrer  ce  prodige  qui  annonçait  la 
cécité  du  monde  après  l'apostasie  des  évoques,  selon  la  parole 
du  prophète  Isaïe  :  «  Les  serviteurs  de  Dieu  sont  aveuglés.  » 
On  voyait  beaucoup  de  fine  poussière  sous  ces  pierres,  ce  qui 
montrait  qu'elles  venaient  d'en  haut.  Et  des  témoins  de  ce  pro- 
dige nous  dirent  que  jusque  maintenant  on  en  conserve  une 
pleine  corbeille  dans  le  village  de  Gatta  (iln-^)  (3). 

Notre  père  Pierre  témoigne  aussi  de  ce  fait  en  disant  qu'il 
l'a  entendu  conter  au  moment  même,  par  ceux  qui  le  virent, 
tandis  qu'il  habitait  dans  le  monastère  de  Maiouma.  Et  le 
père  André,  son  disciple,  affirma  avoir  vu  trois  prodiges  de  ses 
yeux,  d'abord  celui  des  pierres,  puis  un  Samaritain  aveugle  qui 
recouvra  la  vue  en  se  lavant  les  yeux  avec  le  sang  des  saints 
moines  qui  furent  tués  près  de  yéapolis  (4)  au  temps  de  l'apos- 
tasie, et  enfin  l'Eucharistie  changée  sensiblement  en  corps  et  en 
sang  dans  l'église  des  Apôtres  à  Césarée.  Car  les  saints  pères 
orthodoxes  allèrent  au-devant  du  renégat  Juvénal  (5)  au  mo- 
ment où  il  revenait  du  concile  :  ils  voulaient  le  réprimander  ou 
lui  persuader  de  se  repentir  et  de  revenir  à  l'orthodoxie.  Mais  le 
gouverneur  (ijo-^wtleurdéfenditd'entrer  dans  Césarée  parce  qu'ils 
étaient  nombreux  et  que  beaucoup  venaient  les  rejoindre.  Il  leur 
persuada  de  célébrer  l'Eucharistie  (ij^îo^  ^o;^^.)  dans  l'église  des 
Apôtres  qui  est  hors  de  la  ville  :  beaucoup  de  fidèles  la  reçurent 

(1)  Doux  t'ois  sur  trois  li'  ins.  porte  l^^  d  l^i». 

(2)  É])misf'  (lo  Tliôodoso  le  .Ji'iiiif.  ("!'.  l'ctriis  di'r  Ihcn'r,  liail..  p.    IS  :  du  Caiige, 
Ifisl.  //y:.  I.  1».  70:  LmihI.  111.  p.  lli;. 

(3)  CV'st  pout-iMrolû^li'  villap'  (l'KiKloxio.  V.  rli.  xx. 

(l)  C<^  niassacn-  est  raroiid'  clii'Z  Laiid.  IIl.  p.  1-J7,  I.  l(i,  etc.,  et  la  uin'iison  du 
Saiiiaritaiii  l'ost  p.  \'2H  cliaii.  vi. 
(o)  Ci'tlcd.Miiarrli.M'st  raconti'O.  Liud.  III.  ]i.  kT».  1.  -21.  Cf.  infracli.  \xv  et  i.\i. 


PLÉROPHORIES.  1 


Q 


et  la  conservèrent  et  trouvèrent  ensuite  le  corps  et  le  sang  vé- 
ritable. Le  père  Niccphore  (1),  prêtre  et  homme  véridique,  té- 
moignait de  ce  prodige  en  disant  qu'il  Tavait  vu. 

Et  si  quelqu'un  ne  croyait  pas  ce  miracle  aussi  grand  que  celui 
des  pierres,  qu'il  apprenne  un  fait  analogue  connu  de  tous  ceux 
qui  ont  lu  le  livre  public  {^^^  :  quand  l'impie  Marcien  fut  pro- 
clamé et  couronné,  les  ténèbres  couvrirent  subitement  toute  la 
terre  et  il  tomba  du  sable;  l'obscurité  était  aussi  forte  que  celle 
qui  couvrit  l'Egypte,  de  sorte  que  les  habitants  de  la  ville  impé- 
riale étaient  partout  dans  la  crainte  et  le  tremblement,  ils  pleu- 
raient et  se  lamentaient  comme  si  la  fm  du  monde  était  proche. 
C'était  là  une  prophétie  de  l'obscurité  qui  allait  couvrir  toute  la 
terre  par  le  fait  de  ce  tyran,  et  de  la  diminution  et  de  l'obscur- 
cissement de  la  crainte  de  Dieu,  de  sorte  que  toute  la  création 
non  douée  de  parole  prenait  le  deuil  et  annonçait  d'avance  l'a- 
postasie future  et  la  destruction  de  la  foi  orthodoxe  que  devait 
accomplir  l'empereur  impie  avec  la  foule  des  évoques  de  la  terre. 
Ces  ténèbres  durèrent  jusqu'au  soir  et  nous  n'avons  pas  besoin 
d'en  chercher  un  témoignage  ou  une  démonstration  externe,  il 
suffit  de  lire  l'écrit  public  où  le  tyran  s'efforçait  de  résister  à 
Dieu.  Quand  il  vit  en  effet  le  trouble  et  le  deuil  des  soldats  et  de 
toute  la  ville  qui  tous  auguraient  mal  de  son  empire,  et  crai- 
gnaient qu'il  n'apportât  de  grands  maux  à  l'univers,  il  fut  ef- 
frayé et  commença  par  écrire  publiquement  (e-i-roa^;,)  pour  élu- 
der la  colère  de  Dieu,  dans  l'espoir  de  tromper  le  peuple.  Il  disait 
au  contraire,  comme  l'enseigne  cet  écrit  à  ceux  qui  le  trouveront, 
qu'une  grande  abondance  de  biens  découlerait  nécessairement 
de  son  empire,  puisqu'il  chassait  les  ténèbres  de  l'empereur  son 
prédécesseur,  et  que  le  commencement  de  son  règne  était  marqué 
par  une  brillante  lumière,  qu'il  le  voulait  ainsi  et  que  c'était  là 
le  premier  de  ses  ordres. 

Cet  écrit  futrépandu  dans  tout  l'univers;  mais  ceux  qui  ont  des 
oreilles  pour  entendre,  des  yeux  pourvoir  et  un  cœur  pour  com- 
prendre, y  trouveront  une  démonstration  certaine  et  une  preuve 
écrite  qui,  grâce  à  cette  précaution  du  tyran,  désigne  clairement 
l'apostasie  et  Téloignement  de  Dieu  où  tombèrent  les  évêques 
de  Chalcédoine. 

(1)  Ce  nom  est  douteux,  car  il  est  pi'esque  illisible  dans  le  ms. 


]  1  PLEROPHORIES. 


XI 


Il  y  eut  encore  à  la  même  époque  une  démonstration  du 
même  genre  à  Jérusalem,  qui  annonçait  d'avance  l'oftense  que 
l'on  ferait  à  Dieu.  L'immense  croix  qui  depuis  tant  d'années  bril- 
lait dans  Tégiise  de  l'Ascension  (i^oi»  k^)  prit  subitement  feu  (1) 
et  fut  réduite  en  cendres.  Tous  les  serviteurs  de  Dieu  furent 
saisis  de  crainte,  de  sorte  que  l'impératrice  fidèle  Eudoxie  (u^.o/), 
pour  rassurer  et  consoler  le  peuple,  fit  mettre  en  place  celle  qui 
brille  maintenant  et  qui  a  six  mille  livres  d'airain. 


XII 


Notre  père,  l'évêque  Pierre,  eut  un  jour  une  conversation  avec 
le  père  Isaïe  (2),  qui  demeurait  en  paix  à  la  douzième  indiction 
(i^joM  pcL^^^^^s).  Nos  frères  Zacharie  et  André,  je  parle  des 
compagnons  de  cellule  (q^^qj»,  (jj^y-sAXoi)  (3)  de  Pierre ,  étaient 
présents  et  nous  racontèrent  les  paroles  suivantes  du  père  Isaïe  : 
«  Je  me  rappelle  avoir  demeuré  jadis  près  d'un  grand  saint 
nommé  le  père P««7delaThébaïde,  quiétaitàgé  de  cent  vingtans, 
un  peu  plus  ou  un  peu  moins,  et  avoir  entendu  de  lui  la  pro- 
phétie suivante  :  Dans  vingt  ans  les  évêques  prévariqueront  et 
tomberont  dans  l'éloignement  de  Dieu  prédit  par  l'Apôtre,  par 
le  fait  d'un  homme  méchant  nommé  Marcien  qui  sera  empe- 
reur. Cet  empereur  mourra  après  un  peu  plus  de  six  ans.  Il 
viendra  alors  pour  un  peu  de  temps  un  homme  menteur,  puis  la 
paix  sera  rendue  en  partie  à  l'Église,  et  les  événements  se  dérou- 
leront ainsi  jus(]u'à  l'arrivée  de  l'Antéchrist.  » 


XIII 


Le  père   Zenon,  appelé    des    trois  cellules    (ic^ù^û -.n^l),  qui 
demeurait  en  ^?i\\kKualon  {^o^\)  (à  neuf  milles)  tl'Alexandrie, 

(1)  Est  rapporte- clioz  lo  ]tsoiid<»-I)oiiys. 

(■2)  Sa  vio  csi  lacfiiili'o  clicz  I.aud,  1. 111,  j».  oUi. 

i:?)  Cf.  l'olriis  (ItT  Ilii'i-cr,  p.  131  ot  Vie  de  Sévère,  p.  23,  1.  G. 


PLKROPHORIES.  15 

prophétisa  (rune  manière  analogue.  En  effet,  le  grand  scolasti- 
que .lo-^-^^jL^/  racontede lui  :  «Quand  y éVàis k  Alexauf/rie, }eime 
encore,  et  y  étudiais,  j'avais  la  pieuse  habitude  d'aller  fréquem- 
ment visiter  ce  vieillard. 

Un  jour  que  j'allais  le  voir  comme  de  coutume  et  que  j'arri- 
vais brusquement  près  de  sa  cellule,  je  le  trouvai  debout  portant 
une  corde  en  main  et  les  yeux  levés  au  ciel.  Comme  je  crus 
qu'il  priait,  je  m'éloignai  un  peu  pour  qu'il  pût  terminer  sa 
prière.  Mais  il  demeura  longtemps  sans  bouger  et  sans  me 
répondre;  je  pensai  alors  que  Dieu  lui  révélait  mes  péchés  et 
qu'à  cause  de  cela  il  ne  me  parlait  pas  et  ne  me  répondait 
pas.  Quand  j'eus  attendu  un  peu  et  que  le  vieillard  demeurait 
toujours  dans  sa  vision  je  me  retournai  pour  partir.  Mais 
celui-ci  me  cria  à  haute  voix  :  Pourquoi  pars-tu?  —  Je  m'ap- 
prochai et  l'adorai,  et  lui,  sans  rien  ajouter,  me  dit  :  Va  et  écris 
(or  à  ce  moment  le  chef  des  évêques,  le  bienheureux  Tlmothée, 
était  en  exil).  Et  le  vieillard  me  dit  :  Après  un  certain  nombre 
d'années  l'évêque  Timothée  reviendra  d'exil  et  rétablira  l'or- 
thodoxie. Au  bout  de  deux  ans  il  mourra  et  son  archidiacre  lui 
succédera,  puis  il  y  aura  dans  l'Église  un  schisme  qui  ne  se 
terminera  qu'à  l'arrivée  de  l'Antéchrist.  » 


XIV 


Le  père  Paul,  qui  était  sophiste,  nous  raconta  aussi  qu'il 
avait  demeuré  avec  le  père  André,  vieillard  et  prophète,  re- 
cherchant la  vérité  (iv-v^o  p-i^)  qui,  avant  le  concile  était  l'un 
des  saints  et  illustres  frères  d'Egypte.  Celui-ci,  dans  une  vi- 
sion, vit  une  foule  d'évêques  qui  attisaient  une  fournaise  allu- 
mée où  ils  jetèrent  un  bel  enfant  resplendissant  comme  l'or,  et 
ils  fermèrent  toutes  les  ouvertures  de  la  fournaise,  de  sorte 
qu'on  n'en  voyait  pas  sortir  de  fumée  et  que  l'air  ne  pouvait  pas 
y  entrer.  Au  bout  de  trois  jours,  ii  vit  l'enfant  sortir  sain  et 
sauf  de  la  fournaise,  et  reconnut  le  Seigneur.  Comme  il  avait 
coutume  de  lui  parler,  il  lui  dit  :  Seigneur,  qui  sont  ceux  qui 
t'ont  jeté  dans  la  fournaise?  Celui-ci  lui  répondit  :  Les  évêques 
m'ont  crucifié  de  nouveau,  et  ont  voulu  m'enlever  ma  gloire. 
Et  il  avait  raison,  car  les  Nestoriens  héritèrent  delamaladie  des 


16  PLÉROPHORIES. 

Juifs,  qui  estimaient  que  celui  qu'ils  crucifièrent  n'était  qu'un 
homme,  et  non  un  Dieu  incarné.  Et  quand  le  vieillard  regarda 
encore,  il  vit  un  vieillard  debout  dans  le  lointain,  à  l'écart  des 
autres  évêques,  et  qui  ne  les  aida,  ni  quand  ils  allumèrent  la 
fournaise,  ni  quand  ils  y  jetèrent  l'enfant.  Et  il  demanda  à  l'en- 
fant :  Quel  est  donc  ce  vieillard?  Celui-ci  répondit  :  C'est  Dios- 
core,  chef  des  évêques  cV Alexandrie,  qui  seul  refusa  d'entrer 
dans  leurs  desseins  (1).  Et  le  vieillard  prenant  confiance  s'en- 
hardit jusqu'à  demander  à  l'enfant  :  Seigneur,  d'où  vient  donc 
que  presque  tous  les  évêques  d'Alexandrie  combattent  pour  la  foi 
jusqu'à  la  mort?  Et  l'enfant  répondit  :  Depuis  que  Simon  le 
Cyrénéen  a  porté  ma  croix,  —  et  Cyrène  est  dans  une  partie  de 
ï Egypte,  — depuis  lors  j'ai  prévu  que  l'Egypte,  dans  une  partie 
de  laquelle  est  situé  Cyrène  de  Libye,  porterait  ma  croix  jusqu'à 
la  fin,  s'attacherait  à  moi  et  me  servirait  avec  zèle  jusqu'à  la 
mort. 


XV 


Pour  confirmer  ce  récit,  il  me  faut  ajouter  ici  une  histoire 
qui  me  fût  contée  par  celui  qui  accompagna  le  bienheureux 
Timothéc  en  exil,  assista  à  sa  sainte  mort  et  l'entendit  parler. 
Quand  il  fut  près  de  mourir,  il  rassembla  les  chefs  du  clergé  et 
leur  dit  :  «  Je  serai  un  insensé,  comme  parle  l'Apùtre  (2);  cepen- 
dant je  crois  nécessaire,  pour  vous  donner  confiance  et  pour 
vous  faire  comprendre  notre  époque,  de  vous  raconter  ce  qu"il 
m'advint  quand  j'étais  enfant  et  me  rendais  un  matin  à  l'école. 
Je  rencontrai  un  vieillard  d'une  prestance  et  d'une  beauté  di- 
vine qui  me  prit  la  tête  dans  les  mains,  me  baisa  d'un  visage 
joyeux  et  resplendissant,  et  me  dit  :  «  Bonjour.  Timothée,  évêque 
de  salut  »,  et  quand  il  eut  répété  trois  fois  ces  paroles,  il  dispa- 
rut et  je  ne  le  revis  plus. 


(1)  On  voit  ici,  ol  l'on  Irouvora  souvent  oncoro,  coniiiio  jo  l'ai  anurnicr-.  que  los 
•■•v(V|ii<'s<ic  riialc('(|oiiio  (nii  condannu-nMit  Dioscore,  c'osl-à-dire  los  évoques  catlio- 
liqiR's,  sont  conl'ondiisà  tort  avec  les  Nestoriens.  Les  arpiiiiK-nts  do  .Jean  tombent 
donc  à  faux.  Sur  Paul,  cf.  Land,IlI,  100,1.  3  et  liX),  1.  :.'-'. 

(^)  H  Cor.,  XI,  16,  17. 


PLÉIIOPHORIES.  17 


XVI 


Quand  je  demeurais  à  Jérusalem,  ]e  suivais  un  jour  la  route 
qui  conduit  de  *S'//oc'',  dans  la  vallée,  jusqu'aux  coteaux  environ- 
nants (ovjoo  ^oCi-r  iN^oA  i-ûioc^  ^5^  1-qx^  ^).  Il  y  avait  avec  moi  l'un 
des  notables  de  la  ville  qui  connaissait  tous  les  environs.  Regar- 
dant du  côté  gauche  du  chemin,  je  vis  au  pied  de  la  monta- 
gne, de  ce  côté,  un  grand  monastère  détruit  et  renversé,  tout 
autour  se  trouvaient  un  grand  nombre  d'arbres  différents,  les 
uns  desséchés,  les  autres  arrachés;  et  il  poussait  là  des  épines  et 
de  la  vigne  comme  dans  les  endroits  de  nul  usage.  Je  dis  alors, 
rempli  d'étonnement,  à  celui  qui  marchait  avec  moi  :  Comment 
se  fait-il  que  tous  ces  moines  soient  partis  pour  Jérusalem  et  se 
soient  condamnés  à  se  trouver  de  nouvelles  retraites,  à  acheter 
ou  à  bâtir  des  monastères  et  des  lieux  de  repos  pendant  qu'ils 
abandonnaient  toutes  ces  constructions  à  la  ruine?  Comment 
cela  a-t-il  pu  se  faire?  Il  me  répondit  :  Ce  monastère  est  celui 
de  Juvénal,  c'est  là  qu'on  alla  le  chercher  pour  le  faire  évêque; 
puis,  après  le  concile  de  Chalcédoine,  ce  monastère,  contre 
toute  attente,  et  comme  par  un  effet  de  la  colère  de  Dieu,  devint 
désert  et  ruiné  comme  tu  le  vois  maintenant,  et  personne  ne 
put  y  habiter.  Je  dis  alors  tout  rempli  d'étonnement  :  En  vérité, 
Juvénal  est  le  compagnon  de  Judas,  comme  le  dit  le  bienheu- 
reux Dioscore;  c'est  pourquoi  ce  lieu  a  hérité  de  la  malédiction 
de  Judas,  dont  l'écrivain  inspiré  (i--o-^  ...^  a  dit  :  Que  son  ha- 
bitation soit  déserte  et  que  personne  n'habite  sous  sa  tente  (I). 


XVII 


Je  témoigne  avoir  entendu,  ainsi  que  bien  d'autres,  notre 
père  Pierre  raconter  le  fait  suivant  :  Juvénal  avait  coutume  de 
visiter  (2)  durant  le  carême  les  monastères  qui  entouraient  Jéru- 
salem et  d'aller  voir  les  anachorètes  qui  y  vivaient.  Il  arriva 

(1)  Ps.  Lxviii,  26;  Actes,  i,  iO. 

{2)  "^ûJ  ou  plutùt^^î^  dans  le  texte,  et  ;P^  en  marge  du  ms. 


18  PLÉROPIIORIES. 

près  d'un  vieillard  âgé  et  proche  de  Dieu,  et  quand  celui-ci  s'a- 
perçut de  son  approche,  il  ferma  la  porte  de  sa  cellule  et  de- 
meura en  silence  à  l'intérieur. 

Il  n'ouvrit  pas  lorsque  Juvénal,  avec  ses  clercs  et  des  habitants 
de  la  ville,  vint  frapper  à  la  porte.  Ceux-ci  irrités  menaçaient 
ou  d'escalader  le  mur  ou  de  briser  la  porte,  alors  le  vieillard 
cria  :  «  Va-t'en,  Antéchrist;  je  ne  veux  pas  que  l'Antéchrist 
entre  ici  ni  que  le  traître  Judas  vienne  dans  ma  cellule.  »  Et 
il  ajouta  d'autres  paroles  analogues. 

Les  suivants  de  Juvénal  se  fâchaient  et  rougissaient  de  ces 
paroles,  mais  Juvénal  leur  dit  :  «  Laissez-le,  il  a  perdu  l'esprit, 
la  vie  cénobitique  lui  a  desséché  le  cerveau,  il  ne  sait  pas  ce 
qu'il  dit.  »  Ceci  fut  raconté  dans  toute  la  ville  et  dans  les  envi- 
rons et  ceux  qui  l'entendirent  ne  l'oublièrent  pas,  afin  de  voir 
ce  qui  s'ensuivrait;  car  ils  savaient  que  ce  vieillard  était  un 
homme  saint,  ami  de  Dieu,  rempli  de  grâces  spirituelles  et  qui 
ne  disait  rien  en  vain. 


XVIII 

Il  y  eut  encore  vers  cette  époque  un  autre  fait  du  même  genre 
que  nous  racontait  notre  père  P«erre.  Il  demeurait  alors  k  Jéru- 
salem et  put  le  voir  lui-même.  Il  racontait  que  dans  l'église  ap- 
pelée de  la  Piscine  probatique,  où  le  Seigneur  guérit  le  paraly- 
tique, il  y  avait  un  jeune  lecteur  de  ceux  qui  y  demeuraient. 
Son  jour  arrivé,  il  s'était  rendu  de  grand  matin  dans  le  saint 
lieu,  quand  il  vit  clïiirement  notre  Seigneur  et  notre  Dieu  Jésus 
qui  entrait  dans  toute  sa  gloire  au  milieu  de  la  foule  des 
saints,  et  quand  il  vit  les  lumières  de  l'Église  dont  les  unes 
étaient  éteintes  et  les  autres  dédaignées,  il  cria  et  dit  :  «  Que 
ferai-je  à  ceux-ci  que  j'ai  comblés  de  biens,  d'huile,  de  vin  et  de 
toutes  les  choses  utiles?  Pour  quelle  cause  négligent-ils  et  mé- 
prisent-ils mon  service?  Malheur  à  Juvénal  qui  a  fait  de  ma 
maison  une  caverne  de  voleurs  et  l'a  remplie  de  fornicateurs, 
d'adultères  et  de  profanes.  »  Après  avoir  dit  cela,  il  entra  à  la 
sacristie  et  ordonna  d'ouvrir  les  armoires  où  étaient  les  vête- 
ments sacrés.  <juand  il  vit  là  aussi  de  la  négligence  et  d'autres 
choses  semlilables,  il  cria  et  dit  à  ceux  qui  l'accompagnaient  : 


PLlhlOPIlORIES.  19 

«  Prenez  tout  cela  et  lavez-le  bien,  répandez  dessus  de  la  craie 
{^•^)  et  placez-les  bien  .  »  Cela  fait,  il  sortit  de  la  sacristie  et  vit  ce 
lecteur  qui,  par  crainte,  s'était  retiré  et  s'était  caché.  Il  dit  :Que 
fait  celui-là  ici?  chassez-le  d'ici.  —  Mais  celui-ci  tombant  par 
terre,  dit:  Aie  pitié  de  moi!  —  Et  le  Seigneur  lui  dit  :  Sors  d'ici, 
car  je  ne  connais  par  tes  œuvres;  et  comme  il  demeurait  pros- 
terné, le  Seigneur  ajouta  :  Repens-toi  donc  et  sors  de  ton  aveu- 
glement. —  Et  celui-ci  dit  :  Si  tes  miséricordes  m'aident,  je  fe- 
rai ce  que  je  pourrai.  Et  quand  le  Seigneur  eut  disparu,  il  de- 
meura depuis   ce  jour  dans  une  stupeur  et  dans  une  tristesse 
sans  fin,  et  il  poussait  des  gémissements  inénarrables.  Quand 
le  jour  vint,  les  diacres  de  léglise  et  le  peuple  des  environs  ac- 
coururent et  quand  ils  le  virent  si  cassé  et  si  triste,  ils  lui  en  de- 
mandèrent la  cause.  Celui-ci  en  toute  confiance  leur  raconta  sa 
•vision,  et  confirma  son  récit  en  leur  montrant  les  vêtements 
sacrés.  Quand  ils  ouvrirent  l'armoire,  ils  les  trouvèrent  en  effet 
brillants  d'une  lumière  divine  et  ils  étaient  couverts  en  place 
de  craie  d'une  poussière  qui,  chose  étrange  et  digne  d'admi- 
ration, dégageait  comme  un  partum  subtil  et  doux. 
/  Quand  la  ville  apprit  cela,  tout  le  peuple  accourut  à  cette  église 
et  moi  même  (Pierre)  avec  mon  frère  Jean,  homme  d'esprit  tran- 
quille (i^l^j  w-^)  (1);  nous  vîmes  ce  prodige  comme  nous  passions 
par  là. 

Quand  Juvénal  fut  instruit  de  ce  fait,  il  ne  put  supporter 
cette  honte  et  les  réprimandes  qu'on  lui  adressait,  il  fit  enlever 
celui  qui  avait  tout  vu  et  le  fit  disparaître,  où  et  comment.  Dieu 
seul  le  sait. 

Et  le  bienheureux  Pierre  ajoutait:  Je  connais  un  homme,  l'un 
des  notables  qui  habitaient  dans  la  ville  sainte;  parlait-il  de  lui 
ou  d'un  autre,  il  ne  le  montra  pas  clairement,  il  dit  seulement  :  Je 
connais  un  homme  qui,  après  avoir  eu  une  vision  au  temps  de 
Juvénal  et  avoir  vu  les  impuretés  qui  se  commettaient  dans  le 
sanctuaire,  ne  voulut  plus  depuis  ce  jour  entrer  avec  Juvénal 
dans  l'église  ni  recevoir  la  communion  de  sa  main  (2),  mais  il  la 


(1)  Doit  être  Jean  l'Eunuque,  Cf.  ch.  v. 

(i)  11  est  certain  d'ailleurs  que  Pierre  l'Ibérien  fut  avant  le  concile  en  rapport 
avec  Juvénal,  on  le  verra  plus  loin.  Et  dans  le  nis.  de  Paris.  Fonds  syriaque,  no2.34, 
fol.  43'',  Dioscore  écrit  à  Juvénal  pour  l'engager  à  préférer  l'exil  à  Tadhésion  au 
concile  et  lui  l'appelle  les  paroles  que  lui  adressait  Nabarnougios  (Pierre  l'Ibé- 


20  PLÉROPHORIES. 

recevait  seul  dans  lasacristie,  etla  prévarication  de  Chalcédoine 
n'avait  pas  encore  eu  lieu.  Mais  quel  était  le  saint  qui  eut  cette 
vision,  Pierre  ne  nous  l'indiqua  pas. 


XIX 


Notre  bienheureux  père,  homme  de  Dieu  et  véridique,  ra- 
contait encore  cette  histoire  : 

Comme  il  ne  pouvait  supporter  la  folie  du  parti  de  Juvénal, 
de  sa  famille  et  de  ses  compagnons,  et  qu'il  voyait  le  scandale 
de  beaucoup  et  surtout  des  étrangers  qui  venaient  de  partout 
comme  amenés  par  l'Esprit  divin,  il  s'enferma  seul  dès  la  neu- 
vième heure  dans  sa  cellule,  se  prosterna  devant  Dieu  en  versant 
des  larmes  amères  et  fit  de  nombreuses  génuflexions.  Use  sen- 
tit possédé  par  la  volonté  de  Dieu  et  parla  ainsi  (en  son  nom)  : 
«  Que  pouvais-je  faire  pour  le  salut  des  hommes  en  sus  de  ce 
que  j'ai  fait?  j'ai  créé  le  ciel,  j'ai  fondé  la  terre,  j'ai  planté  le  Pa- 
radis, j'ai  soumis  toute  la  création  à  Adam  et,  après  sa  chute,  j'ai 
donné  ma  loi,  j'ai  envoyé  des  chefs  et  des  prophètes,  j'ai  fait 
un  grand  nombre  de  signes  et  de  prodiges  pour  les  persuader, 
enfinje  leur  ai  envoyé  mon  iils  unique  qui  leurprècha  le  royaume 
du  ciel,  leur  remit  les  péchés,  guérit  les  malades,  rendit  la  vue 
aux  aveugles,  fit  marcher  les  boiteux,  chassa  les  démons,  fut 
crucifié  pour  eux,  mourut  pour  eux,  et  sortit  du  tombeau  vain- 
queur de  la  mort  pour  confirmer  l'espoir  en  la  résurrection  ; 
monté  au  ciel,  il  leur  envoya  son  Esprit,  des  apôtres  et  des 
évangélistes,  il  renversa  les  idoles.  Et  en  retour  de  tous  ces 
bienfaits  ils  m'offensent,  violent  ma  loi,  foulent  aux  pieds  mes 
commandements  et  transgressent  ma  foi,  aussi  voici  que  leur 
habitation  sera  déserte.  »  Et  depuis  cette  vision,  Pierre  ne 
cessa  plus  de  faire  tous  les  jours  la  même  prière  avec  des  pleurs 
et  des  colloques,  et  cela  pendant  longtemps  jusqu'à  l'approche 
du  concile  de  Chalcédoine. 


rien)  :  ^  <oî^  l^w  UxU^   a» û..,^ ;i li ,   uw^iio  ^l  Vîu/   «Où  sont  les  paroles  (]U( 
radrossail  Naljaruoiiyio.s?  » 


PLÉROPHORIES.  21 


XX 


Il  existe  un  village  nommé  injl^  {Ganta)  (1),  à  quinze  milles  au 
nord  de  la  ville  sainte,  qui  appartenait  d'abord  à  £'Mt/o.r/(^,  puis  fut 
donné  par  le  testament  de  cette  princesse  à  l'église  de  Jérusa- 
lem. Il  y  avait  là  un  prêtre  nommé  Paul  qui  vivait  en  cénobite 
depuis  son  enfance  et  pratiquait  la  perfection  évangélique,  la 
sainteté,  la  virginité,  la  pureté,  l'amour  des  pauvres  et  des  étran- 
gers. Il  était  révéré  de  tous  et  de  la  reine  elle-même,  et  était  un 
élu  de  Dieu. 

Il  fonda  un  cœnobium,  c'est-à-dire  un  monastère  grand  et  il- 
lustre, et  devint  le  père  d'une  grande  foule  de  moines. 

Enfin  il  fut  saisi  par  les  habitants  de  ce  bourg  et  fut  fait  prê- 
tre de  leur  église.  Et  à  ce  sujet,  des  hommes  affirmèrent  avoir 
fait  l'expérience  que  cet  ascète,  qui  dirigea  pendant  tant  d'an- 
nées les  hommes  et  les  femmes  de  ce  village,  s'astreignit,  entre 
autres  mortifications,  à  ne  jamais  regarder  le  visage  d'une 
femme.  Et  quand  l'impératrice  Eudoxie  eut  appris  cela  et  en  eut 
fait  l'expérience,  elle  ne  voulut  plus,  jusqu'à  sa  mort,  recevoir 
la  communion  que  de  lui  et  non  des  mains  d'un  évéque  ni'd'un 
autre  clerc  quand  même  il  aurait  été  moine.  Notre  père  P/é^r/'e, 
qui  l'aimait  beaucoup  et  lui  était  très  attaché,  témoignait  aussi 
de  ses  mérites  devant  Dieu. 

Au  moment  où  l'on  convoquait  le  concile  de  Chalcêdoine,  ce 
bienheureux  Paul  eut  une  vision  et  vit  une  grande  plaine  qui 
renfermait,  pour  ainsi  dire,  toute  l'humanité;  au  milieu  de 
cette  plaine  il  vit  une  haute  colline  et  sur  cette  colline  était  un 
baldaquin  porté  par  des  colonnes  d'or  et  d'argent,  entre  lesquel- 
les se  trouvait  un  autel  orné  de  pierres  précieuses  et  de  perles 
de  grand  prix  qui  brillaient  d'un  vif  éclat.  Autour  de  cet  autel 
se  trouvait  une  grande  foule  de  saints  qui  le  desservaient.  Parmi 
ceux-ci  il  reconnut,  dit-il,  de  ses  familiers  qui  vivent  encore 
maintenant.  —  Et  une  voix  du  ciel  cria  :  «  Anathème  à  celui 
qui  proclamera  deux  natures;  »  ceux  qui  entouraient  l'autel  ré- 
pondirent d'une  voix  forte  :  Ainsi  soit-il ,  et  le  peuple  qui  rem- 

(1)  Doit  être  Gath,  an  nurd-ouest  de  Jérusalem,  dans  la  tribu  de  Dan. 


22  PLÉROPHORIES. 

plissait  la  plaine  était  tremblant  et  terrifié.  Et  la  même  voix 
divine  reprit  :  «  Maudit  celui  qui  divise  l'unité  et  l'indivisible, 
maudits  soient  les  renégats.  »  Et  ceux  qui  entouraient  l'autel  ré- 
pondirent :  Ainsi  soit-il.  Le  songe  terminé ,  ce  vieillard  revint  à 
lui  et  se  répandit  en  gémissements  et  en  soupirs ,  car  il  pensait 
qu'il  arriverait  quelque  scandale  à  l'occasion  du  concile  de  Chal- 
cédoine  et  de  Juvénal.  Car  l'impie  Ju  vénal  passa  par  le  monastère 
de  Paul  en  se  rendant  près  de  l'empereur,  et  il  honorait  beau- 
coup ce  vieillard  parce  qu'il  voyait  que  l'impératrice  Eudoxie 
avait  grande  confiance  en  lui,  et  il  lui  dit  :  «  J'ai  passé  par  ici 
parce  que  je  n'espère  plus  te  voir,  nous  allons  au  combat,  et  l'exil 
nous  attend;  ou  bien  ils  nous  feront  perdre  la  notion  que  nous 
avons  de  Dieu,  car  ils  nous  demandent  de  mépriser  etde  renier  la 
foi  de  nos  pères  et  de  penser,  comme>S'/»ion  le  Ma<iicien  et  les  Juifs, 
que  le  Messie  qui  a  souffert  pour  nous  n'est  pas  Dieu .  Prie  donc  pour 
nous,  ô  mon  père,  afin  que  ma  vieillesse  ne  soit  pas  humiliée.  » 
Et  tandis  que  le  vieillard  songeait  à  tout  cela  et  méditait  sa  vision 
sans  y  trouver  mal,  il  vit  de  nouveau,  durant  la  nuit,  l'évêque  Ju- 
vénal chassédans  un  coin  et  se  cachant  tout  honteux,  il  était  noir 
commeunallumeurde  fournaise (i-'-^oko»  lî^^;-/  <>i^  \°^  ;^^*^  r»)  (l)et 
revêtu  d'une  tunique  sale  et  pleine  de  pièces.  Le  vieillard  lui  cria 
à  haute  voix:  «  Seigneur,  chef  des  évoques,  que  t'arrive-t-il?  Que 
signifie  cet  habit  dont  tu  es  revêtu?  »  Celui-ci  répondit  :  «  Que 
puis-je  faire?  Pour  mes  péchés  tu  vois  ma  honte,  je  rassemble 
beaucoup  d'or  pour  l'Antéchrist  qui  va  combattre  la  poussière.  » 
Quand  le  vieillard  s'éveilla,  il  fut  frappé  de  son  rêve  et  n'augura 
rien  de  bon  du  concile;  mais  plutôt  des  scandales,  il  attendit 
que  l'événement  confirmât  la  vérité  de  ce  témoignage  et  quand  la 
trahison  fut  connue  partout,  il  se  rappela  son  rêve  et  se  demanda 
ce  que  Juvénal  voulait  dire  quand  il  annonçait  la  lutte  de  l'An- 
téchrist avec  la  poussière,  il  comprit  enfin,  avec  l'aide  de  l'Es- 
prit-Saint,  que   la   poussière  désigne  l'homme  qui  est  fait  de 
poussière  et  formé  de  terre. 

Ainsi  l'Antéchrist  devait  prendre,  vaincre  et  tromper  tous  les 
mortels  formés  de  terre. 


PLÉROPHORIES.  23 


XXT 


Il  me  faut  raconter  ici,  pour  établir  la  vérité,  une  histoire 
terrifiante  où  Dieu,  source  de  vérité,  a  témoigné  lui-même  tandis 
que  j'étais  en  tentation.  J'ai  entendu  moi-même  la  vérité,  sans 
aucun  doute  possible  et  sans  intermédiaire,  de  la  bouche  de  ceux 
qui  avaient  vu. 

Il  y  a  dans  r/s«î/rze  une  ville  nommée  rzïoj^o/zs  (1  ),  parce  qu'elle 
fut  bâtie  jadis  par  l'empereur  Titus.  Elle  avait  un  évêque 
nommé  Panoupropios  (^a^o^axa)  (2),  homme  pur  qui  était  dans 
ce  pays  chef  d'un  monastère  d'où  on  l'enleva  de  force  pour  lui 
donner  la  prêtrise  de  la  ville  ocou^.  ilûjovs).  Quand  vint  le  concile  de 
Clialcédoine,  Basile,  métropolitain  deSéleucie  crisaurie,  l'em- 
mena avec  lui  ainsi  que  d'autres  évêques.  II  vit,  au  commence- 
ment, la  lutte  de  la  grande  majorité  des  évêques  en  faveur  de 
la  vérité;  tous,  pour  ainsi  dire,  anathématisaient  les  partisans 
des  deux  natures,  adhéraient  au  bienheureux  Dioscore  et  ne 
recevaient  ni  la  lettre  de  Léon  ni  ceux  qui  avaient  été  chassés  en 
justice,  à  savoir  :  Flavien,  Ibas  (1.^.01^0)  et  Tliéodoret.  Mais  quand 
il  vit  ensuite  la  chute  et  le  parjure  de  ces  évêques,  qui  expulsèrent 
le  champion  de  la  vérité,  Dioscore,  et  qui  rendirent  leurs  sièges, 
contre  toute  justice  et  contre  les  canons,  aux  ennemis  de  Dieu 
que  nous  venons  de  nommer,  il  se  retira  dans  sa  demeure,  s'y 
enferma  pour  y  veiller  dans  les  larmes  et  les  gémissements  et 
cria  vers  Notre-Seigneur  et  dit  :  «  Dieu  de  vérité  et  sauveur  du 
monde,  vraie  lumière  qui  est  mon  espoir  depuis  mon  enfance, 
ne  laisse  pas  ton  serviteur  s'écarter  de  ta  foi  et  devenir  dans  sa 
vieillesse  transfuge  et  traître,  mais  indique-moi  ta  volonté,  et 
comme  je  suis  ignorant  et  que  beaucoup  altèrent  la  vérité,  éclaire- 
moi  au  sujet  du  jugement  insupportable  que  portèrent  les  évê- 
ques de  ce  concile.  Ont-ils  jugé  selon  ta  volonté?  Et  quels  sont 
ceux  que  tu  approuves,  de  Dioscore ,  patriarche  d'Alexandrie  qu'ils 
chassèrent,  ou  des  autres  qui  reçurent  contre  toute  justice  les 

(1)  Appelée  TtTtouTvo),tç  chez  (ieorges  de  Chypres,  n»  832,  éd.  Teubner,  p.  42. 

(2)  Cet  évêque  est  mentionné  plusieurs  fois  dans  la  vie  inédite  de  Dioscore.  (Bibl. 
nat.  Fonds  syriaque  ms.  n°  234,  loi.  46  r.  48  r.  et  fol.  49  r.)  Il  lit  une  lettre  do  Dioscore  et 
se  repent  d'avoir  pris  parti  pour  son  métropolitain  Basile  de  Séleucie.  Il  va  ren- 
dre visite  à  Dioscore  et  a  uneloni?ue  conversation  avec  lui. 


24  PLÉROPHORIES. 

impies  dont  nous  avons  parlé  et  la  lettre  de  Léon?  Quand  ta 
bonté  m'aura  donné  témoignage,  je  demeurerai  sans  incertitude 
et  sans  crainte  jusqu'à  la  mort  dans  la  vérité,  et  je  n'abandonne- 
rai pas  la  foi  de  mes  pères  ni  l'espoir  en  toi.  » 

Après  trois  jours  et  trois  nuits  de  prières  devant  le  Seigneur, 
il  eut  le  songe  suivant  :  Une  grande  bande  de  papier  descendait 
du  ciel  jusqu'à  terre  et  des  deux  côtés  de  cette  bande  il  était  écrit 
en  grandes  lettres  :  Anathème  à  ce  concile.  Ils  m'ont  renié,  ils 
m'ont  renié.  Maudits  soient-ils,  maudits  soient-ils. 

Après  cette  vision  et  ce  témoignage  évident,  il  partit  de  nuit 
abandonnant  tout  le  monde  et  regagna  son  pays  par  mer.  Quand 
il  y  arriva,  il  réunit  tout  le  peuple  de  la  ville  et  raconta  ce  qui 
s'était  passé  àChalcédoine,  comment  les  évêques  abandonnèrent 
l'orthodoxie  et  comment  il  en  fut  averti  par  le  ciel  lui-même. 

Il  leur  raconta  tout  cela  et  ajouta  :  «  C'est  pourquoi  j'ai  eu  soin 
de  venir  vous  exposer  la  vérité  afin  que  vous  ne  tombiez  pas 
dans  l'erreur.  Si  vous  êtes  prêts  à  demeurer  fermes  avec  moi  sans 
vous  écarter  de  la  foi  orthodoxe,  si  vous  me  suivez  et  si  vous 
fuyez  les  renégats  et  leur  communion,  je  suis  prêt  à  demeurer 
avec  vous,  à  combattre  jusqu'au  sang  pour  votre  salut  et,  si  c'est 
nécessaire,  à  donner  ma  vie  pour  vous-.  Mais  si  vous  avez  le 
dessein  de  vous  attacher  au  métropolitain  Basile  et  à  ses  parti- 
sans, je  serai  innocent  de  votre  sang,  je  fuirai  alors  et  sauverai 
ma  vie.  » 

Et  quand  il  eut  ainsi  allumé  dans  tous  les  cœurs  l'amour  di- 
vin et  le  zèle  pour  la  vérité,  il  demeura  encore  dix-sept  ans  dans 
son  épiscopat  (1)  et  conserva  son  troupeau  sans  tache  dans  la 
perfection  et  la  foi  orthodoxe  en  dépit  des  dangers  qui  le  mena- 
cèrent et  des  embûches  qui  lui  furent  tendues  par  Basile,  métro- 
politain d'Isaurie,  et  par  celui  qui  se  faisait  appeler  patriarche 
d'Antioche,  aidés  tous  deux  par  les  hérétiques  de  Chalcédoine. 
Grâce  à  la  protection  et  à  la  bonté  de  Dieu,  il  demeura  sans  défail- 
lance et  sans  crainte  et  conserva  son  troupeau.  Ainsi  il  retourna 
avec  gloire  près  du  Dieu  Messie,  son  sauveur,  couronné  de  la 
couronne  des  confesseurs. 

Mais  il  me  faut,  jiour  confirmer  ce  qu'on  vient  de  lire,  racon- 
ter dans  quelles  circonstances  je  reçus  cette  révélation. 

1)  Il  moiirut  donc  en  1G8. 


PLÉROPIIORIES.  25 


XXII 


Pierre,  patriarche  iVAntioche  au  temps  de  rencyclique  (1),  qui 
m'ordonna  prêtre  malgré  mon  indignité,  fut  rappelé  d'exil  et 
nommé  patriarche  (VAntiocJte  (2).  Il  envoya  sa  lettre  syno- 
dale (oii-;  y^yACL^)  au  chef  de  la  sainte  Église  de  Jérusalem  qui 
était  Martyrius  (.m.}c4po)  par  un  homme  nommé  l'évêque  Pierre, 
qui  était  Isaurien  delà  ville  de  7V^opo//s  dont  nous  venonsdepar- 
1er.  Celui-ci  avait  été  élevé  à  1  episcopat  parce  qu'il  était  le  dis- 
ciple, le  syncelle  {^<:ù,^^)  du  vénérable  évèque  et  confesseur 
Panoupropios  dont  il  devint  ainsi  l'héritier.  Le  patriarche  le 
jugea  digne  de  l'épiscopat,  croyant  qu'il  montrerait  un  zèle 
égal  pour  Torthodoxie.  Le  patriarche  envoya  avec  lui  un  prêtre 
derÉglised'Antiochenommé*SV7/o?/io«,  qui  était  Arménien,  avait 
été  syncelle  (fiAjei^)  avec  le  patriarche  et  moi,  et  que  j'aimais 
beaucoup;  et  il  leur  recommanda  d'employer  tous  les  moyens 
pour  me  ramener  près  de  lui. 

J'avais  quitté  Antioche  après  l'exil  du  patriarche  Pierre  et  la 
victoire  des  hérétiques  et  avais  eu  le  bonheur  d'être  admis  dans 
la  familiarité  des  saints  pères  de  Palestine  et  surtout  de  mon 
père  et  de  mon  maître  l'évêque  Pierre  Vlbérien,  qui  accueille  les 
étrangers,  etaussi  du  grand  solitaire /sa^'e  (3).  Je  fus  tout  pénétré 
de  l'amour  de  ces  saints  et  leur  dis  que  je  demeurerais  en  Palestine 
et  ne  me  séparerais  jamais  de  leur  foi,  de  leur  espérance  et  de 
leur  héritage.  Je  demeurai  donc  en  paix  à  Jérusalem  où  il  y 
avait  alors  une  foule  de  pères  orthodoxes  qui  y  avaient  une 
demeure  et  des  cellules  de  tranquillité  (j-^vt,  iis^v^o).  Quand  vinrent 
dans  la  ville  sainte  ceux  qui  portaient  les  lettres  synodales,  c'est- 
à-dire  Pierre,  évoque  de  Titopolis,  et  le  prêtre  Salomon,  ils  me 
cherchèrent  longtemps,  me  trouvèrent  enfin  ;  et  depuis  lors  ils  me 
pressaient  sans  trêve,  s'efforçant  de  toute  manière  pour  m'em- 
mener  avec  eux;  ils  me  montraient  beaucoup  de  i^oax./,  c'est-à- 
dire  de  viatique  pour  la  route,  et  des  lettres  du  patriarche  Pierre 

(1)  vû^ûfiiûj/  —  èy/.ûxXiov  donnée  par  Basilisque  en  476  en  faveur  des  mono- 
physites.  Puis  Zenon,  en  477,  promulgua  Vk-niTf-'^-ù.'.o^  contre  lesmonophysites.  Cf. 
Petrus  der  Iberer,  trad.,  p.  80. 

(2)  En  484. 

(3)  Cï.  Petrus  der  Iberer,  pp.  10:>  et  124-li?7;  Land,  III,  346-356. 


26  PLÉROPHORIES. 

qui  étaient  remplies  de  joie  et  de  persuasion.  Ils  ajoutaient  en- 
core pour  me  persuader  :  «  Il  nous  a  ordonné  dans  ton  intérêt 
de  Rengager  de  toute  manière  à-  venir  près  de  lui,  il  disait  : 
Qu'il  vienne  seulement  près  de  moi  pour  que  nous  nous  voyions 
et  donnez-lui  ma  parole  que  personne  ne  l'obligera  à  recevoir  la 
communion  et  ne  le  contraindra,  Je  le  ferai  habiter  en  paix.  » 

Je  fis  connaître  cela  à  mon  saint  père  et  mon  sauveur  après 
Dieu,  à  Pierre  l'Ibérien,  qui  demeurait  alors  près  (ÏAscalou,  et  le 
priai  humblement  de  me  donner  une  petite  réponse.  Au  bout  de 
quelques  jours,  j'en  reçus  la  réponse  suivante  : 

Lettre  de  saint  Pierre  Vlbêrien. 

Après  avoir  lu  la  lettre  de  ta  pureté  avec  ceux  qui  te  sont  chers,  nous 
avons  été  plongés  dans  la  tristesse,  l'angoisse  et  les  gémissements  à  la  vue 
des  pièges  du  démon,  qu'il  tend  partout  pour  en  arriver  à  te  ravir  l'espoir 
et  la  récompense  en  Dieu,  et  à  rendre  vains  les  travaux  que  tu  as  fait  pour 
ton  avantage  et  celui  de  l'orthodoxie.  Car  il  est  évident  d'avance  que  si  tu 
vasà  Antioche,  tu  seras  flatté  et  sollicité  par  tes  amis  et  par  celui  qui  gou- 
verne là,  et  alors  ou  bien  tu  te  joindras  à  lui,  ou  bien  tu  resteras  son  en- 
nemi, si  toutefois  il  te  le  permet.  Agis  selon  tes  forces,  et  nous  ici.  autant 
que  nous  le  pourrons,  nous  tâcherons  que  tu  n'offenses  pas  Dieu,  que  tu 
ne  te  prives  pas  des  plus  grands  biens  et  que  tu  ne  fasses  pas  souffrir  tes 
amis. 

Quand  je  reçus  cette  réponse,  je  résolus  en  mon  cœur  d'obéir 
au  saint  plutôt  qu'aux  trompeurs  et  je  suppliai  notre  maître  et 
notre  Sauveur  de  ne  pas  s'éloigner  de  moi,  lui  qui,  dans  sa  mi- 
séricorde, m'avait  appelé  des  ténèbres  et  de  l'ombre  de  la  mort. 
Mais  tandis  que  ceux  d'Antioche  me  pressaient  vivement  et  s'ef- 
forçaient de  m'emmener  par  tous  les  moyens,  ma  famille  d\\- 
rahic  un  apprenant  cette  offre  fut  remplie  tCunc  grande  joie,  car 
elle  était  du  monde  et  ne  prisait  que  les  choses  du  monde.  Tous 
accoururent  et  me  pressèrent  de  retourner  à  Antioche  et,  pen- 
dant que  je  recourais  au  Seigneur  et  me  prosternais  devant  lui 
et  que  11 'S  saints  pères  combattaient  pour  moi  par  leurs  prières, 
il  arriva  le  fait  providentiel  suivant  : 

I/évèque  Pierre  et  le  prêtre  Salomon  tombèrent  subitement 
tous  deux  dans  une  grave  maladie  appelée  lièvre  tierce,  qui 
mit  leurs  jours  en  péril.  Quand  je  l'jippris,  je  crus  devoir  aller 


PLÉROPIIOIUES.  27 

les  visiter,  ce  que  jusque-là  je  faisais  rarement,  comme  on  le 
savait.  Quand  j'arrivai  à  leur  habitation,  dans  une  maison  re- 
marquablement belle,  je  vis  l'évêque,  en  face  de  la  porte,  tout 
agité,  car  dès  qu'il  apprit  mon  approche,  il  se  leva,  descendit  de 
son  lit  tout  brûlant  de  fièvre  et  d'agitation  et  me  cria  :  «  Viens  en 
paix,  serviteur  du  Messie.  »  Et  il  ajouta  aussitôt  :  «  Aie  pitié 
de  moi,  aie  pitié  de  moi,  j'ai  péché  contre  toi,  j'ai  péché  contre 
toi.  De  toi  dépend  ma  vie  ou  ma  mort,  je  vois  clairement  que 
c'est  à  cause  de  toi  que  je  souffre  tout  cela  et  que  la  colère  de 
Dieu  est  tombée  sur  moi.  Le  jugement  de  Dieu  est  juste.  Il  ne  me 
suffisait  pas  de  ma  perdition  et  de  ma  trahison,  mais  je  vou- 
lais aussi  t'entraîner,  toi  qui  marches  dans  la  bonne  voie,  vers 
les  mêmes  souffrances,  et  te  rendre  renégat.  Je  t'en  conjure, 
dès  ce  jour  nous  ne  te  presserons  plus,  fais  ce  que  tu  voudras; 
mais,  je  t'en  conjure,  prie  pour  moi,  car  tu  vois  notre  affliction 
et  dans  quel  danger  nous  voilà,  car  nous  en  sommes  à  notre 
dernier  soupir.  » 

Pour  moi,  étonné  et  stupéfait  à  ces  paroles,  je  lui  demandai 
la  cause  de  son  changement  et  il  commença,  dans  l'angoisse  et 
dans  les  larmes,  à  me  raconter  depuis  le  commencement  tout 
ce  que  j'ai  rapporté  ci-dessus  du  bienheureux  Panoupropios, 
évèque  et  confesseur,  qui  avait  été  son  père  et  son  archiman- 
drite, comment  il  assista  au  concile,  y  vit  d'abord  le  zèle  des 
évoques  pour  la  vérité,  puis  leur  trahison  et  leur  défection, 
comment  il  s'enferma  chez  lui,  pria  le  Seigneur,  et  en  reçut  un 
témoignage  et  une  révélation,  comment  il  retourna  dans  sa 
ville,  y  prêcha  la  vérité  et  y  découvrit  l'erreur,  et  comment  enfin 
il  demeura  jusqu'à  la  fin  de  sa  vie  sans  faiblesse  ni  abjuration, 
et  mourut  plein  de  gloire  dans  une  belle  vieillesse. 

Pierre  en  arriva  ensuite  à  lui-même  et  me  raconta  avec  lar- 
mes et  confusion  qu'il  avait  désiré  l'épiscopat,  et  pour  l'obtenir 
avait  adhéré  à  Basile,  son  métropolitain,  avait  transgressé  la 
foi  et  était  devenu  partisan  du  concile  des  renégats. 

Quand  j'entendis  ces  paroles,  je  fus  rempli  de  tristesse  et  ad- 
mirai la  grandeur  des  miséricordes  de  Dieu  à  mon  égard.  Aus- 
sitôt qu'il  m'eut  répondu,  je  courus  au  saint  sépulcre  pour  y 
trouver  un  peu  de  tranquillité,  je  me  jetai  devant  l'autel  et  le 
Golgotha  béni  et  au  milieu  de  larmes  amères  causées  par  l'an- 
goisse de  mon  cœur,  je  criai  :  «   Seigneur,  qui  suis-je  sinon 


28  PLÉROPHORIES. 

péché  et  chien  corrompu,  un  ver  de  terre  et  une  maison  de 
perdition,  une  caverne  de  voleurs  et  un  sépulcre  blanchi,  et 
tu  as  versé  sur  moi  la  plénitude  de  tes  miséricordes  et  de  tes 
merveilles,  tu  as  agi  envers  moi  avec  amour  et  pitié  quand 
ceux-là  étaient  venus  pour  me  tromper  de  toute  manière,  m'obli- 
ger  à  devenir  un  renégat,  me  faire  perdre  la  foi  en  toi  et  l'héri- 
tage du  ciel.  Tout  cela  me  sera  une  leçon  et  un  avertissement. 
Mais  que  rendrai-je  à  mon  seigneur  Dieu  pour  tout  ce  qu'il  a 
fait  envers  son  serviteur?  J'emprunterai  les  paroles  de  David  et 
dirai  :  Je  confesserai  le  Seigneur  par  ma  bouche  et  le  recher- 
cherai au  milieu  de  tout,  car  il  s'est  placé  en  face  du  mal  pour 
me  sauver  de  mes  ennemis.  » 

J'ai  cru  juste  et  nécessaire  de  raconter  à  tous  ces  deux  histoi- 
res terribles  et  véridiques  pour  l'instruction  de  tous  ceux  qui 
craignent  Dieu  et  sont  zélés  pour  la  foi  orthodoxe,  afin  qu'ils 
croient  de  toute  leur  àme  et  sans  hésitation  que  c'est  du  ciel 
qu'est  sorti  ce  jugement  :  Anathème  au  concile  de  Chalcé- 
(loiiie  et  à  tous  ses  adhérents.  Quant  à  ceux-ci,  qu'ils  méditent 
ce  que  je  viens  de  dire  et  qu'ils  s'instruisent. 

Puisque  je  viens  de  parler  de  Ylsaurie,  j'ajoute  encore  l'his- 
toire suivante  en  confirmation  de  ce  qui  précède.  Je  la  tiens  du 
bienheureux  Etienne,  archimandrite  du  monastère  de  Séleucie 
d'Isaurie  appelé  ^û^^,  (tagoun).  Il  fut  le  premier  qui  se  montra 
plein  de  zèle  pour  la  foi  orthodoxe  et  fut  ainsi  le  foyer  de  ces 
rayons  qui  illuminèrent  d'abord  llsaurie  puis  tout  l'Orient.  Il 
fut  glorieux  et  sans  reproche  dans  la  lutte,  combattit  toujours 
le  bon  combat,  et  termina  sa  course  après  avoir  justement  gagné 
la  couronne  (du  ciel). 

XXIII 

Voici  son  histoire  :  J'étais,  disait-il,  ami  de  Basile,  évèque 
de  Séleucie  d'Isaurie,  qui  passait  pour  parler  avec  sens  et  lo- 
gique. Quand  on  réunit  le  concile  de  Chalcédoine,  il  y  alla  avec 
d'autres  évêques  tVIsaurie,  ses  suffragants.  On  l'avait  cru  jus- 
que-là zélé  et  orthodoxe  (I).  Et  quand  on  apprit  en  tout  lieu  l'a- 

(1)  Voir  SOS  «inivrcs  :  Mipnc,  P.  G.,  t.  I.XXXV.  On  trouvera,  pago  10,  que  la 
condiiiti' do  Basile  cnvei-s  los  niniinpliysit.'s  fut  tn'-s  aiiiliigin"',  ro  «iiio  conlii'uie 
•■hapiti-c. 


PLÉROPIIORIES.  29 

postasie  qui  s'ensuivit,  tous  furent  remplis  d'étonnement  et  de 
stupéfaction,  et  ne  voulurent  pas  croire  que  Basile  avait  par- 
ticipé à  la  trahison  des  autres;  il  en  était  de  même  de  moi,  son 
ami  et  son  panégyriste.  Quand  il  revint  en  Isaurie  pour  rentrer 
dans  la  capitale,  beaucoup  hésitaient  à  se  joindre  à  lui,  avant 
d'avoir  reçu  un  témoignage  évident  de  la  vérité.  J'étais  de 
ce  nombre,  dit  le  bienheureux  Etienne,  j'étais  encore  sécu- 
lier, et  je  priai  Dieu  avec  foi  et  avec  un  cœur  simple  de  me 
manifester  la  vérité.  Et  cette  même  nuit,  il  me  sembla  voir  Ba- 
sile qui  revenait;  tout  le  peuple  courait  au-devant  de  lui,  et, 
avec  honneur  et  louanges,  le  faisait  entrer  dans  l'église.  Et 
quand  tout  le  monde  allait  s'éloigner,  et  que  Basile  était  près 
de  l'autel  au  milieu  de  toute  la  ville  avec  les  femmes  et  les 
enfants,  un  homme  d'aspect  terrible,  grand  et  robuste,  entra  par 
la  porte  du  nord  de  l'église,  traversa  la  foule,  s'élança  contre 
Basile  qui  achevait  la  prière,  lui  enfonça  un  doigt  de  la  main 
droite  dans  la  bouche  et  lui  tourna  le  visage  de  son  côté,  puis 
il  le  traîna  sans  que  personne  osât  s'y  opposer,  il  le  fit  sortir  de 
l'église  et  le  chassa.  C'était  une  prophétie  de  ce  qui  devait  ar- 
river à  l'ordination  qui  vient  d'avoir  lieu  (lo»)  Uoi!  m.m^m^^ixa)  (1) 
du  saint  et  vénérable  Sévère  comme  patriarche  de  la  métro- 
pole Antioche;  car  voici  que  le  nom  de  Basile  est  rayé  des 
dyptiques,  et  qu'il  est  méprisé  de  Dieu  et  des  saints.  Que 
cela  nous  donne  courage,  puisque,  malgré  la  patience  divine, 
ïious  voyons  aujourd'hui  la  réalisation  de  ce  songe  et  que  ceux 
qui  préparèrent  alors  la  prévarication  du  concile  de  Chalcédoine 
sont  maintenant  rejetés  et  maudits  par  Dieu  et  par  les  hommes. 
J'étais  alors  jeune  et  séculier,  disait  le  vieillard  Etienne,  et 
n'étais  pas  expert  dans  la  connaissance  des  dogmes  divins ,  je 
voyais  qu'il  trompait  tout  le  monde,  il  agissait  perfidement  dans 
tout  ce  qu'il  disait  et  s'appliquait  à  persuader  à  chacun  qu'il 
parlait  d'une  manière  orthodoxe,  il  cachait  son  ignominie  et  sa 
méchanceté,  et  moi  aussi  je  fus  trompé  avec  les  autres  et  me 
joignis  à  lui,  mais  maintenant  que  j'ai  été  jugé  digne  de  con- 
naître la  lumière  de  la  vérité  et  de  participer  à  la  communion 
des  orthodoxes,  je  me  suis  rappelé  ce  songe  et  ai  reçu  de  lui 
surtout  le  témoignage  de  la  vérité. 

(1)  En  51^.  Ce  passai^e  fixe  la  date  de  la  composition  de  l'ouvrage. 


,'iO  PLÉROPHORIES. 


XXIV 


Le  même  racontait  encore  une  autre  histoire.  Il  me  confia, 
comme  à  son  intime  ami,  que  Tun  des  serviteurs  du  Messie  eut,  ily 
a  longtemps,  la  vision  suivante  où  il  était  question  de  lui.  «  Il  me 
sembla  voir,  disait-il,  une  vaste  maison  qui  ressemblait  à  une 
église,  elle  renfermait  beaucoup  de  sièges  sur  lesquels  étaient  de 
nombreux  évêques,  et  je  te  vis  entrer  (il  parlait  de  moi)  et,  pendant 
que  je  regardais  les  évêques,  tu  criais  :  \oici  les  renégats  et  les 
apostats,  puis  tu  pris  un  fouet,  tu  les  chassas  et  tu  renversas  leurs 
sièges  ».  Le  Père  Etienne  me  racontait  cela  en  rougissant  et  me 
demandait  ce  que  ce  signe  présageait  Je  lui'répondis  que  Dieu 
le  savait.  Cependant  c'était  une  vision  terrible  et  non  vaine, 
comme  l'événement  l'a  montré;  elle  présageait  la  suprématie 
actuelle  de  la  foi  orthodoxe  et  le  mépris  et  l'anathème  qui  de- 
vaient atteindre  les  évêques  hérétiques. 


XXV 


Voici  un  autre  jugement  envoyé  du  ciel  contre  le  concile  de 
ChcUcédoine.  Celui  qui  l'entendit,  le  certifia  et  l'annonça,  fut  le 
bienheureux  Romanus,  célèbre  en  tout  lieu  (1),  qui  était  chef  et 
directeur  du  grand  monastère  situé  près  du  village  de  Thécué 
(iclol;  en  marge  <o><iûi  et  chez  Michel  .^o^l),  à  quinze  milles  au  sud 
de  Jérusalem  (2).  Il  y  avait  alors  dans  ce  monastère  plus  de 
six  cents  moines  qui  étaient  dirigés  par  ce  saint  et  vivaient  en 
paix. 

Quand  on  apprit  dans  tout  l'Orient  la  trahison  et  l'apostasie 
de  Juréna/  ei  de  ceux  qui  étaient  rassemblés  à  CJtalcédoine  et 
qui  s'appelaient  évêques,  un  deuil  subit  et  une  profonde  an- 
goisse saisirent  les  fidèles  en  tout  lieu,  et  surtout  la  sainte  ar- 
mée des  moines.  Ceux-ci  quittèrent  leurs  couvents  et  coururent 

(1)  Cf.  Peints  lier  Itérer,  p.   "j-J.  lîuiuainis  y  t'Sl  apiich'  -  prn'  (\i':<  iiioiiios  », 

(2)  Oïl  (•••■i-il  aussi  ToUoali  d  Tliccua,  au  sud-ouest  df   liotlih-om-  C(.   I.and.  111. 
|).  :345,  I.  I. 


PLÉROrilURlES.  31 

près  de  leur  père  à  tous,  près  de  l'homme  de  Dieu  qui  se  tenait 
toujours  en  présence  de  la  divinité,  je  veux  dire  de  saint  Ho- 
mamis,  ils  lui  demandèrent  de  montrer,  comme  jadis  le  pro- 
pliète  Elle,  le  zèle  qui  convenait  au  Seigneur  et  de  ne  pas  se 
convertir  à  la  foi  du  traître  ni  à  la  perfidie  qui  régnait;  ils  lui 
racontèrent  ce  qu'ils  avaient  appris  de  la  trahison  de  Jiwënal. 
Celui-ci,  avant  d'aller  au  concile,  disait  ta  tout  le  monde  :  Celui 
qui  adhère  à  cette  lettre  (de  Léon)  a  sa  place  à  côté  de  Simon 
le  Magicien  et  du  traître  Judas,  il  lui  faut  après  cela  se  faire 
circoncire  comme  les  Juifs. 

Romanus,  pressé  par  la  foule  des  saints  moines  qui  lui  deman- 
daient de  quitter  son  monastère,  de  montrer  son  zèle  avec 
eux,  et  d'entreprendre  tous  les  travaux  pour  la  vérité,  leur  ré- 
pondit :  «  Accordez-moi  quelques  jours,  et  revenez  me  trouver, 
je  ferai  alors  ce  que  le  Seigneur  m'aura  persuadé.  »  Il  sortit  alors 
de  son  monastère,  et  se  rendit  seul  dans  le  désert  où  il  passa 
dix  jours  et  dix  nuits  prosterné  devant  le  Seigneur  et  lui  de- 
mandant de  faire  connaître  sa  volonté  et  son  jugement  au  sujet 
de  ce  qui  s'était  passé  à  Chalcédoine,  car  les  bruits  les  plus  di- 
vers circulaient  partout,  les  uns  le  maudissaient  et  en  parlaient 
mal,  tandis  que  d'autres  l'acceptaient.  Et,  au  bout  des  dix  jours, 
il  entendit  une  voix  qui  lui  disait  :  Va,  demeure  dans  la  foi  des 
trois  cent  dix-huit  (1)  en  laquelle  tu  as  été  baptisé  et  tu  seras 
sauvé.  —  Après  avoir  reçu  ce  témoignage,  il  retourna  à  son  mo- 
nastère, et  raconta  cette  vision  aux  vieillards  accomplis  et  sa- 
vants de  son  couvent  qui  lui  répondirent  :  Ceux  de  Chalcédoine 
confirment  aussi  la  foi  des  trois  cent  dix-huit  et  la  suivent  à  les 
en  croire,  aussi  ils  placèrent  les  canons  des  trois  cent  dix-huit 
avant  les  leurs  pour  tromper  beaucoup  d'hommes.  —  Romanus 
retourna  au  désert,  recommença  les  mêmes  travaux  dans  la  so- 
litude et  supplia  le  Seigneur  de  lui  donner  un  témoignage 
évident.  Il  entendit  une  voix  qui  disait  :  Va,  et,  pour  être  sauvé, 
attache-toi  aux  enseignements  et  aux  traditions  de  Pierre,  pa- 
triarche d'Alexandrie,  de  l'illustre  Grégoire  de  Néocésarée 
qui  fait  des  prodiges,  de  Jules  de  Rome,  dWilianase,  de  Ba- 
sile, de  Grégoiî^e,  de  Jean  de  Constantinople,  de  Cyrille,  de 
Célestin  et  de  Dioscore.  —  Après  avoir  reçu  ce  témoignage,  il 

(l)  Nombre  des  évêques  du  concile  de  Nicée. 


32  PLÉROPHORIES. 

retourna,  plein  de  joie,  à  son  monastère,  et  y  énuméra  les  noms 
de  ces  saints.  Il  apprit  alors  que  les  renégats  aussi  croyaient  les 
suivre  en  expliquant  frauduleusement  leurs  enseignements  pour 
tromperies  simples,  il  fallait  donc  demander  à  la  miséricorde 
de  Dieu  un  témoignage  clair  et  indiscutable  pour  savoir  si  les 
décrets  du  concile  de  Chalcédoine  étaient  bons  ou  mauvais.  — 
Il  retourna  donc  au  désert,  y  vécut  dans  le  jeune,  le  silence,  la 
prière,  les  pleurs  et  les  gémissements  et  implora  des  miséricor- 
des du  Seigneur  une  sentence  évidente  et  sans  doute  possible. 
Il  la  reçut  de  la  manière  suivante  :  Au  milieu  du  jour,  il  vit  des- 
cendre du  ciel  une  grande  lettre  sur  laquelle  il  était  écrit  :  Ceux 
de  Chalcédoine  sont  des  renégats,  ils  ont  transgressé,  malheur 
à  eux  et  anathème.  —  Après  avoir  reçu  ce  témoignage,  le 
bienheureux  fut  enflammé  de  zèle  pour  la  vérité  et  la  foi  ortho- 
doxe au  point  d'abandonner  son  monastère  et  la  foule  de  ses 
frères  pour  se  joindre,  dans  un  âge  avancé  et  avec  un  corps  in- 
firme, aux  moines  saints  et  zélés  qui  étaient  venus  le  trouver  de 
V Arabie  et  de  la  Palestine. 

Ils  songèrent  à  aller  d'abord  au-devant  de  l'apostat  (.■^-f;---.») 
Juvénal  qui  revenait,  plein  d'insolence  et  comblé  d'honneurs 
par  l'empereur,  du  concile  des  oppresseurs,  pour  tenter,  par 
leurs  conseils,  par  la  persuasion  et  par  des  paroles  conciliantes, 
de  changer  sa  mauvaise  volonté  et  de  le  ramener  au  dogme  or- 
thodoxe. Puis,  quand  ils  le  virent  inébranlable  et  plein  de 
confiance  dans  un  empereur  mortel  auquel  il  cherchait  à  plaire 
plutôt  qu'à  Dieu,  tous  le  maudirent  en  face  et  retournèrent  à  Jé- 
rusalem où  se  rassemblèrent  tous  les  saints  moines  et  les  sé- 
culiers de  toutes  les  villes,  et  les  évêques  orthodoxes  qui  étaient 
restés  chez  eux  sans  aller  au  concile;  ils  commencèrent  alors 
dans  un  anathème  écrit  par  déposer  et  rejeter  le  misérable  Ju- 
vénal, puis,  d'un  consentement  unanime,  ils  nommèrent  un 
évêque  zélé  et  saint,  rempli  de  toutes  les  perfections  apostoliques, 
je  veux  dire  le  bienheureux  Théodose  (pour  succéder)  à  Jan/ues 
le  Mineur  frère  du  Seigneur,  ils  l'établirent  chef,  guide  et  pas- 
teur dans  la  ville  sainte  afin  qu'il  consacrât  des  évèques  pour 
toutes  les  villes.  Le  peuple  accourait  avec  grand  zèle,  se  ras- 
semblait et  s'approchait  de  lui,  car  il  plaisait  à  tout  le  monde 
et  était  orné  d'une  f«.i  oi-thodoxe  et  d'œuvres  irréprochables. 

Si  qu(dqu'un  ne  croit  pas  ce  que  nous  venons  de  raconter. 


PLÉROPHORIES.  33 

celui-là  pourra  se  procurer  la  lettre  qu'écrivit  le  Père  Romanus 
à  l'impératrice  Eudoxie,  pendant  qu'il  habitait  Antioche  où 
l'avait  exilé  l'impie  et  le  tyran  Marcien  (1).  Cette  lettre  n'établit 
pas  seulement  la  vérité  que  nous  venons  de  raconter,  mais  elle 
est  remplie  de  sages  instructions  touchant  ce  qui  arriva  alors  et 
aussi  pour  la  démonstration  des  véritables  dogmes  et  de  la  foi 
incorruptible  et  sans  mélange  d'erreur.  Cela  suffira  à  tout 
homme  intelligent  et  sera  pour  lui  une  démonstration  indubi- 
table, une  manifestation  de  la  vérité  et  un  blâme  pour  la  pré- 
varication de  Chalcédoine. 


XXVI 

Apollon {^aj^i;  chez  Michel  ^a^/),  prêtre  de  Césarée  qui  y 
dirigeait  l'église  des  orthodoxes  (2),  homme  juste  et  saint 
honoré  et  révéré  de  tous,  qui  souffrit  beaucoup  et  montra  un 
grand  zèle  pour  la  foi  orthodoxe,  nous  raconta  le  fait  sui- 
vant : 

Tandis  que  le  vénérable  confesseur,  le  patriarche  Timothée, 
était  encore  en  exil  en  Chersonnèse,  j'allais  le  visiter  et  lui 
demander  sa  bénédiction.  Je  remarquai  qu'il  avait  au  pied  un 
mauvais  ulcère  appelé  par  les  médecins  .ai^t^/o^,  c'est-à-dire 
mauvais  genre,  qui  produisait  du  pus.  Je  reprochai  à  ses  syn- 
celles  de  négliger  la  santé  de  ce  vieillard,  ils  s'excusèrent  en 
disant  :  ^ious  lui  avons  demandé  bien  souvent  de  nous  lais- 
ser nettoyer  sa  blessure  et  de  prendre  le  médecin  convenable, 
mais  nous  n'avons  pu  le  persuader;  maintenant  que  le  Seigneur 
t'a  amené,  avec  la  crainte  de  Dieu  que  tu  as,  tu  agiras  bien  en 
faisant  ton  possible  (pour  le  persuader). 

Un  jour  que  je  compatissais  à  ce  vieillard,  je  me  jetai  à  ses 
genoux,  plein  de  compassion,  en  l'absence  des  frères,  afin  qu'il 
ne  crût  pas  que  j'agissais  d'après  leur  conseil,  et  je  lui  dis  :  Aie 
pitié  de  moi  et  accorde-moi  ce  que  je  vais  te  demander.  —  Le 
saint  me  répondit  :  Lève-toi,  et  je  ferai  tout  ce  que  tu  me  de- 
manderas qui  soit  possible.  —  Je  restai  prosterné  à  terre  et  lui 
dis  aussitôt  :  Je  ne  me  lèverai  pas  si  tu  ne  me  fais  pas  une  pro- 

(1)  Cf.  Land,  III,  p.  841, 1.  7-Io,  et  p.  344,  1.  3,  etc. 

(2)  Cf.  cil.  XXIX. 


34  PLÉROPHORIES. 

messe.  —  Le  saint  me  répondit  sans  liésiter  :  Je  t'ai  déjà  dit 
une  fois  que  je  ferai  ce  que  je  pourrai  et  ce  qui  plaira  à  Dieu.  — 
Je  me  levai  alors  et  cherchai  à  lui  persuader  de  me  laisser 
faire  ce  que  je  pourrais  et  ce  qui  serait  utile  pour  l'ulcère  qu'il 
avait  au  pied. 

Il  me  dit  :  Attends  un  peu,  assieds-toi  et  écoute,  puis  il  n'y 
aura  plus  de  discussion  (entre  nous).  Il  plaça  ensuite  le  doigt 
sur  son  œil  et  dit  :  Regarde  ce  que  tu  vois  ici,  n'aperçois-tu  pas 
sur  la  prunelle  de  mon  œil  comme  une  cicatrice  épaisse?  —  Je 
répondis  oui,  et  il  ajouta  :  Moi  aussi,  je  serai  un  insensé  (l),mais 
pour  te  persuader  et  pour  que  tu  cesses  de  me  presser,  il  faut  que 
je  te  raconte  comment  cela  m'est  arrivé.  Un  jour  que  je  m'étais 
levé  matin  et  que  je  remplissais  le  petit  office,  un  homme  ter- 
rible, effrayant  et  noir,  comme  le  prophète  Job  nous  représente 
Satan,  arriva  tout  à  coup,  sortant  de  la  muraille  et  portant  un 
gros  livre  en  mai.n.  Il  étendit  et  agita  son  bras  en  criant  : 
«  Voilà  donc  celui  qui  seul  résiste  à  ma  volonté  et  ne  veut  pas 
m'obéir;  accepte  au  moins  maintenant  et  lève  la  main  '>.  Il  s'a- 
gitait d'un  air  menaçant  et  pensait  bien  m'effrayer  par  ses  pa- 
roles. Mais  moi,  appuyé  sur  le  Seigneur,  je  lui  répondis  :  Ce 
que  tu  demandes  naura  pas  lieu  et  je  ne  ferai  pas  ta  volonté, 
car  je  ne  veux  pas  devenir  l'adversaire  de  Dieu  ni  un  rebelle 
comme  toi,  je  connais  ta  faiblesse  et  ne  te  crains  pas;  tes  me- 
naces et  tes  fantasmagories  ne  me  font  pas  peur  ».  A  ces  paroles 
il  se  fâcha  et  parut  plein  de  venin,  comme  un  serpent  ou  un 
dragon;  il  portait,  comme  je  l'ai  dit,  un  volume  dans  sa  main 
droite,  il  le  leva  et,  plein  de  colère,  m'en  frappa  sur  l'œil.  J'en 
ressentis  une  douleur  si  violente  que  je  crus  mon  œil  arraché  et 
jeté  à  terre  :  mais,  grâce  à  Dieu,  cela  n'eut  pas  lieu. 

Quand  les  frères  vinrent  au  matin,  ils  virent  comme  une 
goutte  de  sang  et  de  chair  qui  tombait  de  mon  œil,  et  tout  cet 
œil  était  flasque,  et  il  ne  lui  restait  plus  rien  de  sa  première 
apparence;  ils  me  proposèrent  en  pleurant  de  me  servir  de 
bains  et  de  ce  qu'on  a  coutume  de  faire  pour  guérir  ces  maux, 


1)  Cl.  cil.  xv.  Tiiiiulh('i>  y  oiii])loi('  (Irjà  la  ni("'iiM>  locution.  Est-co  pour  acci'C- 
ditor  SOS  liisioiics:'  Un  Irouvoi-a  chez  TJK'opliane  iMignc,  /••.  (»'.,  t.  CVIII,  col.  t*79) 
qn'il  abusait  un  pou  du  surnaturel.  —  On  trouvera  aussi  {ibid.,  col.  28.1)  qu'il  fai- 
sait à  (;ant.'ra  dos  réunions  et  dos  cabales,  ce  qui  est  conlinué  par  !o  prosent  on- 
viagc.  Cf.  infru,  cli.  i.xv  et  suivants. 


PLÉROPIIORIES.  35 

ils  pensaient  toujours  que  cela  provenait  d'un  coup  ou  d'une 
cause  analogue,  mais  je  ne  les  laissai  pas  faire  et  leur  dis  :  «  Je 
sais  d'où  cela  vient,  aussi  ne  me  disputez  pas  et  ne  me  tour- 
mentez pas,  camion  seul  médecin  est  au  ciel.  »  J'attendis  pa- 
tiemment, je  me  jetai  devant  le  Seigneur  et  me  recommandai  à 
ses  miséricordes;  enfin  il  me  secourut,  car  notre  Dieu  Jésus- 
Christ  m'apparut,  plaça  ses  mains  pures  sur  mes  yeux,  me  gué- 
rit et  me  rendit  la  vue;  il  me  laissa  cette  petite  cicatrice  comme 
marque  véritable  de  sa  visite  bienfaisante. 

Je  sais  très  bien  que  celui  qui  m'a  fait  subir  cette  épreuve  et 
donné  ce  coup,  m'a  encore,  avec  la  permission  de  Notre-Sei- 
gneur,  causé  cet  ulcère  au  pied;  et  comme  à  ce  moment  j'ai  eu 
confiance  dans  le  Seigneur  qui,  à  ma  prière,  m'a  guéri,  mainte- 
nant encore  je  crois  fermement  qu'il  me  visitera;  aussi  je  prie 
ta  sainteté  de  cesser  et  de  ne  plus  m'importuner  à  ce  sujet. 

J'ai  entendu  conter  cette  histoire  par  beaucoup  d'autres  qui 
la  tenaient  indirectement  ou  directement  du  patriarche  Timo- 
thée,  et  en  particulier  par  l'un  des  syncelles  qui  étaient  réunis 
près  de  lui  en  Chersonèse  et  le  servaient  en  exil.  On  voit 
maintenant  qu'après  cette  expérience  personnelle,  le  bienheu- 
reux Timothée,  dans  un  grand  nombre  de  lettres  et  d'écrits, 
pouvait,  en  connaissance  de  cause,  appeler  diabolique  le  concile 
de  Chalcédoine,  comme  réuni  et  dirigé  par  le  démon,  et  dire 
que  c'était  la  première  incursion  de  l'Antéchrist,  et  la  révolte 
dont  parle  l'apôtre  Paul  quand  il  écrit  aux  Thessaloniciens. 


XXVII 

Le  soldat  Zenon  |.î..^-.\|^^.r»;  o^,.  ootxaoc^j/j  i^-^i^^io.;^  oo,  i— ^^  fut  en 
voyéen  Palestine  par  le  cubiculaire  Cosme  (^0^0^)  (1),  pour  gar- 
der notre  père  l'évêque  Pierre  et  le  père  /srtie,  moine  paisible, 
qu'il  comptait  conduire  à  l'empereur  Zenon,  comme  on  le  lui 
avait  ordonné  (2).  Quand  il  arriva  en  Palestine,  il  raconta  au 
bienheureux  en  notre  présence  l'histoire  suivante  :  Un  certain 

(1)  Cf.  Land,  III,  1.  VI,  ch.  ir.  Cosme  est  envoyé  par  Zenon  à  Alexandrie  pntu-  y 
rétablir  Tordre.  Cf.  Vie  de  Sévère,  p.  27,  1.  9,  et  Evaj,a-iiis,  H.  E.,  III,  -2;.'. 

(2)  Ce  fait  est  raconté  chez  Land,  III,  livre  YI,  ch.  ii. 


36  PLÉROPHORIES. 

Pierre  écolier  (v;^<^^  me  conta  jadis  ce  qui  suit  (1)  :  j'étais  ami  de 
-Vt's/orîMS,  j'approuvais  le  concile  de  Chalcédoine  et  l'empereur 
Marcien,  et  m'élevais  bien  souvent  contre  ceux  qui  les  invecti- 
vaient. Une  nuit,  un  homme  m'apparut  et  me  dit  :  Jusques  à 
quand  seras-tu  dans  l'erreur  et  refuseras-tu  d'adhérer  à  la  vé- 
rité? Viens  donc  que  je  te  montre  où  est  l'empereur  Théodose 
et  où  est  Marcien.  Et  dans  un  lieu  rempli  d'une  lumière  éblouis- 
sante, je  vis  le  bienheureux  Théodose  dans  une  gloire  inénar- 
rable et  plus  brillante  que  le  soleil.  Et  il  me  conduisit  dans  un 
autre  endroit  rempli  de  fumée  et  de  ténèbres  et  me  dit  :  Vois-tu 
Marcien  qui  est  tourmenté  ici?  —  Je  répondis  que  je  ne  voyais 
personne.  —  Il  leva  alors  les  yeux  au  ciel,  et  dit  :  Seigneur,  dis- 
sipe un  peu  cette  obscurité,  afin  qu'il  puisse  voir  et  croire.  Et 
je  vis  Marcien  suspendu  à  des  crochets  de  fer,  et  tourmenté  au 
milieu  du  feu.  C'est  ainsi  que  je  fus  converti  et  que  je  devins 
orthodoxe. 


XXVIII 

Cyriwjue  (^aû^îoc;  chez  Michel  .œaouiaû)  et  Jules,  moines 
intègres  et  dignes  de  créance,  nés  dans  l'île  de  Chypre,  racon- 
taient au  vénérable  Pierre  l'histoire  suivante  qu'ils  connais- 
saient parfaitement  et  qu'ils  avaient  contrôlée  eux-mêmes  :  Il 
y  avait,  dans  l'île  de  Chypre,  une  église  dédiée  à  un  martyr 
dont  j'ai  oublié  le  nom.  Il  avait  cette  propriété,  parmi  les  autres 
thaumaturges,  de  garder  du  mal  tout  homme  qui  lui  offrait  une 
l)rebis  ou  une  colombe  ou  ce  qu'on  a  coutume  d'offrir  dans  les 
autres  églises.  Ce  martyr  sortait  de  lui-même  dans  cette  église 
sans  qu'on  le  portât,  et  aucun  de  ceux  qui  le  rencontraient 
n'osait  le  toucher. 

(  juand  les  évoques  revinrent  du  concile  de  Chalcédoine  et  cher- 
chèrent à  tromper  les  simples  en  leur  persuadant  qu'il  n'y  avait 
aucun  mal,  ce  saint  martyr  apparut  par  les  chemins  à  ceux  qui 
se  rendaient  à  son  temple  comme  de  coutume.  II  leur  disait  : 
.le  suis  un  loi.  auprès  de  qui  vous  vous  rendez,  n'y  allez  pas  et 


(Il  On  i'ciiian|iii'r;i.  uiu'  l'ois  de  plus,  le   soin  (\w  pi'iMid  Ji-aii  do  nous  appnMi- 
di'c  (IVn'i  vii'inirnl  ses  ri'cits.  Miclid  (nurt  ici  ce  ooninioncenionl. 


PLÉROPIIOUIES.  37 

ne  vous  joignez  pas  aux  renégats,  c'est  pour  cela  que  je  me  suis 
éloigné  de  ce  lieu  et  que  je  n'y  paraîtrai  plus. 


XXIX 

Un  fait  analogue  se  passa  à  Sébaste,  en  Palestine,  où  est  con- 
servé le  corps  entier  de  Jean-Baptiste.  Le  bienheureux  Cons- 
tantin, qui  était  gardien  de  l'église  au  temps  du  concile,  étaitfa- 
vorisé  en  tout  temps  des  apparitions  de  Jean-Baptiste.  Il  y  avait 
dans  le  temple  un  endroit  orné  de  grillages  où  étaient  deux 
châsses  enrichies  d'or  et  d'argent  devant  lesquelles  brûlaient 
perpétuellement  des  lumières,  l'une  était  celle  de  saint  Jean- 
Baptiste  et  l'autre  celle  du  prophète  Elisée;  un  trône,  sur  le- 
quel personne  ne  s'asseyait,  était  placé  dans  ce  même  endroit. 
Le  bienheureux  Constantin, lorsqu'il  se  levait  chaque  nuit  pour 
veiller,  allait  d'abord  saluer  les  châsses,  puis  arrangeait  les  lu- 
mières et  enfin  nettoyait  le  trône  avec  le  plus  grand  soin.  Ces 
détails  nous  furent  donnés  par  le  bienheureux  Altas  {^ot^i), 
prêtre,  qui  dirigeait  l'église  orthodoxe  à  Césarée,  dont  nous 
avons  parlé  ci-dessus  (1).  Celui-ci  demeura  en  effet  près  de 
saint  Constantin  et  fut  son  disciple;  et  quand  il  le  vit  si  soigneux 
de  nettoyer  chaque  jour  ce  trône,  il  se  jeta  à  ses  genoux,  et  le 
pria  de  lui  dire  pourquoi  il  en  prenait  tant  de  soin  puisqu'il  ne 
servait  à  personne.  Après  avoir  résisté  quelque  temps,  voyant 
qu'il  avait  affaire  à  un  orthodoxe,  il  lui  dit  :  Presque  toutes  les 
nuits  quand  j'entre  ici,  je  trouve  saint  Jean-Baptiste  sur  ce 
trône. 

Le  bienheureux  Constantin  avait  aussi  grande  confiance  en 
saint  Jean,  c't^st  pourquoi  au  temps  de  l'oppression,  lorsque  les 
évêques  du  parti  du  patriarche  Thêodose  étaient  chassés  par 
Marcien  et  comme  il  se  demandait  s'il  devait  fuir  la  communion 
des  renégats  et  se  priver  de  la  présence  du  saint  Baptiste  ou  de- 
meurer et  devenir  renégat,  il  supplia  le  saint  précurseur  (i..^^  ^.o,;) 
du  Messie  d'éclairer  son  intelligence  et  de  lui  montrer  ce 
qui  plaisait  à  Dieu;  le  saint  lui  apparut  et  lui  dit  :  Prêtre,  ne 
perds  pas  ton  àme  àcause  de  moi  et  ne  renie  pas  ta  foi,  mais  va, 

(1)  Serait  doue  le  môme  que  looai^/  ou  >**a»3i';  cf.  cli.  xxvi. 


38  PLÉROPHORIES. 

conserve  ta  loi  sans  transgression,  et  partout  où  tu  iras,  je  serai 
avec  toi.  Il  s'en  alla  donc,  mena  une  vie  sans  tache  clans  l'exil, 
conserva  la  foi  orthodoxe  jusqu'à  la  fin,  et,  combattant  le  bon 
combat,  fut  couronné  de  la  couronne  des  confesseurs. 


Le  religieux  prêtre  Zosime  fut  favorisé  d'un  témoignage  et 
d'une  vision  analogues.  C'était  un  étranger,  homme  intègre, 
qui  eut  l'honneur  de  demeurer  avec  notre  bienheureux  père 
Pierre  et  qui  conserva  sans  transgression  jusqu'à  la  fin  la  foi 
orthodoxe  et  fut  conservé  par  elle.  Il  habitait  en  paix,  tout  en- 
fant, le  mont  Sina'i,  en  la  compagnie  des  Pères  orthodoxes,  puis 
abandonna  ces  lieux,  comme  il  me  le  racontait  lui-même,  et 
vint  à  Jérusalem.  Le  régime  de  ces  contrées  lui  plut,  et  il  s'y 
cherchait  un  lieu  de  repos.  Il  arriva  à  Béthel  où  le  patriarche 
Jacob  vit  l'échelle,  et  fut  aimé  du  gardien  de  cet  endroit,  qui 
chercha  souvent  à  lui  procurer  le  repos  convenable.  Il  avoua 
alors  franchement  qu'il  ne  pouvait  rester,  parce  qu'il  fuyait  la 
communion  des  renégats  de  Chalcédoine.  L'autre  insistait  :  Ne 
te  fais  aucun  souci  à  ce  sujet,  reste  avec  moi,  chante  avec  moi 
et  aie  soin  de  ce  lieu.  —  L'esprit  de  Zosime  inclinait  vers  ces 
propositions,  quand,  une  nuit,  il  vit  le  patriarche  Jacob,  homme 
resplendissant,  vénérable  et  grave,  revêtu  d'une  tunique  et  por- 
tant un  bâton,  qui  se  promenait  en  cet  endroit;  il  s'approcha  de 
lui  et  lui  dit  :  Comment  toi,  qui  es  orthodoxe  et  qui  es  en  com- 
munion avec  les  orthodoxes,  songes-tu  à  demeurer  ici?  Ne 
transgresse  pas  la  foi  à  cause  de  moi,  mais  hâte-toi  de  fuir  la 
compagnie  des  renégats,  et  tu  ne  manqueras  ni  de  biens,  ni  de 
lieu  (de  repos),  ni  de  ce  qui  te  sera  nécessaire,  fl  s'éloigna,  et 
demeura  ainsi  jusqu'à  la  fin  de  sa  vie,  inébranlable  dans  les 
saintes  actions  et  dans  la  foi  orthodoxe. 


X.WI 

Nutro  vénérable  Père,  l'évèque  Pierre,  nousracontait  l'histoire 
suivante  au  sujet  d'un  saint  homme  nommé  le  pâtre  Iléliodore 
(uxKsî^o,).  Il  quitta  le  monde  et  se  retira  sur  les  montagnes  etdans  les 


PLÉROPHORIES.  39 

vallées  du  TaurusenCilicie.Pendâïii  de  longues  années,  il  choi- 
sit son  habitation  chez  les  animaux  sauvages,  loin  des  hommes,  et 
se  nourrissait  sans  préparation  des  pousses  d'arbre  et  des  racines 
sauvages,  aussi  sa  chevelure  lui  servait  de  vêtement  été  et  hi- 
ver. Des  chasseurs  de  cerfs  et  d'autres  animaux  sauvages,  pas- 
sant dans  ces  lieux  selon  leur  coutume,  aperçurent  le  saint  de 
loin  et  le  prirent  pour  un  animal  étrange  à  cause  de  son  aspect 
sauvage:  ils  lui  jetèrent  un  filet  et  l'attrapèrent  après  qu'il  eut 
ainsi  passé  beaucoup  d'années  dans  la  solitude. 

Ainsi  découvert,  et  ne  pouvant  plus  se  livrer  aux  œuvres 
d'abnégation  à  la  suite  de  la  croix,  les  habitants  du  pays  lui 
persuadèrent  plutôt  et  même  le  contraignirent  d'habiter  dans  le 
monde;  il  habita  dans  un  monastère  et  devint  père  de  moines. 
Quand  il  fut  près  de  mourir,  il  appela  ses  disciples  et  leur  dit  : 
Dans  vingt-quatre  ans  (1),  les  évêques  renieront  la  vraie  foi. 
Quand  vous  verrez  arriver  cette  perturbation,  fuyez  en  Egypte, 
car  c'est  là  que  se  conserveront  les  restes  des  orthodoxes,  ainsi 
que  dans  la  Palestine  qu'ils  ont  visitée.  Notre  bienheureux  Père 
alla  en  Egypte,  comme  il  nous  le  racontait,  et  y  trouva  un  de 
ses  disciples,  homme  âgé  et  saint,  qui  lui  raconta  ce  qui  pré- 
cède et  le  persuada. 

XXXII 

Notre  vénérable  Père  Pierre  disait  encore  :  Je  connais  un 
saint  qui,  après  la  mort  du  bienheureux  et  orthodoxe  empereur 
Théodose,  entendit  dans  sa  cellule  une  voix  du  ciel  qui  disait: 
Voici  que  le  ciel  est  ébranlé,  il  va  tomber  et  écraser  la  terre  sans 
épargner  personne,  car  le  grand  empereur  orthodoxe  Thèodose 
est  mort. 

XXXIII 

Notre  Père  nous  racontait  encore  au  sujet  d'un  comte 
(^ûju-^s^oLû) ,  l'un  des  grands  d'Alexandrie  qui  venait  souvent 
près  de  lui,  et  participait  avec  lui  aux  mystères  :  celui-ci  lui 

(1)  Ceci  se  passait  donc  en  427-. 


40  PLÉROPHORIES. 

racontait  :  Au  temps  où  le  méchant  Nestorius  était  en  exil  en 
Tliébaïde,  je  fus  envoyé  par  le  comte  (.m..>nci^)  pour  donner  de 
l'argent  aux  soldats  qui  y  étaient.  Je  causais  ainsi  nécessaire- 
ment avec  Xestoriiis  et  entendis  ses  blasphèmes.  Un  jour  que  je 
causais  avec  lui,  un  homme  vint  annoncer  qu'on  le  rappelait  (à 
la  cour)  et  qu'un  préfet  (^ajuv^^sx^^io)  allait  venir  le  chercher. 
Alors,  emporté  par  ses  pensées,  rempli  de  joie  et  tout  ému,  il  dit  : 
«  Pourquoi  cela?  N'avais-je  donc  pas  tort  de  dire  que  le  Messie 
n'était  pas  Dieu  et  que  Marie  n'avait  pas  engendré  Dieu  »  (1)?  A 
ces  paroles,  sa  langue  lui  refusa  son  service  et  sortit  de  sa  bouche 
et  il  mourut  en  la  mordant,  un  jour  avant  l'arrivée  du  préfet 
(^ai.-,^arL^io)  qul  était  envoyé  pour  le  chercher. 

Le  Père  Théodore,  moine  qui,  à  la  fin,  fut  évêque(2)  et  qui  alla 
dans  ce  même  lieu  en  exil,  nous  affirmait  que  la  terre  elle-même 
ne  voulut  pas  recevoir  son  corps  après  sa  mort,  mais  elle  le  re- 
jeta par  trois  fois  et  les  habitants  du  pays  furent  obligés  de  l'en- 
velopper dans  une  corbeille  et  de  le  mettre  dans  un  mur  (3).  Le 
bienheureux  Timothëe  écrivit  un  chapitre  sur  ce  sujet  dans  son 
histoire  ecclésiastique  (4);  j'ai  donné  ici  ce  qui  peut  être  utile. 

XXXIV 

Potamon  (^aiataa),  l'un  des  saints  et  anciens  moines  de  Scété, 
monta  de  là  pour  habiter  en  Egypte  en  cellule.  Et,  à  cette  épo- 
que, notre  père  quittant  la  Palestine  pour  l'Egypte,  habita  avec 
lui;  il  nous  racontait  à  son  sujet  :  «  Il  avait  reçu  du  ciel  un 
pouvoir  sur  les  diables,  il  lui  suffisait  de  jeter  de  l'eau  au  nom 
du  Messie  sur  ceux  qui  étaient  tentés  pour  chasser  aussitôt  les 
démons.  »  Quand  il  entendit  parler  d'un  bienheureux  nommé 
Séfalaris  f.<xu;n£uc) ,  il  alla  demander  Sa  bénédiction,  en  se  ca- 
chant soigneusement,  pour  qu'on  ne  pût  savoir  ni  qui  ni  d'où  il 
était,  car  à  ce  moment  Protérius  était  (évêque)  à  Alexandrie  et 
persécutait  les  saints.   Et  ce  Potamon  (qui  rencontra  Pierre) 

(1)  Ce  fait  est  raconté  moins  exactement  chez  Laml.  III.  p.  119,  I.  19--2J. 

(2)  C'est  de  ce  moine  qu'il  est  (jnestion  cIhv.  I.ainl.  III.  p.:;Hi.  Cf.  Vie  de  Sévère, 
j).  >'8,  I.  26.  et  p.  29,  1.  :?.». 

(:{)  Cela  sif^nific  sans  doute  i\\\"\\  lui  enterré  à  la  mode  «Vyiilieimo. 
('!)  Cette  liistoii-e  ost    nnMitionnéc  parmi  les  sources  de  .Mii'iiol  le  Syrien.   Cf. 
ch.  xxxvi. 


PLÉROPHORIES.  41 

le  reconnut  aussitôt  en  esprit  et  lui  dit  :  Ne  te  préoccupe  pas 
de  cela,  ô  évêque  Pierre,  ne  te  préoccupe  pas,  Dieu  se  vengera 
bientôt,  car  l'Église  de  Dieu  a  intercédé  pour  vous  autres  évê- 
ques,  et  ce  sodomite  et  ce  meurtrier  sera  tué,  —  il  parlait  de 
Protérms.  —  Trois  jours  après,  en  effet,  Protérius  fut  tué. 

XXXV 

Il  y  avait  un  moine  cVAniioche  des  plus  remarquables  du 
clergé  et  nommé  Basile,  qui  fut  l'instrument  du  salut  de  notre 
Père  Pierre  alors  enfant  dans  la  ville  impériale,  et  lui  donna  le 
goût  de  la  vie  monacale  (1).  Le  bienheureux  racontait  à  son  sujet 
qu'il  abandonna  le  monde,  prit  la  croix  du  Messie  et  le  suivit. 
Il  habita  seul  dans  le  désert  de  la  Thébaïde  durant  trente-cinq 
ans,  puis  entendit  une  voix  du  ciel  qui  disait  :  Basile,  va  aux 
pays  habités  et  combats  pour  la  foi,  car  les  évêques  et  les  rois 
renieront  le  fils  unique  de  Dieu.  Quand  il  vint  près  de  la  terre 
(habitée),  il  trouva  non  loin  de  la  mer  une  caverne  dans  un  en- 
droit non  fréquenté ,  il  y  demeura  douze  ans  dans  les  mêmes 
conditions  que  le  Père  Héliodore  qui  fut  pâtre  et  dont  nous 
avons  parlé  ci-dessus  (2),  Un  navire  approcha  de  cet  endroit  et 
des  matelots  descendant  pour  chercher  ce  dont  ils  avaient  be- 
soin, le  trouvèrent  et  l'annoncèrent  aux  habitants  du  pays. 
Quand  il  fut  ainsi  découvert,  on  lui  demanda  de  venir  dans  les 
pays  habités  de  Lycie.  Il  y  alla  et  y  fonda  deux  monastères  de 
saints  moines,  l'un  d'hommes,  l'autre  de  femmes. 

A  cette  époque  l'impie  Nestorius  était  évêque  de  Constanti- 
nople  et  y  prêchait  ses  blasphèmes.  Basile  entendit  de  nouveau 
une  voix  du  ciel  qui  lui  dit  :  Montre  ton  zèle,  va  à  Constanti- 
nople  et  réprimande  l'impie  Nestorius  qui  blasphème  et  a  renié 
ma  foi.  —  Sans  hésiter,  celui-ci  partit  pour  Constantinople, 
entra  dans  l'église  et  trouvant  l'impie  Nestorius  en  chaire  et 
faisant  un  prône,  il  le  réprimanda  devant  tout  le  peuple  en  di- 
sant :  Sois  orthodoxe,  évêque,  ton  enseignement  est  mauvais; 
pourquoi  renverses-tu  les  dogmes  des  Pères?  —  Nestorius  s'ar- 
rêta dans  son  prône  et  Basile  reprit  à  haute  voix  :  Sois  maudit, 

(1)  Ce  chapitre  et  le  suivant  montrent  que  Pierre  était  encore  à  la  cour  en  430. 

(2)  Cf.  ch.  XXXI. 


42  PLÉROPIIORIES. 

Nestorius ,  ainsi  que  ta  méchanceté.  —  Et  après  le  départ  des 
fidèles,  Basile,  appelé  par  Nestorius,  montra  la  méchanceté  de 
celui-ci  aux  évêques  qui  étaient  là.  Enfin  Basile  s'approcha  de 
l'empereur  Théoclose  qui  passait  sur  la  place  et  lui  cria  :  0  em- 
pereur qui  es  baptisé  au  nom  de  la  Trinité,  pourquoi  ne  la  con- 
fesses-tu pas?  Car  les  enseignements  de  Nestorius  vont  contre 
la  Trinité.  —  Il  fut  alors  saisi  par  le  Thrace  Flavien,  qui  était 
maître  de  police  (uo-^^o -^o-y^c,^.^ ,  souffrit  beaucoup  par  ses  or- 
dres, fut  flapfellé  et  blessé,  puis,  en  dépit  de  l'indignation  pu- 
blique, fut  condamné  à  l'exil.  Mais  quand  cela  fut  connu  dans 
la  ville,  le  peuple  l'enleva  et  le  conduisit  à  l'église  de  Sainte- 
Euïjhémie  où  il  habita  un  certain  temps  prosterné  devant  le 
Seigneur  de  vérité  et  lui  demandant  de  ne  pas  supporter  jus- 
qu'à la  fin  que  Xestorius  manquât  de  respect  à  Dieu. 

Sur  ces  entrefaites,  il  arriva  ce  qui  suit  :  Le  bienheureux 
empereur  Théoclose  sortait  sur  la  place  publique,  quand  une 
brique  (ij-io^)  tomba  d'en  haut,  le  toucha  à  la  tète  et  le  mit  en 
péril  de  mort.  Quand  il  fut  sauvé  contre  toute  espérance  et  pen- 
dant qu'il  était  dans  la  crainte  et  le  tremblement,  il  vit  de  nuit 
un  homme  qui  lui  dit  :  «  Tu  souffres  cela  à  cause  de  Basile,  le 
serviteur  de  Dieu  que  tu  n'as  pas  écouté  parce  que  tu  résistais  à 
la  crainte  de  Dieu.  »  Il  fit  aussitôt  amener  le  saint,  s'excusa  et 
lui  demanda  ce  qui  lui  ferait  plaisir.  —  Mais  celui-ci  répondit  : 
Je  ne  demande  pas  les  choses  qui  me  sont  agréables,  mais  celles 
qui  plaisent  à  Dieu,  et  affermissent  son  Église.  Ordonne  qu'il  y 
ait  un  concile  pour  réprimer  les  blasphèmes  de  Nestorius  contre 
Dieu,  l'anathématiser  et  le  chasser,  car  telle  est  la  volonté  de 
Dieu.  Et  l'empereur  le  crut  aussitôt  et  ordonna  la  réunion  d'un 
concile  à  Ephèse,  où  Nestorius  fut  anathématisé  et  chassé  en 
exil  (1). 

XXXVI 

Notre  Père  l'évéque  Pierre  nous  racontait  que  l'épouse  de 
I>(i marias  (^ouv^,),  premier  hipparque,  la  vénérable  Eliana, 
(u-^/)  «'tait  une  sainte  femme  qui  faisait  beaucoup  d'aumônes 
et  aimait  le  Messie  par-dessus  tout.  Trois  ans  avant  que  Neslo- 

(1)  (Viir  (•,iii>c  ilii  iHi'iiiii'i-  ciiiiciliMrKplii'sc  (431)  t''l;iit.  jt' crois,  inconiuio. 


PLÉrJOPIIORIES.  43 

rius  fùtévêque(l),  un  ange  lui  apparut  et  lui  dit  :  Eliana,  Eliana, 
dans  trois  ans  un  certain  évêque  sera  nommé  à  Constantinople; 
alors  prends  garde  à  toi  et  ne  reçois  pas  la  communion  de  lui.  — 
Après  trois  ans  vint  Nestorius,  et  elle  ne  voulut  jamais  le  rece- 
voir dans  sa  demeure  lorsqu'il  se  présenta  à  plusieurs  reprises 
pour  lui  faire  visite,  ni  participer  aux  mystères  avec  lui.  Quand 
elle  entendit  ses  blasphèmes,  elle  fut  enflammée  d'un  zèle  divin, 
et  ne  demandait  qu'à  connaître  la  vérité.  Elle,  se  rendit  à  l'é- 
glise, et  il  advint  que  ce  même  jour  pendant  que  Nestorius  prê- 
chait arriva  Basile,  le  diacre  cVAntioc/te  dont  nous  avons  parlé 
ci-dessus.  Celle-ci  alors,  de  la  place  élevée  qu'elle  occupait,  cria 
à  haute  voix  :  «  Maudit  sois-tu,  Antéchrist.  »  Car  elle  reconnut 
que  la  vision  qu'elle  avait  eue  contre  un  certain  évêque,  visait 
les  hérétiques  des  deux  natures. 

Puisque  j'ai  raconté  ce  fait,  je  vais  encore  ajouter  la  chose 
étonnante  qui  arriva,  à  la  fin,  à  Nestorius  en  exil  et  qui  con- 
firme le  songe  de  la  bienheureuse  Eliana  :  Nestorius  avait  été 
exilé  à  Oasis  (2)  ;  il  y  fut  pris  et  fut  emmené  en  captivité  par  des 
barbares  nommés  MâLV/,oi  (3)  (o^p,»),  il  fut  délivré,  et  ne  put  de- 
meurer de  nouveau  à  Oasis,  mais  bien  dans  la  ville  de  Pan, 
ainsi  nommée  de  cet  animal  à  deux  natures;  il  y  fut  gardé  jus- 
qu'à sa  mort,  qui  arriva  au  temps  dont  nous  avons  parlé,  où, 
frappé  par  la  colère  de  Dieu,  il  fut  condamné  et  mourut.  Pour 
confirmer  ce  fait  il  me  paraît  nécessaire  de  citer  la  partie  de 
l'histoire  du  bienheureux  patriarche  Timofhée  qui  y  a  trait  (4). 

Extrait  de  r histoire  que  saint  Timothée,  archevêque  cVA- 
lexandrie,  écrivit  à  Gangra.  —  A  cette  époque,  par  la  permis- 
sion et  la  volonté  de  Dieu,  il  arriva,  à  cause  de  nos  nombreux  pé- 
chés, que  le  bienheureux  empereur  Théodose  mourut,  un  an 
après  le  second  concile  d'Éphèse.  Son  successeur  n'hérita  pas 
de  son  zèle  ardent  pour  la  foi,  aussi  toutes  les  affaires  des  Églises 
furent  troublées  à  l'inverse  de  la  loi  qu'avait  édictée  contre  les 

(1)  C'est-à-dire  en  425.  On  pourrait  lire  Hélène  aussi  bien  qu'Éliana. 

(2)  >xoa.j:ùl;  cf.  Land,  Anecdola  syriaca,  t.  III.  p.  119  Uoo^,  et  p.  194.  1.  6. 

(3)  Ces  barbares  sont  aussi  mentionnés  chez  Raabe,  Pclrus  der  Iberer,  p.  87.  Ils 
avaient  détruit  les  monastères  du  désert  de  Scété.  Cf.  Evagrius,  Histoire  ecclé- 
siaslique,  I,  7.  .Jean  Jloschus.  dans  le  Pralum  spirituale,  ch.  cxn,  raconte  aussi 
que  les  MâÇtxE;  vinrent  à  r"Qai7tv,  tuèrent  des  moines  et  en  emmenèrent  prison- 
niers. 

(4)  Cf.  ch.  x.xxMi. 


44  PLÉROPIIORIES. 

hérétiques  le  bienheureux  Théoclose.  Depuis  lors  jusque  main- 
tenant, les  serviteurs  de  Dieu  furent  persécutés,  et  toute  langue 
blasphématrice  et  rebelle  put  se  déchaîner  contre  le  Messie.  Dès 
son  avènement,  Marcieu  envoya  en  Egypte  un  tribun  des  gar- 
des (1)  pour  rappeler  l'impie  Xesion'us  et  un  évêque,  nommé 
Dorothée,  qui  de  sa  propre  volonté  s'était  exilé  avec  lui.  Quel- 
ques-uns racontent  que  ce  Dorothée  était  très  aimé  de  celui  qui 
régnait  alors.  Quand  le  tribun  arriva  en  Thébaïde,  —  on  le  sut 
depuis,  car  ce  ne  fut  pas  public,  —  il  trouva  Nestorius  gardé  au 
château  fort  de  la  ville  nommée  Pan,  où  il  avait  été  conduit  gra- 
vement malade.  Car  Nestorius  avait  été  enlevé  par  les  barbares 
de  la  ville  cïOasis  (^oœo/),  où  il  avait  été  exilé  par  le  bienheu- 
reux empereur  Théodose,  et  avait  été  vendu  par  eux  aux  habi- 
tants de  la  ville  de  Pan.  Lorsque  le  comte  André,  qui  était  alors 
en  Thébaïde,  l'apprit,  du  vivant  de  l'empereur  Théodose,  il  lui 
fit  dire,  après  son  rachat,  de  demeurer  dans  le  camp  (i;^mn^)  et 
de  n'y  faire  aucun  acte  de  rébellion  ni  aucun  discours.  L'en- 
voyé de  l'empereur  l'y  trouva  avec  Dorothée,  comme  nous  l'a- 
vons dit,  leur  lit  connaître  ses  ordres,  et,  à  cause  des  Égyptiens, 
leur  annonça  en  secret  qu'ils  n'avaient  plus  rien  à  craindre  de 
leurs  adversaires.  Dorothée  conseilla  au  tribun  d'attendre  un 
peu,  à  cause  de  la  faiblesse  de  Nestorius,  mais  son  état  empira 
de  jour  en  jour,  sa  langue  lui  refusa  son  service  et  sortit  de  la 
bouche  en  présence  du  tribun,  sa  parole  devint  indistincte;  sa 
langue  se  décomposa  au  point  qu'il  devint  un  objet  d'horreur 
et  de  pitié,  comme  le  tribun  le  raconta  plus  tard  à  beaucoup. 
Dieu  avait  amené  lui-même  ce  que  nous  venons  de  raconter,  car 
le  tribun  ajouta  qu'il  eut  soin  de  faire  venir  les  médecins  célè- 
bres de  toutes  les  villes  qui  étaient  dans  le  voisinage  de  Pan, 
mais  ils  ne  purent  sauver  le  malade,  car  c'est  Dieu  qui  l'avait 
frappé  et  qui  fit  connaître  sa  mort  terrible  ta  beaucoup  par  les  ré- 
cits du  tribun  et  des  médecins.  Après  la  mort  de  A'estoriiis,  Do- 
rothée l'enterra  en  cet  endroit  avec  l'aide  du  tribun,  qui  retourna 
ensuite  à  la  cour  d'Apion  (^o^/  ^o^^^^-^a^). 


(I)  Il  se  noniniMilJoan.  Cl".  Land,  Anecdola  syriaca,  III, p.  Ht).  I.  \1:\\  Iv'd.l.  :) 
l't  ]).  125.  I.C».  Evaj:i'iiis  (Iniiiic  im  r(';cit  paralK-lo  à  celui  <lo  co  cliaiiiliv  :  //.  /;".,  I. 
«•il.  vil. 


PLÉROPIIORIES.  45 


XXXVII 


J'ai  encore  entendu  raconter  à  notre  Père  Pierre,  lorsque 
j  habitais  Arca  (>*w),  ville  de  Phénicie(chez  Michel  :  ,.0.103  ^v  *s) 
avec  lui  : 

Quand  j'étais  jeune  et  habitais  à  Constantinople  au  palais, 
mon  âme  était  pure  et  je  vivais  en  ascète,  je  portai  les  pensées 
de  mon  esprit  sur  le  mystère  de  la  sainte  Trinité,  comment  lors- 
que nous  confessons  un  Dieu ,  nous  croyons  en  une  Trinité  de 
même  essence,  éternelle  et  sans  commencement,  et  que  l'un  de  la 
Trinité  s'est  incarné  pour  nous.  Et  dans  un  songe,  je  vis,  nous 
dit-il,  le  saint  apôtre  Pierre  qui  me  prit,  me  porta  dans  un  lieu 
élevé,  me  plaça  devant  lui  comme  un  enfant  et  me  montra  dans  le 
ciel  une  grande  lumière  inaljordable  et  incompréhensible  qui 
avait  une  forme  de  roue  comme  le  soleil  (1)  et  il  me  dit  :  Voici  le 
Père,  puis,  une  seconde  lumière  qui  suivait  la  première  et  lui  était 
semblable  en  tout,  et  au  milieu  d'elle  était  Notre-Seigneur  le  Na- 
zaréen, comme  on  le  représente,  et  il  me  dit,  Voici  le  Fils,  et  en- 
suite une  troisième  lumière  semblable  en  tout  aux  précédentes 
et  saint  Pierre  dit  encore  :  Voici  le  Saint-Esprit,  une  essence,  une 
nature,  une  gloire,  une  puissance,  une  lumière,  une  divinité  en 
trois  personnes.  Tous  trois  sont  inaccessibles,  celui  du  milieu 
seulement  a  une  figure  de  Nazaréen  pour  montrer  que  celui  qui 
a  été  crucifié  est  l'un  de  la  Trinité  et  non  un  autre.  Les  deux 
autres  ne  sont  qu'une  lumière  inaccessible,  sans  figure  et  in- 
compréhensible. 

XXXVIII 

Anianus,  scolastique  pur,  vénérable  et  orthodoxe,  nous  racon- 
tait que  son  père  reçut  le  baptême  à  Alexandrie,  quand  il  était 
enfant ,  des  mains  de  notre  Père,  puis  il  habita  la  Cilicie,  et  enfin 
prit  à  Constantimple  une  femme  vénérable  et  ornée  de  vertus, 
mais  qui  n'était  pas  orthodoxe  et  adhérait  aux  deux  natures. 
Il  s'efforça  souvent  de  l'amener  à  la  foi  orthodoxe,  mais  elle  de- 
meura inébranlable,  de  sorte  que,  animé  d'un  zèle  divin  et  d'un 

(1;  Cf.  la  roue  bouddhique. 


46  PLÉROPHORIES. 

saint  amour,  il  écrivit  fréquemment  à  notre  bienheureux  Père, 
qui  était  en  Palestine  —  c'est  de  lui  seul  qu'il  recevait  la  com- 
munion —  pour  qu'il  priât  Dieu  d'éloigner  sa  femme  des  parti- 
sans des  deux  natures;  et  quand  notre  Père  eut  prié,  il  arriva 
ce  qui  suit  : 

La  bienheureuse  eut  une  maladie  grave,  de  sorte  que  les  mé- 
decins en  désespéraient.  Ainsi  proche  de  sa  fin,  elle  eut  la 
vision  suivante  :  elle  fut  portée  par  les  anges  dans  un  lieu  obs- 
cur rempli  de  ténèbres  et  de  pourriture  où  l'on  entendait  pleu- 
rer ceux  qui  n'ont  aucun  repos  et  aucune  consolation,  puis  les 
anges  la  portèrent  dans  un  autre  lieu  rempli  de  lumière  et  de 
gloire  et  d'une  joie  inénarrable;  elle  y  vit  les  saints  revêtus 
d'habits  brillants  et  occupés  à  louer  Dieu.  Et  les  anges  lui  di- 
rent :  Voici  ceux  avec  lesquels  est  ton  mari,  et  les  évêques  qui 
adhèrent  au  concile  de  Chalcédoine  sont  avec  les  autres.  Si  tu 
veux  t'attachera  eux,  nous  demanderons  à  Notre-Seigneur  qu'il 
prolonge  ta  vie  d'une  année;  va  donc,  fais  la  paix  avec  ton  mari, 
puisque  tu  auras  la  même  foi  que  lui,  et  garde-toi  de  tout  pé- 
ché et  de  toute  négligence  ;  à  la  fin  de  l'année,  nous  viendrons 
chercher  ton  âme  et  la  porterons  où  tu  as  vu.  Celle-ci,  sortant 
de  sa  faiblesse,  appela  aussitôt  son  mari  qui  était  dans  une  autre 
maison  à  cause  de  son  deuil  et  avait  revêtu  des  habits  noirs.  Il 
se  leva  aussitôt,  de  sorte  que  ses  voisins  la  crurent  morte,  mais 
il  la  trouva  vivante,  renvoya  ceux  qui  étaient  là  et  apprit  d'elle  la 
conduite  de  Dieu  à  son  égard.  Elle  lui  conta  tout  son  rêve  et 
lui  dit  :  Il  dépend  de  toi  que  je  sois  guérie;  si  tu  veux  que  je 
vive  et  que  je  reste  avec  toi,  donne-moi  la  communion  samte 
des  orthodoxes  que  tu  reçois  toi-même.  Celui-ci,  persuadé  que 
c'était  la  volonté  de  Dieu,  nota  le  jour  de  la  vision;  il  avait  la 
communion  que  notre  Père  l'évêque  Pierre  lui  envoyait  tous  les 
ans,  il  la  crut  et  eut  confiance  en  elle,  il  lui  parla  d'abord,  puis 
hii  donna  les  mvstères  sauveurs  (i.^ov3|)|ï  v«)  di.  Elle  se  leva, 

(1)  D'après  co  chapitre  :  1»  on  attachait  une  cortaino  importance  au  ministre 
(le  la  comiuiiiiion  (p^jcu»);  2°  on  la  reçoit  à  distance,  une  fois  pour  une  année; 
3"  on  parait  en  priinhc  et  en  donn<>r  quand  on  le  jujre  à  pi'opos.  Voici,  comme 
éclaircissement,  une  histoire  tirée  d'un  auteur  catholique  postérieur  déjà  citi",  de 
Jean  Mnsclnis  H'raluin  spiritiiale,  chap.  79;  chez  .Miirne,  Pnirologir  f/rm/Kc, 
I.  lAXXVlll.  :;)  : 

Au  temps  de  Itenys,  évéque  de  Séleuric.  nu  mouophysite  avait  nu  domestique 
catholique;  ••  celui-ci,  selonl'usage  de  la  provinci'.  l'uvdoitpa  d'uulinf^e  très  blanc  la 


PLÉROPHORIES.  47 

vécut  d'une  vie  pure  dans  la  perfection  de  l'orthodoxie  et  dans 
une  grande  rectitude  et  mourut  à  la  fin  de  Tannée. 

Ces  prodiges  furent  racontés  par  le  scolastique  Anianus 
(^op/)  à  ceux  qui  accompagnaient  l'archimandrite  et  évêque,  le 
Père  Jean,  et  le  Père  Julien,  prêtre,  et  les  Pères  André  et  t*aul 
et  le  Père  Théodore  et  à  toute  leur  compagnie,  quand  Zenon 
les  manda  et  les  fit  venir  kConstaniinople. 


XXXIX 

Il  arriva  une  chose  analogue  au  bienheureux  Claudien  qui 
était  procureur  de  tous  les  biens  de  l'église  d'É/euthérnpo- 
lis  (I).  Il  était  du  parti  des  évêques,  mais  avait  grande  amitié 
pour  le  bienheureux  Père  Borna  nu  s  et  il  lui  fit  de  nombreuses 
et  abondantes  aumônes  pour  son  monastère  (2)  et  durant  sa  vie  et 
après  sa  mort.  Il  tomba  aussi  malade,  et,  proche  de  sa  fin,  eut 
une  vision  et  un  témoignage  analogue  au  précédent.  Et  aussitôt, 
durant  une  nuit  sombre,  il  ordonna  à  ses  familiers  de  le  prendre 
et  de  le  porter  au  monastère  du  Père  Romanus,  qui  était  à  cinq 
milles  de  là.  Et  quand  il  y  arriva,  et  se  fut  confessé  (^fot^io)  aux 
saints  Pères  et  aux  chefs  du  monastère  qui  étaient  avec  le  Père 
Léontius,  il  les  supplia  avec  larmes  et  gémissements  non  seule- 
ment de  l'admettre  à  la  communion  des  orthodoxes,  mais  de  lui 
donner  l'habit  monacal,  et  après  avoir  encore  vécu  trois  jours, 
il  mourut  plein  de  joie,  et  fut  enterré  avec  les  prêtres.  Et  la 
cause  de  ce  salut  miraculeux  est  l'aumône,  à  laquelle  rien  n'est 
impossible. 


communion  qu'il  avait  reçue  le  saint  jour  du  jeudi  saint  et  la  déiwsa  dans  une 
armoire  ■>.  Le  maitre  la  vit,  mais  ne  voulant  pas  s'en  servir,  car  il  n'était  pas 
catholique,  il  referma  l'armoire  ;  son  serviteur  étant  parti  et  ne  revenant  pas,  il 
l'ouvrit  l'année  suivante  pour  prendre  la  communion  et  la  brûler,  afin  de  ne  pas 
la  conserver  une  seconde  année.  Il  trouva  que  les  particules  sacrées  avaient 
poussé  des  épis.  (Cf.  infra,  ch.  lxxvui.) 

(1)  Ville  située  à  peu  près  à  mi-chemin  entre  Jérusalem  et  Ascalon. 

(2)  Il  s'agit  sans  doute,  non  du  nionast("'re  de  Thécué  (cf.  ch.  xxv),  mais  do  celui 
que  bâtit  Romanus  près  d'Éleuthéropolis,  dans  un  village  d'Eutloxio.  Cf.  Land,  III, 
p.  345,  1.  3-14. 


48  PLÉROPHORIES. 


XL 


Le  bienheureux  Boniface  (^o^è.a^Q^;  plus  loin  -cû.^.ar«i^,  et 
chez  Michel  ^«^^^>-j<")'  prêtre  romain,  était  si  acharné  contre  les 
partisans  du  concile  de  Chalcédoine,  qu'il  ne  tenait  même  pas 
une  simple  conversation  avec  aucun  d'eux,  serait-ce  un  séculier, 
et  il  ne  se  laissait  pas  interroger  par  lui,  à  moins  qu'il  n'anathé- 
matisàt  d'abord  le  concile  de  Chalcédoine,  et  il  faisait  cela  pour 
tous  ceux  qu'il  rencontrait,  hommes  ou  enfants.  Car,  au  temps 
où  il  était  infidèle,  il  avait  eu  la  vision  suivante  :  il  lui  avait 
semblé  voir  un  homme  mort  en  putréfaction  placé  sur  un  lit 
devant  le  saint  Sépulcre,  tout  l'endroit  était  rempli  de  sa 
puanteur.  Puis,  subitement,  il  revint  à  la  vie  et  sembla  prêt  à 
marcher.  Il  tenait  à  la  main  un  livre  qu'il  donna  au  Père  Boni- 
face  en  lui  disant  :  Reçois  ce  livre  de  moi.  L'extérieur  était  beau 
et  bien  orné,  mais  quand  il  l'ouvrit,  il  le  trouva  plein  de  saletés. 
C'était  un  témoignage  de  ce  que  Nestorius,  après  sa  mort,  devait 
revivre  en  Juvénal,  qui  serait  ainsi  l'héritier  de  sa  vaine 
gloire.  —  Notre  Père  Pierre,  qui  habitait  alors  la  ville  sainte, 
nous  en  prédit  autant  au  sujet  de  Juvénal. 


XLI 


Un  diacre  indigne,  après  son  service  au  Saint-Sépulcre  et  à 
l'église,  eut  commerce  avec  une  femme,  puis  il  revint  coucher 
comme  de  coutume  au  lieu  saint  du  Golgotha,  au  haut  lu^  i"^-^), 
et,  comme  c'était  l'hiver,  dans  le  lit  approprié.  Les  portes  étant 
fermées,  il  entendit  une  voix  qui  disait  :  Ma  maison  est  remplie 
d'impuretés,  Juvénal  l'a  changée  en  latrines  (l).  —  Au  matin, 
les  portes  ne  furent  pas  ouvertes,  car  celui-là  restait  couché  dans 
son  lit.  On  courut  l'éveiller  et,  devant  tout  le  monde,  il  conta  son 
péché  en  pleurant.  A  ce  récit  chacun  fut  saisi  de  crainte,  et 
notre  Père   nous  racontait    que,   depuis  ce  jour,    Géronlius 

(l)  plusieurs  mots  dans  ce  oliapiti'e  sont  illisibles. 


PLÉROPIIORIES.  49 

(i^^)  (1),  diacre  du  couvent  de  la  bienheureuse  Mélanie  (2), 
jeûnait  deux  fois  quand  il  devait  prendre  le  service  du  soir. 


XLII 


Juvénal,  avant  le  concile  de  Chalcédoine,  voulait  ordonner 
notre  bienheureux  Père  qui  habitait  une  cellule  dans  la  ville 
sainte,  à  côté  de  la  tour  du  patriarche  David  (3).  Le  saint,  qui 
le  savait,  se  gardait  soigneusement  et  ne  sortait  nulle  part. 
Un  jour,  qu'il  y  avait  fête  dans  la  ville  sanite  de  Sion,  Juvénal 
envoya  des  hommes  pour  le  saisir  et  l'amener  devant  lui.  Mais 
comme  ils  approchaient  de  sa  cellule,  Pierre  entendit  une  voix 
qui  disait  :  Lève-toi  et  fuis  par  cette  porte,  car  des  hommes  sont 
envoyés  par  Juvénal  pour  te  prendre  de  force  et  t'ordonner. 
—  Il  se  leva  aussitôt,  il  se  jeta  à  bas  du  haut  d'un  toit  élevé  et, 
par  le  secours  de  Dieu  qui  l'aida  et  le  protégea,  il  tomba  debout 
sur  ses  pieds.  Il  put  ainsi  éviter  ces  gens  et  depuis  ce  jour-là  ne 
voulut  plus  voir  cet  impie. 


XLIII 

Une  femme  des  environs  (ÏAscalon,  la  bienheureuse  Mika, 
qui  vécut  jusqu'à  cent  ans,  fut  éprouvée  par  la  miséricorde  de 
Dieu  tandis  qu'elle  vivait  en  cénobite  dans  la  pureté  et  la  crainte 
de  Dieu,  et  elle  en  reçut  un  témoignage  au  sujet  delà  violence 
qui  devait  être  faite  au  concile  de  Chalcédoine.  Elle  le  raconta  à 
tout  le  monde,  et  affermit  les  adversaires  du  concile.  Elle  vit 
clairement  Satan  qui  la  menaça  de  mort  et  lui  dit  : 

Pourquoi  as-tu  l'imprudence  d'exciter  les  gens  contre  le 
grand  concile  et  d'en  dire  du  mal?  puis  il  arracha  le  haut  de 
la  chaise  sur  laquelle  elle  était  assise,  renversa  cette  chaise  en 


(1)  Cf.  Pelrus  dcr  Itérer,  p.  31.  Raabe  renvoie  aux  Acia  BoU.,t.  II.  p.  078.  08(1. 
G86. 

(2)  V.  ch.  Lx.xx.  Cf.  Petrus  der  Itérer,  p.  27,  28. 

(3)  Ce  chapitre  manque  chez  Michel.  En  revanche,  le  fait  qu'il  énonce  se  trouve 
chez  Raabe  Pelf-us  der  Itérer,  p.  50.  Un  récit  n'est  pas  copié  sur  l'autre.  Leur 
grande  ressemblance  démontre  pour  nous  la  véracité  des  deux  historiens. 

4 


50  PLÉROPHORIES. 

réalité  et  non  en  imagination  et  en  arraclia  les  barreaux.  Il 
combattit  ainsi  durant  longtemps  avec  elle,  jusqu'à  ce  que,  for- 
tifiée par  la  foi,  elle  ramassa  de  la  poussière,  la  lui  jeta  au  nom 
du  Seigneur  et  le  mit  en  fuite,  et  depuis  lors  il  n'osa  plus  com- 
battre avec  elle. 

Cette  histoire  nous  fut  racontée  par  le  Père  Théodore,  prêtre, 
qui  la  tenait  de  cette  personne  excellente  et  sainte. 


XLIV 


La  vénérable  Oiirbakia  (1),  fille  d'un  évêque  de  Crète 
{yji^ioi),  était  diaconesse.  Après  la  mort  de  son  père,  elle  aban- 
donna le  monde,  par  amour  du  Messie,  avec  son  frère,  le 
bienheureux  Euphrasiiis,  puis  elle  abandonna  son  pays  et  vint 
avec  son  frère  dans  la  ville  sainte,  où  ils  achetèrent  une  de- 
meure près  du  saint  lieu  de  l'Ascension.  Ils  y  vivaient  en  paix 
dans  l'ascétisme  et  le  service  de  Dieu.  —  Après  quelque  temps, 
saint  Épiphane,  un  évêque  de  Pampltilie{2),  après  l'annulation 
de  l'encyclique  (3),  ne  voulut  pas  adhérer  aux  évêques  pour  cette 
annulation,  il  fut  chassé  de  son  siège  de  Pamphilie,  partit  en 
exil,  vint  à  la  ville  sainte,  fut  reçu  par  eux,  et  vécut  avec  eux 
dans  la  tranquillité  et  l'ascétisme  pour  l'exemple  et  l'édification 
de  chacun.  Le  diable  en  fut  jaloux  et  suscita  contre  eux  la  per- 
sécution suivante  :  Le  gouverneur  (p^e°)  de  Jérusalem  leur 
envoya  l'archidiacre  de  l'église  de  l'Ascension  avec  d'autres 
hommes  pour  les  convoquer.  Quand  il  arriva  chez  eux  et  vit  leur 
perfection,  qu'il  connaissait  du  reste,  étant  leur  voisin,  il  leur 
dit  :  Soumettez-vous  à  votre  évêque,  vous  y  gagnerez  votre  de- 
meure, la  tranquillité  et  son  affection.  Et  comme  la  bienheu- 
reuse disait  :  Comment  pourrions-nous  transgresser  les  pro- 
messes faites  au  Messie,  et  adhérer  au  concile  de  C/ndcédoine, 
il  lui  dit  :  J'en  réponds,  vous  ne  ferez  aucun  péché.  —  Elle  re- 
partit, je  ne  puis  pas  sur  ta  garantie  exposer  le  salut  de  mon 
i\me;  du  reste,  écoute,  seigneur  Père,  si  les  saints  Ilénoch,  Héli 
et  Daniel  venaient  me  conseiller  de  vous  suivre  et  si  une  voix 

fl)  Cf.  cil.  i.i. 

(2)  Cf.  ch.  Lxxxv.  Land,  III.  p.  171  I.  I.  lA  Vie  de  Sévère,  p.  26, 1.  37. 

(3)  Cf.  cil.  wii. 


PLÉROPIIORIES.  51 

du  ciel  me  criait  :  Crois-les  et  acllière  à  leur  enseignement,  je 
ne  voudrais  pas  le  faire,  à  moins  que  mon  père,  le  moine  et  le 
Père  liinotlK'e,  qui  m'a  donné  la  foi  orthodoxe  en  ('rèle,  ne  re- 
vienne me  délier  de  mon  serment.  Que  celui  qui  a  des  oreilles 
pour  entendre,  entende. 

Ils  furent  ainsi  jugés  dignes  d'être  méprisés  et  poursuivis 
pour  le  Messie  avec  saint  Épiphane,  leur  maison  fut  saisie  avec 
ce  qu'elle  contenait,  ils  reçurent  la  couronne  des  confesseurs  et 
vinrent  k  Alexandrie,  où  ils  furent  reçus  avec  honneur  par  les 
clercs  orthodoxes,  les  moines  et  les  séculiers.  Ainsi,  de  toute 
manière,  ils  louèrent  Dieu,  qui  les  soutint  toujours,  enfin  ils 
vinrent  à  Maiouma  de  Ga:ia  où  ils  moururent.  —  Cette  bien- 
heureuse et  prophète  était  remplie  des  dons  de  l'Esprit-Saint, 
elle  mourut  quant  au  corps  pour  vivre  quant  à  l'esprit,  on 
peut  dire  en  vérité  qu'ayant  choisi  la  bonne  part,  elle  a  sa  de- 
meure au  ciel. 


XLV 


Notre  bienheureux  Père  nous  dit  tenir  l'histoire  suivante  de 
deux  saints  moines  deCilicie  nommés  Tourqétas  et  He?^mogène 
(aa^^^iowo  ^014,0^504,)  qui  allèrent  à  la  cour  au  temps  où  il  s'y  trou- 
vait et  la  lui  racontèrent.  «  L'impie  hérétique  Théodore  de  Mop- 
sueste,  partisan  des  deux  natures,  qui  fut  avec  Diodore  le 
maître  deiYestorius,  eut  la  folie  préjudiciable  à  Dieu  d'expliquer 
à  son  sens  propre  les  lettres  qui  sont  dans  les  Actes  des  Apô- 
tres et  dans  l'Évangile  de  saint  Jean  (1),  et  quand  nous  allâmes 
le  trouver  pour  le  lui  reprocher,  il  se  fâcha  contre  nous  en  di- 
sant :  Il  n'appartient  pas  aux  moines  de  rechercher  de  telles 
choses;  et  il  nous  renvoj^a  honteusement.  Mais  trois  jours  après 
il  mourut  possédé  du  démon  et  se  dévorant  lui-même. 

Et,  après  l'Encyclique,  beaucoup  de  moines  et  de  saints  en 
tout  pays  ne  voulurent  pas,  avec  l'aide  de  la  bonté  divine,  adhé- 
rer à  sa  condamnation;  mais,  enflammés  d'un  zèle  divin,  demeu- 
rèrent dans  la  foi  et  la  confession  orthodoxe. 

(1)  La  version  syriaque  du  Commentaire  de  Théodore  de  Mopsueste  sur  l'évangile 
saint  Jean  vient  d'être  publiée  par  M.  l'abbé  Chabot;  un  vol.  in-8°  de  412  pages; 
chez  Leroux,  Paris,  1897. 


52  PLÉROPHORIES. 


XLVI 


Voici  un  prodige  qui  eut  lieu  en  Pamphilie.  Des  moines 
qui  adliéraient  aux  évêques  partisans  des  deux  natures  cou- 
paient du  bois  dans  une  forêt.  Ils  rencontrèrent  des  moines  or- 
thodoxes et  disputèrent  au  sujet  de  la  foi.  Enfin  il  plut  aux 
deux  partis  de  faire  l'épreuve  du  feu  et  d'en  accepter  le  juge- 
ment. Ils  jetèrent  dans  un  bûcher  l'encyclique  de  la  vraie  foi  et 
la  profession  de  foi  du  synode  de  Chalcédolne  avec  la  lettre  de 
Léon,  puis  attendirent  le  jugement  de  Dieu.  Dès  que  la  profes- 
sion de  foi  et  la  lettre  de  Léon  eurent  touché  le  feu,  elles  furent 
réduites  en  cendre  et  en  poussière,  tandis  que  la  divine  encycli- 
que fut  conservée  sans  tache  et  sans  mal  au  milieu  du  feu.  Aussi 
les  partisans  des  renégats  se  repentirent,  quittèrent  leur  erreur 
et,  remplis  du  zèle  delà  crainte  de  Dieu,  devinrent  orthodoxes. 

XLVII 

Et  si  quelqu'un  ne  croit  pas  ce  prodige  dont  Dieu  est  témoin, 
en  voici  un  semblable  que  nous  raconte  le  bienheureux  liasi- 
lide  {.a^u^a>-=>  ;  chez  Michel  .m..\^ro|j),  moine  excellent.  Dans  un 
village  près  de  Ptoléniaïde  arriva  ce  qui  suit.  Près  de  là  était  le 
monastère  du  Père  Claudien  qui,  au  temps  de  la  défection,  fut 
un  athlète  plein  de  zèle  et  dirigea  le  combat  pour  la  foi  orthodoxe. 
Voici  donc  ce  qui  arriva.  Le  prêtre  de  ce  village  discutait  au 
sujet  de  la  foi  avec  l'un  de  ses  paroissiens,  homme  ignorant,  il 
est  vrai,  mais  orthodoxe  et  zélé  pour  la  foi,  et  il  voulait  l'obliger 
à  lui  obéir  ou  à  quitter  le  village.  Comme  tous  les  habitants  du 
village  s'élevaient  contre  lui,  ce  prêtre  fit  venir  l'homme  ortho- 
doxe et  lui  dit  :  Tu  demandes  où  est  la  vraie  foi,  allumons  un 
feu  et  mettons-y  tous  deux  notre  main  droite,  celui  dont  la  main 
se  conservera  sans  blessure  aura  la  foi  orthodoxe.  Le  laïque 
disait  :  Je  ne  suis  qu'un  laïque  et  un  pécheur  et  toi  tu  es  un 
prêtre,  comment  pourrais-je  ainsi  entrer  en  jugement  avec  toi? 
Mais  les  habitants  du  village  qui  étaient  présents  applaudirent, 
battirent  des  mains  à  cette  proposition  et  exigèrent  que  cela  se 
fit.  Alors  il  accepta;  on  rassembla  beaucoup  de  bois  et  on  y  mit 


PLÉROPHORIES.  53 

le  feu,  puis  les  habitants  du  village  leur  attachèrent  les  mains 
avec  des  rameaux  et  les  mirent  dans  le  feu.  Et  la  main  du  prê- 
tre fut  aussitôt  brûlée  tout  entière  tandis  que  celle  du  laïque  or- 
thodoxe demeura  sans  blessure. 

Et  ce  bienheureux  moine  Basilide  nous  disait  :  Je  vendais 
alors  de  l'huile;  et  comme  je  passais  dans  ce  pays  pour  vendre 
de  l'huile,  j'eus  l'honneur  de  causer  avec  ce  confesseur,  je  me 
réjouis  avec  lui  et  je  fus  confirmé,  (dans  la  foi). 

XLVIII 

Voici  encore  un  prodige  semblable  à  celui-là  qui  eut  lieu  dans 
un  village  du  Saltou  (a^'i^!)  nommé  AfUi  {\^i). 

A  côté  de  ce  village  est  le  monastère  de  'î^^mi-Sylvain  (p^:^), 
le  Père  des  moines  (1);  là  habitait  un  moine  pur,  humble  et 
plein  de  douceur,  nommé Épip/iane,  qui  professait  avec  tout  le 
couvent  la  foi  orthodoxe  qu'il  avait  reçue  des  saints  Pères  et 
des  moines  orthodoxes,  je  veux  dire  des  bienheureux  Tetina  et 
Maron  (vopoo  i^-.^4,)  (2),  qui  étaient  de  ce  pays.  L'ennemi,  qui  tend 
des  embûches,  jaloux  de  leur  salut,  excita  contre  eux  le  prêtre 
du  village,  homme  puissant  et  juge  de  l'endroit.  Quand  il  vit 
que  cet  homme  seul  se  séparait  de  son  église  et  n'adhérait  ni  à 
lui  ni  aux  habitants  du  village,  poussé  surtout  par  ceux-ci,  il  le 
manda  et  le  condamna  à  des  coups,  à  des  opprobres  et  à  l'ex- 
pulsion pour  le  jour  suivant  s'il  n'adhérait  pas  à  ses  doctrines. 
Ce  pauvre  orthodoxe  lui  dit  :  Il  m'est  impossible  de  renier  la 
foi  que  j'ai  reçue  des  saints  Pères.  Puis  il  se  prépara  à  la  fuite 
et  à  offrir  à  Dieu  ce  pèlerinage,  lui  remontrant  les  vexations  et 
les  afflictions  qu'il  supportait  pour  son  nom.  —  Et  le  jour  sui- 
vant, ce  prêtre  mourut  en  pleine  santé  et  sans  aucune  maladie, 
de  sorte  que  tous  les  habitants  furent  remplis  de  crainte  et  d'é- 
tonnement;  ils  laissèrent  l'orthodoxe  Épipl/aue  et  ne  l'obligè- 
rent plus  à  partir,  mais  celui-ci,  ayant  reçu  la  couronne  dans 
ce  juste  jugement,  fut  jugé  digne  d'être  admis  dans  le  monas- 
tère (,-j<iJLo)  de  notre  saint  Père,  le  bienheureux  Isaïe,  où  il  avait 

(1)  Sur  Sylvanus  Cf.  Sozomène,  Hist.  ecclés.,  VI,  32,  el  IX,  17,  et  Peints  der  Iberer, 
p.  47. 

(2)  V.  supra ch.  vu. 


54  PLÉROPHORIES. 

coutume  de  participer  aux  saints  mystères.  Après  sa  mort  il 
fut  enseveli  dans  1  église  avec  les  saints,  dans  un  tombeau  qui 
est  à  l'écart. 

XLIX 

Quand  notre  Père  quitta  Maioinna  après  la  persécution  et  se 
retira  à  A  lexandrie,  il  y  fut  reçu  par  un  homme  qui  aimait  les 
étrangers  et  les  saints,  et  fut  oublié  par  beaucoup  (1). 

Le  Père  f*zor,  Père  des  moines,  prophète  célèbre  partout,  en- 
tendit une  voix  qui  lui  disait  :  Lève-toi,  va  à  Alexandrie,  et 
quand  tu  arriveras  auprès  de  Tévêque  Pierre,  le  confesseur  qui 
a  été  chassé  et  qui  se  cache  là,  console-le,  affermis-le  etréjouis- 
sez-vous  ensemble.  Et  comme  le  Père  Pior  demandait  :  Qui 
m'indiquera  l'endroit  où  il  se  trouve?  la  voix  lui  dit  :  Mets-toi 
en  route,  et  ne  t'inquiète  pas.  —  Il  se  leva  de  nuit  et  vint  à  la 
ville.  Quand  il  poussa  la  porte,  il  vit  une  colonne  de  feu  qui  le 
précédait,  et  cela  non  seulement  sur  la  place  publique,  mais 
jusqu'à  l'atrium  et  à  l'ascension  des  échelles  dans  les  nombreu- 
ses habitations  (v-»^  lo^^m^  iisit^j».  u^miOL^ov^o  ii;ji.^io»^o)  jusqu'à  ce 
qu'il  arriva  au  lieu  où  habitait  le  vénérable  Pierre.  Le  Père 
Pior  monta  et  frappa  à  la  porte,  mais  le  bienheureux  n'osait 
ouvrir,  ne  sachant  qui  c'était.  Le  Père  Pior  lui  dit.  Ne  crains 
pas,  ô  Père  Pierre,  c'est  moi,  je  suis  le  pauvre  Pior,  le  Seigneur 
m'a  envoyé  près  de  toi  ;  alors  il  ouvrit  la  porte,  reçut  le  saint, 
et  tous  deux  se  réjouirent  et  se  consolèrent  ensemble. 

Or  le  maître  de  cette  maison  avait  un  nourrisson  qui  n'était 
pas  encore  baptisé,  il  demanda  à  notre  Père  de  le  baptiser,  et 
comme  le  bienheureux  remettait  à  plus  tard  parce  qu'il  n'avait 
ni  lieu  convenable  ni  les  ministres  qui  devaient  être  avec  lui 
pour  l'aider,  il  insista  tellement  que  le  bienheureux  dut  fermer 
sa  porte  et  ne  plus  l'ouvrir.  Or,  quand  il  ouvrit  sa  porte,  il  trouva 
le  petit  enfant  qui  se  roulait  et  rampait  devant  lui.  Le  bienheu- 
reux en  fut  très  étonné  et  se  persuada  que  la  volonté  de  Dieu 
était  de  baptiser  l'enfant.  Il  n'avait  avec  lui  que  le  Père  l*i(>r 
qu'il  recevait  alors  et  qui  n'était  pas  clerc,  mais  laïque.  Cepen- 

(1)  Cf.  l'elrus  (ter  Ibcrcr,  p.  58-60.  Pierre  s'onl'uit  à  .Mexinidiif  cl  s'y  caclia  de 
crainte  de  Protérius.  Celui-ci  envovii  des  liomnies  pour  !<•  tinT.  Alnis  l'icnc 
gii^'n;i  l;i  TliélcVidc  d  la  villr  dr  orûpuY/o;. 


PLÉROPIIORIES.  55 

clant,  vu  la  nécessité,  il  lui  persuada  de  tenir  l'enfant  au-dessus 
du  bassin  pendant  qu'il  verserait  de  Teau.  Et  quand  celui-ci 
vint  pour  le  prendre,  il  vit  la  gloire  du  sacerdoce  au-dessus  de 
la  tête  du  i3ienlieureux,  il  fut  saisi  de  crainte  et  s'enfuit  en  criant  : 
^a^u^oi  .m.|m-,o/  (1)  !  c'cst-à-dlre  :  Seigneur,  Seigneur!  Le  bienheu- 
reux le  rejoignit  et  lui  persuada  à  grand'peine  de  s'associer  à  lui 
pour  cette  action  sainte,  il  lui  dit  :  Ne  crains  pas  le  jugement, 
comme  si  tu  étais  indigne,  mais,  dans  cette  nécessité,  accomplis- 
sons la  volonté  de  Dieu  afin  que  ce  fidèle  ami  des  étrangers,  qui 
nous  a  reçus,  soit  favorisé  de  ta  bénédiction  et  de  la  miséricorde 
de  Dieu. 


Le  même  Pmr  dans  une  vision  vit  une  grande  foule  de  moi- 
nes qui  portaient  une  longue  croix  sur  leurs  épaules.  Ils  étaient 
en  deux  groupes,  ceux  d'un  bout  étaient  tournés  vers  ceux  de 
l'autre  bout,  et  ils  se  gênaient  mutuellement.  Cette  vision  an- 
nonçait la  scission  actuelle  qui  provient  des  controverses  et  des 
disputes  entre  les  moines  orthodoxes  d'Egypte  et  de  Palestine, 
les  deux  partis  combattent  également  à  cause  de  leur  grand 
zèle  pour  l'intégrité  de  la  foi. 

Un  saint  du  temps  passé,  \eFère  Lucius  (.ai^Qi.)des  cellules  (2), 
avait  prévu  tout  cela  en  esprit,  car  il  disait  à  ceux  qui  l'entou- 
raient :  Si  quelques-uns  de  vous  vivent  encore,  il  viendra  un 
temps  où  deux  partis  témoigneront  vaillamment  en  faveur  du 
Messie  et  de  l'orthodoxie  etilsne  s'accorderont  pas  ensemble  (3). 


LI 

La  bienheureuse  Ô^n'^a/j/rt,  dont  nousavons  parlé  plus  haut  (4), 
eut  aussi  une  vision  terrible  qu'elle  racontait  elle-même  :  Il  lui 
sembla  en  songe  qu'elle  montait  de  nuit  à  l'église  de  l'Ascen- 


(1)  Ces  mots  sont  la  transcription  du  copti'  :  uovCHC. 

(2)  Cf.  ch.  vu. 

(3)  Cf.  Vie  de  Sévère,  p.  30,  1.  '28-31.  On  y  trouvera  que  Sévère  rétablit  l'union 
des  Orientaux  et  des  Égyptiens.  Cet  ouvrage-ci  est  donc  antérieur  à  cette  union. 

(4)  Cf.  ch.  xuv. 


56  PLÉROPHORIES. 

sion  pour  y  prier  seule  en  tranquillité.  Quand  elle  se  fut  mise  à 
genoux  sur  les  degrés,  elle  vit  sous  le  portique  qui  précède  le 
Saint-Sépulcre  une  femme  revêtue  de  brillants  habits  de  pour- 
pre. Elle  fut  saisie  de  crainte  et  se  jeta  la  face  contre  terre,  mais 
la  Mère  de  Dieu,  car  c'était  elle,  s'approcha  et  la  releva  en  di- 
sant :  Ne  crains  pas,  Mère,  et  ne  t'effraie  pas:  puis  elle  la  prit 
par  la  main,  la  conduisit  avec  elle,  et,  l'éclairant,  la  fit  regarder 
en  dehors  du  portique  vers  le  bas,  puis  lui  dit  :  Regarde  donc 
la  montagne,  l'as-tu  déjà  vue  comme  cela?  Dis-moi  comment 
elle  t'apparaît.  —  Ourbakia  répondit  :  Cette  montagne  me 
semble  jonchée  de  troncs  d'arbres.  —  Et  la  Mère  de  Dieu  ajouta  : 
De  même  que  tu  vois  cette  montagne,  ainsi  l'Église  de  Dieu 
sera  couverte  de  schismes  jusqu'à  la  fm  du  temps. 


LU 


Léontiiis  (..m.-^jQi.;  chez  Michel  ^o^^op),  membre  de  l'une  des 
familles  illustres  et  renommées  à'Ascalon,  renonça  enfin  au 
monde  et  devint  moine  et  archimandrite.  Saint  Zenon  (1)  lui 
prédit  qu'il  arriverait  à  l'épiscopat  et  ne  mourrait  pas  évêque. 
Quand  il  fut  évêque  (}iAscalon,  selon  la  prophétie,  il  s'efforça 
de  gagner  l'amitié  et  v-^o^^^-^b  de  l'hérétique  Xesiorius  qui  occu- 
pait alors  Téglise  de  Constantinople.  Il  était  plein  d'hypocrisie 
et  de  l'esprit  du  monde  ;  aussi  quand  l'impie  Nestorius  fut  en- 
voyé en  exil,  il  lui  adressa  des  témoignages  d'honneur  et  des 
dons.  Puis  quand  on  réunit  le  concile  de  Chalcédoine,  il  y  alla 
aussi  et  l'on  assura  que  ce  fut  lui  plus  que  tout  autre  qui  en- 
traîna J^^iv/'na^  dans  l'apostasie.  Les  habitants  d'ylscr?/o»,  irri- 
tés à  cette  nouvelle,  résolurent  non  seulement  de  ne  pas  l'ac- 
cueillir, mais  de  le  chasser  et  de  le  lapider;  aussi  quand  il 
revint  et  passa  à  Ascalon  durant  la  nuit,  dès  qu'il  apprit  la  co- 
lère du  peuple,  il  se  retira  à  Chypre,  où  il  mourut. 

Ses  familiers  le  prirent  et  voulurent  le  ramener  secrètement 
k  Ascalon  pour  l'y  enterrer  de  nuit.  Ils  trouvèrent  un  navire, 
qui  venait  de  Constantinople,  et  l'y  placèrent.  Or  il  y  avait  sur 
le  même  navire  le  corps   d'un  cocher  qui   était  d'Ascalon  et 

(1)  Était  un  rlisciplo  du  célèbre  Sylvanus,  Cf.  di.  vm  et  m.vim. 


PLÉROPHORIES.  57 

avait  été  appelé  à  Constantinople  où  il  avait  brillé  dans  son 
art.  Après  sa  mort,  les  siens  l'oignirent  de  miel,  le  placèrent 
dans  un  cercueil  de  plomb  et  le  renvoyèrent  aux  siens.  Mais  il 
survint  une  tempête  violente,  les  vagues  s'élevèrent  et  l'équi- 
page se  trouva  en  péril  de  mort;  les  matelots  jetèrent  du  lest 
pour  s'alléger  d'autant;  ils  songèrent  ensuite  à  jeter  aussi  le 
corps  du  cocher  et  à  ne  garder  que  celui  de  Févêque  à  cause  de 
l'honneur  dû  à  l'épiscopat.  Mais  la  justice  de  Dieu  dirigeant 
tout  cela,  les  matelots,  affolés  par  les  vagues  et  la  tempête,  je- 
tèrent le  corps  de  Léonthis  en  place  de  celui  du  cocher.  Quand 
ils  abordèrent  à  Ascalon,  ils  avertirent  la  famille  de  Léon- 
this, qui  vint  prendre  le  corps  durant  la  nuit  avant  que 
personne  n'en  fût  averti  dans  la  ville,  afin  de  l'enterrer  promp- 
tement.  Quand  ils  ouvrirent  le  cercueil  pour  enterrer  le  corps, 
ils  trouvèrent  le  cocher  avec  tout  son  costume,  le  bonnet  (\r^^) 
en  tête,  le  fouet  (ov^^)  au  côté  et  entouré  de  bandelettes.  Alors 
la  famille,  pleine  de  honte,  ordonna  à  ceux  qui  étaient  là  de 
ne  conter  cela  à  personne,  mais  d'enterrer  le  cocher  comme  si 
c'était  le  corps  de  l'évèque  Léontius.  On  dit  que  c'était  un 
homme  excellent,  qui  aimait  beaucoup  faire  l'aumône  et  obser- 
vait les  commandements.  Ainsi  fut  accomplie  la  prophétie  de 
^2dïiX  Zenon. 

J'en  ai  entendu  beaucoup  d'autres  qui  affirmaient  ce  fait.  En 
particulier  le  vénérable  Zacharie,  prêtre,  me  disait  :  Zosime, 
le  premier  d'Ascalon,  m'a  conté  et  affirmé  qu'il  avait  vu  cela. 
Il  était  de  la  famille  de  Léontius  et  fut  donc  invité  secrètement 
avec  les  autres  à  venir  pour  l'enterrement,  il  put  donc  voir  tout 
cela  et  en  témoigner  (1). 

LUI 

Notre  Père  nous  disait  :  Trois  ans  avant  le  concile  de  Chalcé- 
doine,ieme  trouvais  à  Jéruscdem  avec  le  bienheureux  7'héo- 

(1)  Ce  récit  est  assez  curieux.  Il  est  non  moins  curieux  de  constater  qu'il  est 
confirmé  par  lemss.  syriaque  n»  234  de  la  bibliothèque  Nationale.  Léontius  y  est  ap- 
pelé évèque  d'Ascalon  au  fol.  43  v°,  puis,  au  fol.  44  v°,  on  raconte  qu'il  fut  jeté 
a  la  mer  et  qu'un  autre  fut  rapporté  à  sa  place  :  ■.  Quand  nous  étions  à  Gangra, 
dit  l'auteur  de  la  Vie  de  Dioscore,  notre  Père  Pierre  l'Ibérien  nous  écrivit  qu'il 
en  était  ainsi  ». 


58  PLÉROPHORIES. 

dote  (1)  et  d'autres  Pères,  quand,  vers  la  septième  heure  du  jour, 
nous  vîmes  distinctement  trois  soleils  dans  leciel,  l'un  à  l'orient, 
l'autre  à  l'occident  et  le  troisième  au  milieu  du  ciel.  Comment 
s'opéra  ce  prodige  et  cette  vision.  Dieu  seul  le  sait,  mais  il  an- 
nonçait   ppcuc;    lin^vio   .tdci^vXS. 

LIV 

Notre  Père  nous  racontait  :  Quand  j'étais  en  Egypte,  au  temps 
où  le  bienheureux  TA eor/os<^,  patriarche  de  Jérusalem,  mourait 
à  Constanlinople  pour  la  défense  de  la  vérité  (2),  je  le  vis  cette 
même  nuit  monter  au  ciel,  revêtu  d'un  habit  blanc,  comme  ont 
coutume  d'en  porter  les  êvêques  de  Jérusalem  quand  ils  baptisent. 
Je  vis  briller  cet  habit  jusqu'à  son  entrée  au  ciel,  et  quand  je 
reçus  la  nouvelle  de  sa  mort,  je  remarquai  qu'elle  était  arrivée 
le  jour  même  de  mon  songe. 

LV 

A  ceux  qui  nous  disent  —  :  Tout  le  monde  va  dans  les  églises, 
tandis  que  vous  êtes  à  l'écart  et  ne  formez  qu'un  petit  groupe  et 
un  schisme,  comment  pouvez  vous  prétendre  que  vous  êtes  ortho- 
doxes et  dépositaires  de  la  vérité?  —  les  Pères  nous  ont  légué 
la  réponse  suivante  : 

Rappelez-vous  combien  de  milliers  d'hommes  quittèrent 
V Egypte  où  ils  avaient  vu  tant  de  prodiges,  et,  à  l'exception  de 
deux,  tous  furent  des  rebelles  et  des  transgresseurs  de  la  loi  qui 
furent  privés,  à  cause  de  leur  infidélité,  non  seulement  des  biens 
éternels,  mais  aussi  de  l'entrée  dans  la  Terre  Promise. 

Le  grand  législateur  et  prophète  Moïse  leur  disait  :  Ne  parti- 
cipez pas  au  mal  avec  la  multitude. 

De  même,  en  Perse,  lorsque  toutes  les  tribus  des  juifs  adorè- 
rent l'idole  du  roi,  trois  enfants  seulement  demeurèrent  inllexi- 
bles  et  ne  transgressèrent  pas  leur  foi,  et  ceux-ci  ne  se  bornèrent 

(1)  Cr.  Pelrus  (1er  Iberer,  p.  l'.l.  On  y  tiouvoia  (nu*  Piorro  docida  boaiicoup 
(le  SCS  caiiiaïadrs  à  S(i  faire  moines:  parmi  eeiix-ci  «Hait  Tliéodotc.  —  Pierio  étail 
donc  à  .Jérusalem  en  118. 

(:i)  l'eii  après  la  mort  de  Mareieii.  c'est-à-dire  vers  458.  Ce  chapitre  se  trouve 
l>resquo  textuellement  cliez  Land.  lil.  p.  ;!l:!.  !.  1.Ô-19. 


PLÉROPHORIES.  59 

pas  à  louer  Dieu  et  à  être  honorés  par  lui,  mais  ils  prêchèrent 
encore  la  vraie  foi  à  l'empereur  et  à  tous  ceux  qui  les  entou- 
raient. Auxquels  veux-tu  te  joindre  et  avec  lesquels  prends-tu 
parti? —  Avec  Josuë  fils  de  Noun,  Calebiih  de  loufna  et  les 
trois  enfants  delkcbylone  ou  bien  avec  la  foule  qui  a  adoré  l'idole 
d'or.  Médite  cela  et  méprise  la  foule  qui  était  à  Chalcédoine, 
au  concile  des  renégats.  C'est  à  elle  surtout  que  l'on  peut  appli- 
quer les  paroles  adressées  aux  prêtres  par  le  prophète  Jéré- 
niie  :  De  nombreux  pasteurs  ont  détruit  ma  vigne  et  souillé 
mon  héritage,  ils  ont  changé  ma  propriété  fertile  en  désert  non 
fréquenté  (1).  —  Il  est  encore  écrit  :  Un  seul  qui  fait  la  volonté 
de  Dieu  l'emporte  sur  mille  (2). 


LVI 


Quand  le  renégat  Juvénal  revint  du  concile  des  oppresseurs, 
il  plut  aux  saints  Pères  orthodoxes  et  aux  moines  de  Palestine 
de  se  porter  au-devant  de  lui,  et  de  prendre  tous  les  moyens 
qu'ils  pourraient,  pour  l'amener  à  reconnaître  sa  faute,  à  se 
corriger  et  à  rejeter  le  scandale  du  monde  (3).  Ils  demandèrent 
à  notre  Père  Pierre  qui  vivait  alors  en  paix  sur  le  rivage  de 
Maiourna  d'aller  avec  eux,  mais  il  refusait  parce  qu'il  n'avait 
pas  coutume  de  sortir  et  pour  ne  pas  rencontrer  de  séculiers, 
surtout  ceux  de  la  cour  qui  venaient  en  grand  nombre  avec  Ju- 
vénal pour  l'aider  et  le  protéger.  Alors  Notre-Seigneurlui  appa- 
rut et  lui  dit  :  Je  suis  opprimé,  ma  foi  est  transgressée  et  toi  tu 
cherches  tes  aises  et  ton  repos  (4)!  Alors,  plein  d'émotion,  Pierre 
se  mit  en  marche  et  tous  marchaient  avec  joie  comme  s'ils  al- 
laient au  martyre. 

Il  y  eut  une  controverse  entre  les  Pères  et  l'impie  Juvénal;  et 
le  bienheureux  T'Aeof/ose,  que  les  orthodoxes  nommèrent  plus 
tard  évêque  de  Jérusalem,  lui  reprochait  en  connaissance  de 
cause  la  trahison  de  Chalcédoine,  car  il  y  avait  assisté  et  était  au 

(1)  Jérémie,  xii.  10. 

(21  Eccli.,  XVI,  3. 

(3)  Cette  démarche  des  moines  est  aussi  i-acontée  chez  Raabe  :  Peints  der  Iberer, 
p.  52,  et  chez  Land.  III.  1.  m.  eh.  3.  —  V.  supra  ch.  x.  et  cli.  xxv. 

(4) C'est  peut-être  cette  vision  qui  est  racontée  cliez  Land.  t.  III.  1.  IH-  'di.  \m 
et  qui  est  reportée  à  une  date  postérieure. 


(30  PLÉROPHORIES. 

courant  de  tout,  il  découvrait  à  tous  Tliypocrisie  et  la  trahison  de 
Juvénali  ]  .Celui-ci,  irrité,  ordonna  à  un  homme  d'yl»c?/re,  qui  le 
suivait,  de  traiter  Théodose  comme  un  perturbateur  et  un  rebelle. 
Il  allait  le  faire,  quand  le  bienheureux  Pierre,  qui  était  encore 
moine  et  n'était  pas  honoré  de  Tépiscopat,  et  qui  avait  connu  cet 
homme  à  la  cour,  s'avança,  rempli  d'un  saint  zèle,  rejeta  son 
capuchon  en  arrière,  et  lui  dit  d'un  ton  de  prophète  :  Toi  qui  oses 
t'interposer  dans  une  question  de  foi  et  trancher  en  tout,  n'as-tu 
pas  fait  telle  et  telle  chose  cette  nuit-ci?  Je  suis  le  moindre  de 
tous  les  saints  qui  sont  ici,  mais  si  tu  le  veux,  je  le  demanderai 
et  le  feu  du  ciel  descendra  aussitôt  et  te  brûlera  avec  ceux  qui 
te  suivent.  —Celui-ci,  plein  de  crainte  et  de  tremblement,  le  re- 
connut, se  jeta  à  ses  pieds  et  lui  dit  devant  tout  le  monde  : 
Laisse-moi,  seigneur  Nabarnougi  (2),  je  ne  savais  pas  que  tu  étais 
ici.  —  C'est  ainsi  que  fut  sauvé  le  bienheureux  Théodose,  car 
personne  n'osa  plus  rien  dire  ou  faire  contre  les  saints.  (L'homme 
d'Ancyre)  prit  Juvénal  et  le  fit  rentrer  à  Césarée  (3). 


LVH 


Le  Père  Paul,  ^a^^m^ç^asi  o^,  qui  demeurait  avec  le  Père  André, 
alors  vieillard  et  chef  de  monastère,  racontait  l'histoire  suivante. 
Au  temps  du  concile  de  Chalcédoiue,  je  vivais  en  tranquillité 
avec  mon  frère  Théosèbe.  C'était  un  homme  éloquent,  et  qui 
possédait  les  sciences  profanes.  Il  était  perplexe  au  sujet  du 
dogme  des  deux  natures,  et  demanda  au  Seigneur  de  lui  témoi- 
gner ce  qu'il  devait  croire  à  ce  sujet,  et  qui  il  devait  suivre  de 
ceux  qui  refusaient  d'admettre  les  deux  natures  ou  de  ceux  qui 
les  admettaient.  Saint  Jean  VÉvançiéliste  lui  apparut  et  lui  dit  : 
Celui  qui  existe  depuis  le  commencement  et  qui  s'est  révélé  à 
nous,  comme  vous  le  savez,  nous  l'avons  vu  de  nos  yeux  et 
nous  l'avons  touché  de  nos  mains  dans  le  Verbe  de  vie.  —  Après 
ce  témoignage,  il  n'eut  plus  d'hésitation  et  prêcha  la  vérité. 


,'!)  Cf.  I.iind.  m.  |i.   117.  I.  II-IC.  .'t  KvaKi-iiis. //.  /;'..  11.  rh.  \. 

(2)  (."t'sl  1<'  nom  ibcrieii  de  rifi'i'O. 

(3)  Mais  Marcicn  envoya  lo  comte  Dorollire  avec  ordic  de  tuul  laiic  i-cntici' 
dans  le  devoir  et  de  nN-parirner  que  Pierre  ribérien.  l.aiid.  111,  p.  127.  1.  10-15. 
C'est  après  cela  qu'cnt   lim   li'  massacre   des  moines  à  Naploiise.  //>/</..  1.  -^0-26. 


PLÉROPIIORIES.  61 


LVIII 


Un  certain  Élie  (ou  \^i),  qui  était  prêtre  et  économe  de  la  sainte 
église  de  Jérusalem  et  s'éloigna  après  l'apostasie,  car  c'était 
un  orthodoxe  fervent,  raconta  à  notre  bienheureux  Père  Pierre 
et  au  Père  Etienne,  prêtre  (1),  qu'à  l'époque  du  concile  iVEphèse 
où  fut  déposé  Nestoriiis,  il  s'y  rendit  avec  Juvénal  et  vit  la 
grande  hypocrisie  de  celui-ci  qui  était  prêt  à  trahir,  mais  crai- 
gnait le  bienheureux  Cyrille  et  son  zèle  ardent;  aussi,  depuis 
cette  époque,  il  ne  voulut  plus  recevoir  la  communion  de  sa 
main,  car  il  le  regardait  comme  un  h3'pocrite  et  un  traître. 


LIX 


Si  les  traîtres  de  Chalcédoine  nous  disent  :  Pourquoi  nous 
appelez-vous  transgresseurs  ou  traîtres,  nous  répondons  :  Une 
loi  apostolique  dit  :  si  je  bâtis  à  nouveau  ce  que  j'ai  détruit,  je 
montre  que  je  suis  un  transgresseur.  Or  vous  qui  avez  maudit 
k  Éphèse  Nestorius,  l'inventeur  des  deux  natures,  avez  défendu 
de  parler  de  deux  natures  et  avez  anathématisé  tous  ceux  qui 
osaient  ou  oseraient  parler  ou  enseigner  ainsi,  comment  ne  seriez 
vous  pas  coupables  et  transgresseurs,  lorsque  vous  avez  décrété 
à  Chalcédoine  les  choses  mêmes  que  vous  aviez  condamnées  à 
Éphèse  (2),  et  cela  par  crainte  humaine  et  par  effroi  d'un  empe- 
reur impie;  et  vous  avez  reçu  sans  jugement  les  impies  Théo- 
doret  et  Ibas  qui  avaient  été  déposés  et  rejetés.  Ce  n'est  pas  seu- 
lement une  fois,  mais  deux,  trois  et  cinq  fois  que  vous  êtes 
tombés  dans  les  mêmes  contradictions ,  et  avez  déraciné  le  mal 
pour  le  replanter  ensuite.  En  effet,  comme  je  viens  de  le  dire, 
vous  avez  déraciné  ce  dogme  impie  à  Éphèse,  puis  vous  l'avez 


(1)  Cf.  ch.  Lxxix. 

(■2)  Jean  confond  tonjours  los  catholiques  avec  les  Xestoriens.  Toute  son  ariru- 
mentation  tombe  donc  à  faux.  Il  serait  temps  que  les  Jacobites  (que  nous  appe- 
lons à  tort  Eutychiens,  car  ils  condamnent  Eutychès  —  cf.  Land  III,  p.  129, 1.  24,  à 
130, 1.  :J)  s'aperçoivent  qu'ils  se  séparèrent  des  catholiques  à  l'origine  surtout  pour 
une  question  de  mois  mal  compris.  Pour  les  Jacobites  nalurc  signiliait  personne. 


62  PLKROPHORIES. 

replanté  à  Constantinople  avec  Flavien,  ce  partisan  des  deux 
natures;  peu  de  temps  après,  au  second  concile d'Éphèse  présidé 
par  le  patriarche  orthodoxe  Dioscore,  avec  Juvénal  et  la  foule 
des  évêques  orthodoxes  vous  avez  à  nouveau  déraciné  le  mal, 
enfin  vous  Tavez  bientôt  replanté  au  concile  de  Chalcédoine,  et, 
comme  je  l'ai  dit  plus  haut,  vous  avez  reçu  sans  jugement  TJiéo- 
doret  et  Ibas,  qui  avaient  été  chassés  à  cause  de  cette  impiété. 
Plus  tard,  dans  Vencydique,  au  temps  du  bienheureux  arche- 
vêque Timothée,  vous  avez  renié  universellement  cette  impiété 
et  enfin  vous  l'avez  rétablie  dans  l'acte  nommé  antiency- 
clique[\).  C'est  de  vous  que  le  prophète  Je'réim/e  a  dit  :  «Apprenez 
leur  à  se  servir  de  leurs  pieds,  ils  n'ont  rien  épargné  de  ce  qui 
existe.  Vous  êtes  des  roseaux  agités  par  le  vent,  vous  vacillez  et 
tremblez  à  tout  souffle,  vous  êtes  toujours  boiteux  des  deux 
jambes  et  ne  vous  trouvez  jamais  dans  le  chemin  de  la  vérité.  » 
C'est  de  vous  qu'il  est  écrit  :  «  Je  hais  les  transgresseurs  »  et 
Dieu  a  témoigné  contre  vous  quand  il  a  dit  dans  le  prophète 
Isaïe  à  la  fin  (2)  :  «  Sortez  et  vous  verrez  l'état  de  ceux  qui  ont 
prévariqué  contre  moi,  leur  ver  ne  meurt  pas,  leur  feu  ne  s'éteint 
pas  et  ils  seront  en  spectacle  à  tous  les  hommes.  » 

Et  ce  n'est  pas  seulement  à  cause  de  ce  que  je  viens  de  rap- 
peler que  vous  êtes  prévaricateurs  et  que  l'on  vous  appelle 
ainsi,  mais  encore  parce  que  vous  avez  transgressé  la  profession 
de  foi  du  premier  concile  cVÉphèse  qui  a  expulsé  Xestorius; 
il  y  fut  décrété  qu'il  n'est  permis  à  personne,  évêque  ou  clerc,  de 
faire,  d'exposer  ou  d'écrire  une  autre  profession  de  foi  que  celle 
émise  par  les  trois  cent  dix-huit  évêques  (3)  avec  l'assistance 
de  l'Esprit-Saint,  et  ceux  qui  feront  cela  seront  déposés,  les 
évêques  de  leur  épiscopat,  et  les  clercs  de  la  cléricature.  Ceux 
qui  se  rassemblèrent  à  Chalcédoine  connaissaient  très  bien  cette 
profession  de  foi,  aussi  ils  commencèrent  par  s'élever  contre  ce 
qu'on  leur  demandait  de  décréter,  ils  crièrent  à  haute  voix  et 
protestèrent  que  personne  ne  pouvait  faire  une  autre  profession 
de  foi,  qu'ils  n'avaient  pas  cette  audace,  que  les  Pères  l'avaient 
iléfendu,  que  c'était  inutile  et  que  du  reste  ils  n'en  avaient  pas 

(1)  Sur  IV  iiryrlii|ii(" de  riasilisfiuf  ot  l'aiitii^ncyclique (lo  Zenon,  cf.  Land,  Anecdola 
S;/ri(tai,  t.  lli,  livre  V,  cliapitrcs  i.  ii.  m  et  v. 
(■2)  Cil.  i.xvi,  24. 
(3)  ANicée. 


PLÉROPIIORIES.  63 

le  pouvoir,  car  un  canon  disait  que  ce  qui  existait  suffisait. 
Beaucoup  de  raisons  de  ce  genre  sont  rapportées  dans  les  actes 
écrits  alors,  à  la  confusion  de  l'hypocrisie  et  de  la  transgression. 
De  plus,  un  canon  apostolique  nous  ordonne  de  les  maudire. 
Car  il  est  écrit  :  «  Que  celui  qui  vous  donnera  un  enseignement 
différent  du  mien  soit  anathème  » ,  et  encore  :  «  si  moi  Paul  ou 
bien  un  ange  du  ciel  vous  donne  un  enseignement  différent  de 
celui  que  vous  avez  reçu,  qu'il  soit  anathème  (1)  «.Or  ils  nous  ont 
enseigné  ce  qui  n'est  pas  dans  l'Évangile  ni  dans  le  concile  des 
trois  cent  dix-huit  Pères,  ni  surtout  dans  les  actes  du  concile 
d'Éphèse  qui  anathématisa  Nestorius  et  le  dogme  des  deux  na- 
tures. De  plus,  ceux  qui  se  rassemblèrent  à  Chalcédoine  nous  ont 
donné  contre  tout  droit  une  nouvelle  profession  de  foi,  et  par 
suite  tombent  sous  l'anathème  apostolique  et  sont  maudits  avec 
justice  par  tous  les  fidèles.  Ce  n'est  pas  de  notre  propre  jugement 
que  nous  les  anathématisons,  mais  c'est  en  suivant  les  canons 
apostoliques  et  les  professions  de  foi  des  saints  Pères  que  nous 
les  déclarons  transgresseurs  et  maudits. 


LX 


Un  homme  craignant  Dieu  de  notre  époque  vit  en  songe  tous 
les  évêques  réunis;  l'apôtre  saint  Paul  était  au  milieu  d'eux 
et  leur  disait  :  Voici  les  préceptes  que  je  vous  ai  donnés, 
voici  les  bornes  que  je  vous  ai  posées,  voici  mes  commande- 
ments; et  après  les  avoir  réprimandés  il  leur  dit  :  Prenez  et 
lavez-vous  la  figure  dans  ce  vase.  —  Il  y  avait  au  milieu  d'eux 
un  vase  plein  d'eau  et  quand  ils  se  furent  lavés,  leur  figure  fut 
couverte  de  lèpre  et  l'Apôtre  dit  :  Pas  un  de  vous  n'a  été  trouvé 
pur. 

LXI 

J'ai  entendu  dire  qu'un  saint  avait  grande  familiarité  avec 

I       l'impie  Marciea,  il  le  réprimanda  au  sujet  du  dogme  des  deux 

natures  et  lui  dit  spontanément  et  avec  sainteté  :  Je  suis  près  du 

(1)  Gai.,  I,  8. 


64  PLÉROPHORIES. 

Messie  et  l'ai  accompagné  en  tout  lieu,  quand  il  faisait  des  pro- 
diges, guérissait,  enseignait,  était  injurié,  poursuivi,  arrêté,  fla- 
gellé etcrucifié,  et  quand  il  fut  enterré,  ressuscita,  monta  au  ciel, 
et  s'assit  à  la  droite  de  son  Père,  j'étais  partout  avec  lui  et  celui 
que  j'ai  vu  enseigner,  guérir  les  malades  et  ressusciter  les  morts 
était  aussi  celui -qui  souffrait,  qui  pleurait,  avait  faim  et  soif  et 
supportait  les  autres  souffrances,  je  n'en  ai  jamais  vu  deux  en 
lui,  un  et  un  autre,  mais  c'était  toujours  le  même  qui  opérait  des 
prodiges  et  souffrait,  et  le  Verbe  de  Dieu  incarné  n'a  qu'une  na- 
ture. L'impie  Marcien  fut  interdit  et  couvert  de  honte  et  le  laissa 
en  paix. 

LXII 

Un  autre  serviteur  du  Messie  nommé  Jean  (a»ajL..^oocLo  ^i-a.),  l'un 
des  fidèles  (ï Alexandrie  (1),  discutait  avec  son  comte  qui  était 
nestorien  et  noyé  dans  le  dogme  des  deux  natures  (2).  Il  lui  dit  : 
Tu  crois  que  la  sainte  Vierge  est  mère  de  Dieu.  Et  comme  ce- 
lui-ci répondit  :  Je  crois  qu'elle  est  mère  de  Dieu  et  mère  du 
Messie,  il  répondit  :  En  a-t-elle  donc  engendré  deux  ou  un?  — 
Et  l'autre  ainsi  pressé  eut  la  bouche  fermée  et  tous  les  voisins 
dans  leur  admiration  louèrent  Dieu  qui  avait  donné  tant  de  sa- 
gesse à  son  serviteur  pour  la  vérité. 

LXIII 

Le  père  Jean,  évoque  appelé  ux^a.?;  et  archimandrite  d'un 
monastère  d'Egypte,  homme  saint  et  prudent,  disait  au  sujet 
du  concile  de  Chalcédoine  :  C'est  la  parole  dite  par  les  Juifs 
au  Messie  :  Pourquoi  toi,  qui  es  homme,  te  fais-tu  Dieu,  en 
te  comparant  à  Dieu? 

LXIV 

En  PampliiUc,  un  séculier,  nommé  Marcianus,  orthodoxe 
zélé,  réprimanda  publiquement  son  évèque  au  sujet  de  la  foi 

(1)  Cf.    SlipiM    cil.    N.WVI. 

(2)  Cpclmpitre,  coimiio  lo  procèdent  et  bien  d'autres,  prouve  ce  que  j'ai  annoncé, 
à  savoir  que  poui-  les  .lacobitos  nature  siguilie  persoiuie. 


PLÉROPHORIES.  05 

qu'il  enseignait  mal.  Il  fut  saisi  par  le  gouverneur  {u<^u)  et  fut 
frappé  sur  le  dos  et  le  ventre  au  point  d'être  laissé  pour  mort. 
On  le  conduisit  ainsi  à  sa  maison,  croyant  qu'il  allait  mourir. 
Le  jour  suivant  il  était  complètement  guéri.  Il  raconta  aux  fi- 
dèles :  Je  vis  un  homme  vêtu  d'habits  blancs  qui  se  tenait  à 
ma  droite  et  depuis  lors  je  ne  sentis  plus  les  coups,  ils  me 
touchaient  comme  du  papier.  Un  homme  qui  avait  un  mal 
cruel  et  n'avait  pu  le  guérir  depuis  plusieurs  années  le  lava 
avec  le  sang  qui  coulait  du  corps  de  ce  fidèle,  il  prit  ce  sang 
avec  foi  et  fut  aussitôt  guéri  de  son  mal. 

LXV 

Au  temps  où  notre  vénérable  Père,  le  Père  Pierre,  était  évê- 
que  et  demeurait  dans  son  église  de  Maiouma,  le  Père  Isaïe,  le 
solitaire,  eut  dans  sa  cellule  la  vision  suivante  :  Il  vit  au  milieu  de 
la  terre  habitée  un  tas  d'ordures,  large  et  élevé,  qui  en  couvrait 
la  plus  grande  partie,  et  mettait  les  gens  en  fuite  par  sa  puan- 
teur. Un  ange  portant  une  pelle  descendit  du  ciel,  et  dit  au  Père 
Pierre,  évêque  :  Prends-moi  cette  pelle  et  débarrasse  la  terre  de 
ces  ordures,  car  tu  es  chargé  de  l'en  purifier.  Le  saint  s'excu- 
sait en  disant  :  Je  ne  puis  pas  faire  cela,  c'est  au-dessus  de  ma 
force  et  c'est  même  complètement  au-dessus  des  forces  hu- 
maines, mais  l'ange  continua  à  le  presser  jusqu'à  ce  qu'il  eût 
pris  la  pelle  en  main  pour  purifier  la  terre. 

Après  cette  vision,  le  Père  Isaïe  quitta  sa  cellule  dès  l'aube  et 
vint  trouver  le  bienheureux  à  Maiouma.  Quand  ils  se  furent 
salués,  il  lui  raconta  sa  vision,  puis  retourna  à  sa  cellule.  Quant 
à  la  signification  de  ce  songe,  la  sagesse  de  Dieu,  qui  sait  tout, 
la  connaît  seule,  et  le  temps  futur  devait  la  montrer. 

LXV  [bis) 

Le  bienheureux  Timothée,  archevêque  (ï Alexandrie  et 
confesseur,  raconta  ce  qu'il  vit  au  Père  Jean  qui  lui  fut  envoyé, 
quand  il  était  en  Chersonèse  (1),  par  les  Pères  orthodoxes  de 

(1)  Timothée  fut  d'abord  exilé  à  Gangra,  puis  de  là  en  Chersonèse,  cf.  Land,  III 
1.  IV,  ch.  XI.  Cf.  supra,  cli.  xxvi. 

5 


66  PLÉROPHORIES. 

Palestine  et  par  notre  Père  l'évêque  Pierre  (1)  pour  le  visiter 
et  le  consoler  :  quand  on  rassembla  le  concile  de  Chalcédoine, 
je  vis  en  songe  une  grande  assemblée  dans  Téglise  d'Alexandrie, 
et  quand  je  m'approchai  pour  recevoir  la  communion  {v^ia^), 
je  trouvai  que  le  pain  était  noir  et  le  vin  changé  en  vinaigre, 
cela  annonçait  la  trahison  qui  devait  avoir  lieu,  par  la  permis- 
sion divine,  dans  les  églises. 


LXVI 


L'archevêque  Timothée  raconta  encore  au  même  :  Lorsque 
le  bienheureux  Dioscore  devait  se  rendre  au  concile,  j'eus  la 
vision  suivante  :  je  vis  le  bienheureux  Dioscore  entrer  à  l'église 
de  Saint-Jean-Baptiste  pour  lui  demander  de  revenir  sain  et 
sauf,  et  lui  faire  une  prière.  Après  la  prière,  il  alla  s'asseoir  sur 
les  degrés,  selon  sa  coutume,  et  quand  il  se  fut  assis,  tout  le 
clergé  s'éloigna  et  l'abandonna;  je  restai  seul  avec  lui,  et  tandis 
que  j'y  étais,  voici  qu'un  grand  loup  furieux  accourut  et  se  jeta 
sur  saint  Dioscore,  il  le  prit  par  derrière  et  le  mordit,  mais 
comme  il  n'avait  pas  de  dents,  il  ne  lui  fit  aucun  mal.  Un  soldat 
arriva  alors,  et  tua  ce  loup  féroce,  qui  n'est  autre  évidemment 
que  Protérius  (2). 

LXVII 

L'archevêque  Timothée  raconta  encore  au  même  :  Je  vis,  à  la 
même  époque,  un  cheval  sauvage. et  indompté  qui  grattait  du 
pied  et  effrayait  le  monde.  Tous  le  fuyaient,  j'eus  seul  le  cou- 
rage d'aller  au-devant;  je  le  vainquis  avec  l'aide  de  Dieu,  le 
liai,  l'enfermai  dans  une  cellule  et  depuis  lors  il  ne  reparut  pas. 
Il  s'agissait  là  de  l'impie  Marcien  et  de  sa  mort  sous  la  colère 
divine. 


(1)  l'iorn-  aviiil  conlriljuù  an  sacro  do  Tiniotlioo,  cf.  Laiid.  111.  p.  l:3.j.  i.  lu. 

(i)  IM'Otérius  est  aussi  appolé  un  loii|»  clioz  Land.  t.  III,  p.  \-2l,  1.  13.  Il  fut 
tué  parles  soldats  romains,  c'est-à-diir  grocs.  (Ibidem,  p.  130.  Cf.  Évatriiiis,  //.  A"., 
11.  eh.  vni.) 


PLKROPHORIES.  G7 


LXVIII 


Il  raconta  encore  une  autre  vision  que  Protérius  lui-même 
interpréta  au  temps  oi^i  il  était  clerc  avec  lui  :  Je  vis,  dit-il,  un 
tyran  qui  entraitdans  l'église  et  combattait  avec  tout  le  monde, 
il  frappait  ceux-ci,  poursuivait  ceux-là  et  tuait  ou  accablait  d'in- 
jures ceux  qui  restaient.  Je  fus  saisi  d'indignation  et  ne  suppor- 
tais pas  cette  fureur  et  cette  guerre.  Fortifié  par  le  Seigneur,  je 
pris  confiance,  luttai  avec  lui  et  dans  mon  indignation  le  chas- 
sai de  l'église.  Le  jour  suivant,  je  racontai  cette  vision  aux  clercs. 
Protérius  qui  était  présent  me  répondit  :  Après  saint  Dios- 
core,  un  hérétique  dirigera  les  Églises,  tu  le  combattras  et  tu 
seras  évêque  à  sa  place. 

LXIX 

Le  même  Protérius  en  dit  autant  à  une  sainte  femme  de 
cette  époque,  lorsqu'on  apprit  à  Alexandrie  la  déposition  et 
l'exil  du  bienheureux  Dtoscore.  Il  dit  que  le  successeur  de  Dios- 
core  serait  un  antéchrist,  aussi  elle  le  lui  reprocha  en  face,  et,  en 
conséquence,  souffrit  beaucoup  de  lui  et  reçut  la  couronne  des 
confesseurs. 


LXX 


Le  bienheureux  Évagrius  mon  frère,  qui  avait  adhéré  aux  évo- 
ques, sortit  (Xq  Beyrouth  avec  Zacharie  (I),  Antale  et  Philippe 
pour  renoncer  au  monde;  il  vint  à  Tyr,  auprès  du  Père  Élie, 
prêtre,  et  y  fut  converti  à  la  foi  orthodoxe.  La  veille  du  jour  où 
il  devait  anathématiser  le  concile  de  Chalcédoine  et  s'attacher 
à  Élie,  il  vit  durant  la  nuit  un  homme  vêtu  d'habits  sordides  qui 
avait  un  ulcère  ancien  et  purulent.  Il  le  nettoya  et  fut  guéri.  Et 
le  lendemain,  comme  je  l'ai  dit,  il  anathématisa  le  concile.  Il  se 
souvint  alors  de  son  rêve,  l'ulcère  purulent  représentait  la  pour- 
riture de  ceux  des  deux  natures. 

(1)  Cf.  ch.  xit  ot  Lxxiii. 


68  PLÉROPHORIES. 


LXXI 


Le  Frère  Anastase,  moine  ô'Édesse  (1),  qui  était  scolastique, 
eut  aussi  une  vision  miraculeuse.  Il  était  alors  à  Beyrouth  du 
parti  des  renégats  quand  il  vit  un  saint  vieillard  qui  lui  dit  :  Si  tu 
veux  être  sauvé,  prends  un  cheval,  cours  près  del'évêque  Pierre 
ribérien,  tu  en  recevras  la  vérité  et  tu  seras  sauvé.  Aussitôt  il 
abandonna  tout  et  vint  près  de  notre  Père  qui  était  alors  i^^îoc^i^ 
près  du  Père  Grégoire.  Il  lui  raconta  sa  vision  et  les  autres,  plus 
nombreuses,  qu'il  avait  eues  à  Antioche,  et  qui  lui  annonçaient 
par  avance  qu'il  devait  quitter  le  monde  et  l'abandonner  complè- 
tement. Il  le  persuada,  fut  reçu  par  lui  et  instruit  dans  la  vraie 
foi,  puis  il  analhématisa  le  concile  de  Chalcédoine,  fut  moine  près 
de  lui  et  abandonna  le  monde. 

Il  nous  racontait  :  Au  moment  où  j'allais  me  joindre  aux  ortho- 
doxes, la  nuit  précédente,  je  me  vis  comme  un  nouveau  baptisé, 
revêtu  d'un  habit  brillant,  et  beaucoup,  portant  des  cierges, 
marchaient  devant  moi.  J'étais  perplexe  et  me  demandai  ce  qui 
m'arrivait  là.  puisque  j'avais  été  baptisé  une  fois  dans  mon  en- 
fance. Je  vis  alors  le  même  veillard  qui  m'était  apparu  à 
Betjrouth,  il  me  dit  :  Ne  crains  pas  et  ne  sois  pas  perplexe,  car 
ce  n'est  pas  un  second  baptême,  mais  tous  les  orthodoxes  sont 
honorés  de  cette  lumière,  de  cette  gloire  et  de  cette  clarté. 

LXXIl 

L'ami  du  Messie  Caius  (^^ij.,,^)  eut  une  vision  semblable.  C'était 
un  prince  de  Sébaste  en  Palestine  où  est  conservé  le  corps 
de  saint  Jean-Baptiste  (-2).  Il  rencontra  le  bienheureux  évê- 
que  Pierre,  fut  instruit  par  lui  et  en  reçut  la  perfection  de  la  foi 
orthodoxe.  Au  moment  où  il  allait  anathématiser  le  concile  de 
Chalcédoine  et  se  joindre  aux  saints,  il  se  vit  en  songe  revêtu 
d'habits  blancs  et  beaucoup  marchaient  devant  lui  avec  des 
lampes  et  des  cierges,  comme  devant  un  baptisé.  Aussi  c'est 


(1)  Il  p.sl  niontiniim''  (Unis  la  \"ic  de  Sévère,  p.  '^b.  I.  iîl.  ot  cette  vision  y   est  ra- 
contée, p.  2i,  I.  lii-ir». 

(2)  Cf.  eh.  XMX. 


l'LÉRoriiuiîiF.s.  69 

avec  conviction  qu'il  quitta  les  schismatiques  et  il  devint  or- 
thodoxe zélé. 


LXXIII 

Le  scolastique  Zacharie,  celui  de  Maiouma,  était  orthodoxe 
et  très  zélé,  il  connaissait  très  bien  les  dogmes,  de  sorte  qu'il 
pouvait  instruire  les  autres.  Au  temps  où  il  était  à  Beyrouth, 
il  lui  sembla  qu'il  se  trouvait  dans  l'Église  des  partisans  du 
concile  où  le  peuple  était  assemblé,  et  les  diacres  qui  don- 
naient la  coupe,  ne  la  proclamaient  pas  sainte  et  mystérieuse, 
mais  bien  méprisable  et  indigne  de  respect.  Il  était  plein  d'é- 
motion et  d'effroi  quand  il  lui  sembla  voir  le  Père  Isaïe,  Père 
des  moines,  qu'il  connaissait,  car  il  l'avait  vu  très  souvent, 
qui  lui  dit  :  Fuis  l'Église  de  ces  partisans  de  quatre  dieux 
et  sépare-toi  d'eux  (1). 

LXXIV 

Un  prêtre  (ï Alexandrie  nommé  v'^m^on  (ou  v.am.Lio)L),  homme 
remarquable  par  sa  pureté  et  sa  vie  cénobitique,  nous  raconta 
ce  qui  suit  :  Au  temps  où  .^a.;^^»^^  dirigeait  l'Église  à." Alexan- 
drie (2),  j'étais  diacre  de  l'Église  de  Rinocoroura  (ivo^oMu.)  (3)  ;  j'é- 
tais chargé  du  trésor  et  du  soin  des  vases  sacrés;  je  demeurai 
doncet  couchai,  par  nécessité,  dans  l'église.  L'évêque  de  cette  ville 
avait  été  chassé  comme  hérétique  par  les  habitants,  il  alla  près 
de -ca-îQ-sA^  et  voulut  revenir  occuper  son  église.  J'étais  diacre, 

(1)  Ce  Zacharie,  de  Maioiiina,  appelé  le  Scolastique,  qui  a  été  à  Beyrouth,  qui  a 
grand  zèle  et  qui  connaît  Isaïe,  semble  bien  être  le  Zacharie,  auteur  de  la  Vie  de 
Sévère  d'Antioche  publiée  par  Spanuth,  et  de  la  Vie  d'Isaïe  publiée  par  M.  Land., 
t.  m,  p.  34G.  Il  peut  aussi  avoir  écrit  l'histoire  pul)liée  chez  M.  Land  (III,  livres  3  à?) 
car  les  nombreux  parallélisnies  signalés  entre  l'écrit  de  Jean  de  .]ialouma  et 
l'histoire  de  Zacharie  publiée  chez  M.  Land  nous  sont  un  nouv(\iu  motif  pour  aflir- 
mor  que  l'auteur  de  ce  dernier  ouvrage  a  dii  vivre  à  Maiouma  avec  les  familiers 
survivants  de  Pierre  l'Ibérien.  Cf.  page  79,  note  2  :  l'auteur  de  la  Vie  de  Sévère, 
qui  est  né  du  reste  à  Maiouma,  montre  qu'il  connaissait  et  estimait  Jean,  notre 
autour. 

U)  S'il  s'agit  de  l'archevêque,  ce  doit  être  TimothéeU.'ûS  t^o;^"*'  (Solofaciolus), 
qui  succéda  à  Protérius  et  fut  seul  archevêque  d'Alexandrie  durant  l'exil  de  Ti- 
niothéo  Elure,  Land,  III,  p.  145. 

(o)  Voir  le  chapitre  suivant. 


70  PLÉROPHORIES. 

comme  jo  l'ai  dit,  je  songeai  à  attendre  son  arrivée  pour  lui 
remettre  d'abord  tous  les  vases  sacrés,  puis  à  fuir  le  démon 
et  la  calomnie.  Durant  la  nuit,  tandis  que  je  dormais  à  la 
sacristie,  je  vis  une  grande  foule  de  saints  habillés  d"habits 
blancs;  la  sainte  Mère  de  Dieu  était  au  milieu  d'eux  et  sem- 
blait s'éloigner;  elle  était  assise  sur  une  ànesse  richement 
harnachée;  comme  les  saints,  marchant  devant  elle,  lui  disaient 
de  se  hâter,  et  qu'elle  allait  passer,  elle  me  vit  du  haut  de  son 
ânesse,  s'arrêta  et  me  dit  :  Va-t'en  d'ici,  et  ne  demeure  pas 
plus  longtemps. 

Et  celui-là,  qui  fut  ordonné  prêtre,  vint  à  Alexandrie,  où  il 
plut  beaucoup  aux  Pères  orthodoxes.  Quand  le  saint  évêque 
Timothée  revint,  il  fut  en  grande  faveur  auprès  de  lui,  car 
c'était  un  homme  excellent,  orthodoxe  et  orné  de  toutes  les 
perfections,  il  brilla  jusqu'à  la  fin  dans  la  foi,  et  durant  la 
vie  du  bienheureux  Timothée  et  après  sa  mort;  jusqu'à  son 
dernier  soupir,  il  rassemblait  le  peuple  et  le  confirmait  dans 
la  foi. 

LXXV 

Le  même  nous  racontait  :  Au  temps  où  l'évêque  hérétique 
dont  je  viens  de  parler  devait  venir  à  Rinocoroura  V'ov^Vr^,  tous 
les  clercs  orthodoxes  de  cette  ville  et  moi  nous  songeâmes  â 
partir  avant  son  arrivée.  Un  habitant  de  la  ville,  qui  avait 
un  nourrisson  non  baptisé,  demandait  qu'il  fût  baptisé  par  des 
orthodoxes  avant  que  l'évêque  n'arrivât  et  ne  voulût  le  faire. 
Quand  il  eut  reçu  le  baptême,  le  nourrisson  cria  :  Arrêtez, 
arrêtez  cette  colombe  qui  vole  et  qui  s'enfuit.  C'était  le  Saint- 
Esprit  qui  apparaissait  sous  la  forme  d'une  colombe  et  mon- 
trait qu'après  le  triomphe  des  hérétiques  il  partait  et  aban- 
donnait les  églises. 

LXXVI 

Notre  Père  nous  racontait  le  fait  suivant  :  Quand  nous  de- 
meurions dans  la  ville  (?)  (ïlamnias  (>fl>i..v^.i;  iioi^^)  au  temps 
où  Profcn'iis  était  à  Alexandrie,  j'avais  pour  ami  un  clerc 
que  j'avais  cru  d'abord  orthodoxe  et   zélé,   mais  qui   adhéra 


PLERÛlMIurUES. 


71 


à  la  fin  à  Proterius  et  devint  économe  et  gérant  des  affaires  de 
rÉglise,  c'mporté  par  sa  grande  fantaisie.  Un  jour  que  j'allai 
voir  un   saint  et  que  je  me  hâtai,  je  le    rencontrai  dans  un 
passage  étroit  de  la  ville.  Quand  je  le  vis,  je  voulus  me  dé- 
tourner,   mais  il   ny  avait  pas  assez   de    place;   je  tournai 
donc  mon  visage  du  côté  de  la  muraille.  Quand  il   m'aperçut 
et  me  reconnut,  il  vint  me  souhaiter  le  bonjour,  et  moi  je  ré- 
pondis en  hâte  à  son  salut  en  lui  disant  :  Sois  béni.  Il  me  dit  : 
Pourquoi  me  fuis-tu?  Ne  suis-je  pas  ton  ami?  Quel  péché  ai-je 
commis  pour  que  tu  t'éloignes  de  moi?  Je  lui  répondis  seu- 
lement :  Tu  sais  bien  ce  que  tu  as  fait,  et  je  passai.  Cette  même 
nuit,  je  vis  une  grande  plaine  remplie  d'une  lumière  et  d'une 
gloire  célestes  et  occupée  par  une  foule  de  saints  et  par  les 
cohortes   des  anges.   Tous   louaient  Dieu  et  le  Seigneur  était 
au  milieu  d'eux.  Quand  je  le  vis,  je  courus  à  lui  et  me  hâtai 
pour   l'adorer;    je  songeai    alors  à  la  grande  intimité  et  à 
la  confiance  que  j'avais  envers  lui.  Quand  il   me  vit  de  loin 
venir  à  lui,  devant  tous  les  saints  il  détourna  son  visage  avec 
tristesse  et  indignation.  Tous  les  saints  s'étonnaient,  mais  je 
compris  aussitôt  que  la  cause  de  cet  événement  était  la  réponse 
que  j'avais  faite  au  renégat.  Je  me  prosternai  avec  larmes  et 
lui  dis  :  Seigneur,  aie  pitié  de  moi,  tu  connais  les  cœurs  et  tu 
sais  que  ce  n'est  pas  de  tout  cœur  et  par  ma  volonté  que  j'ai 
fait  cela,  mais  bien  dans  ma  hâte  et  mon  trouble.  Tous  les 
saints  intercédèrent  pour   moi  et  enfin  à  grand'peine  il  con- 
sentit à  me  recevoir  (1). 


LXXVII 

Notre  Père  nous  racontait  encore  l'histoire  suivante  au  sujet 
du  scolastique  Sérapion,  homme  fidèle  zélé  pour  l'orthodoxie. 
Il  aimait  les  saints  et  était  le  premier  des  scolastiques  d'Alexan- 
drie au  temps  de  Proterius.  Il  consolait  les  saints  persécu- 
tés en  tous  lieux  et  les  secourait  du  fruit  de  son  travail.  Aussi 
il  fut  favorisé  par  Dieu  de  la  vision  suivante  : 

(1)  Ce  trait  du  caractère  de  Pierre  est  très  intéressant;  il  se  repent  davoir  été 
froid  envers  un  renégat.  Cette  douceur  de  caractère  le  distingue  des  moines,  ses 
voisins. 


72  PLÉROPHORIES. 

Les  grands  cV Alexandrie,  pouf  la  satisfaction  de  Protérius 
chassaient  alors  les  clercs  orthodoxes  et  les  moines  de  la  ville 
et  de  tous  les  monastères  situés  autour.  Les  saints  n'osaient 
pas  se  montrer  ni  consacrer  la  communion  pour  les  fidèles 
en  la  fête  du  Seigneur  universellement  célébrée  (je  veux 
dire)  le  jour  de  Pâques.  Le  scolastique  Sérapion,  dont  nous 
avons  parlé,  caché  dans  sa  maison  à  cause  des  renégats,  était 
dans  l'angoisse  et  la  douleur  de  se  voir  privé  de  communion 
un  jour  comme  celui-là.  Quand  arriva  l'heure  de  la  nuit 
sainte  où  la  foule  des  fidèles  a  coutume  de  se  rassembler, 
il  descendit  dans  sa  cour  sous  le  ciel,  se  jeta  à  genoux,  pria 
avec  larmes  et  supplia  Dieu  les  mains  étendues  vers  le  ciel. 
Quand  il  eut  terminé  sa  prière,  il  ferma  les  mains  et  y  trouva 
une  portion  du  corps  du  Seigneur  (mip»  ivsss^  i^^^^.  Il  la  prit 
et  fut  ainsi  fortifié  et  confirmé  dans  la  foi.  Il  fut  même  jugé 
digne  d'être  envoyé  enchaîné  à  Marcien  sur  l'ordre  de  Pro- 
térius et  de  recevoir  la  couronne  des  confesseurs.  Ce  fut 
surtout  à  Constcmtinople  qu'il  fut  favorisé  de  la  grâce  et 
de  la  protection  de  Notre-Seigneur,  car  il  parut  si  modeste 
à  l'empereur  qu'il  fut  mis  en  liberté  et  put  demeurer  en  paix 
à  Constantinople  et  prendre  rang  parmi  les  scolastiques  de 
cette   ville  dont  il  devint  le  premier.  C'est  là  qu'il  mourut. 


LXXVIII 

Des  scolastiques  orthodoxes  Ôl' Alexandrie  qui  étudiaient  à 
Beijrouth,2i\\èvex\im\]o\iY,  avec  d'autres,  près  d'un  stylite  qui 
habitait  un  village  à  côté  de  cette  ville.  Ce  stylite  apprit  par  d'au- 
tres qu'ils  ne  communiaient  pas  à  l'église  ni  avec  les  évêques, 
il  leur  demanda,  tout  en  colère  :  Où  communiez-vous,  puisque 
vous  êtes  étrangers?  Ils  répondirent  avec  confiance  :  Nous  avons 
la  communion  de  nos  saints  Pères  orthodoxes  et  nous  en  pre- 
nons. Il  leur  dit  :  Comment  se  fait- il  que  vous  qui  êtes  sécu- 
liers, ayez  l'audace  de  prendre  la  communion?  Ils  ivpondirent  : 
Nos  Pères,  qui  sont  de  vrais  clercs  orthodoxes,  nous  conseillèrent 
fortement  de  faire  ainsi  et  dirent  que  c'était  permis  et  conve- 
ii;ilile.  —  Rentrés  à  Beyrouth  et  quand  vint  le  diniaiirhc  l'un 
d'eux,  se  rappelant  les  paroles  du  stylite,  hésitait  à  prendre  de 


PLKIIOPIIORIES.  73 

lui-même  la  sainte  communion,  enfin  il  s'approcha  avec  foi,  la 
prit,  et  trouva  alors  clans  sa  main  un  caillot  de  sang.  Ce  scolasti- 
tique  qui,  à  la  fin,  devint  moine,  nous  raconta  lui-même  ce  pro- 
dige (1). 

LXXIX 

Le  bienheureux  Etienne,  prêtre  (2),  qui  avait  été  archidiacre  à 
Jérusalem,  orthodoxe  zélé,  avait  une  sainte  sœur  qui  durant  les 
jours  bénis  du  carême  sortait  tous  les  samedis  (durant  toute 
Tannée  elle  jeûnait)  et  allait  veiller  à  l'église  de  Saint-Étienne 
et  de  Saint- Jean-Baptiste.  Elle  en  arriva  un  tel  degré  de  per- 
fection et  de  pureté  qu'elle  vit  face  à  face  saint  Etienne  et  saint 
Jean.  Ils  venaient  près  d'elle,  lui  parlaient  et  la  bénissaient.  Après 
le  concile  de  Chalcédoine,  elle  se  demanda  si  elle  devait  encore, 
selon  son  habitude,  se  rendre  à  l'église  et  prier  avec  les  oppres- 
seurs et  surtout  avec  le  renégat  Juvénal  qui  dirigeait  alors 
l'Église.  Elle  souffrait  surtout  de  devoir  se  séparer  de  la  com- 
pagnie des  saints.  Alors  saint  Etienne  lui  apparut  et  lui  dit:  Va, 
demeure  dans  ta  cellule  et  tu  ne  perdras  pas  ton  liéritage.  Ne 
souffres  pas  d'être  séparée  de  nous,  car  où  tu  seras,  nous  serons 
et  nous  demeurerons  avec  toi. 


LXXX 

Une  femme  orthodoxe  de  Pamphilie  renonça  au  monde  avec 
ses  filles,  vint  à  Jérusalem  et  trouva  le  repos  sur  le  mont  des 
Oliviers  (3).  Un  jour  qu'elle  allait  adorer  au  saint  lieu  de  l'As- 
cension, il  se  trouva  qu'il  y  avait  là  un  office  et  les  portes  furent 
fermées  sans  qu'elle  s'en  aperçût.  Comme  elle  ne  pouvait  sortir, 
elle  se  cacha  derrière  un  pilier  jusqu'à  la  fin  de  l'office  et  retourna 

(1)  Cf.  chap.  xxxviii.  Cette  dernière  histoire  semble  montrer  que  la  pratique 
(le  prendre  la  communion  longtemps  d'avance  touchait  à  sa  fin.  De  plus,  ce  chapi- 
tr(>,  le  précédent  et  le  chapitre  x  présupposent  la  croyance  à  la  présence  réelle. 

(2)  Cf.  ch.  Lvni. 

(3j  Sur  le  mont  des  Oliviers,  près  de  l'église  de  l'Ascension,  ('noaxa..S),  nolile  Ro- 
main, avec  sa  femme  Mélanie  et  sa  mère  Albina  avaient  fondi'  dfux  monastères, 
l'un  pour  les  hommes  et  l'autre  pour  les  femmes.  C'est  là  qu'habita  d'abord 
Pierre  l'Ibérion  quand  il  arriva  à  Jérusalem.  {Petrus  der  Iherer,  p.  -27-28.) 


74  PLÉROPHORIES. 

à  sa  cellule  près  de  ses  filles.  A  la  fin,  comme  elle  souffrait 
cle  la  maladie  dont  elle  devait  mourir,  et  comme  elle  était  proche 
de  sa  fin,  elle  cria  et  dit  :  Voyez  quelle  inculpation  on  me  jette 
à  cette  heure.  On  me  dit  :  Comment  espères-tu  être  justifiée  et 
avoir  place  parmi  les  orthodoxes,  toi  qui  durant  une  assemblée 
de  ces  renégats,  as  voulu  demeurer  et  voir  ce  qu'il  n'était  pas 
permis  de  voir  et  qui  caractérise  leurs  semblables?  —  Cela  nous 
fut  raconté  par  son  fils,  nommé  Théochde  :  qui  était  orthodoxe 
et  devint  diacre. 

LXXXI 

Elle  racontait  encore  qu'elle  se  vît  s'approcher  du  trône  de 
Dieu  pour  être  jugée.  Elle  entendit  alors  une  voix  qui  venait  de 
ce  trône  :  Confesses-tu  que  le  Verbe  de  Dieu  est  né  de  la  sainte 
Vierge  Marie  mère  de  Dieu?  Confesses-tu  que  le  fils  de  Dieu 
a  été  crucifié  et  a  souffert  pour  nous?  Et  après  sa  profession  de 
foi  elle  fut  reçue  et  admise  à  adorer  l'humanité  (du  Verbe). 

LXXXII 

KAttale  (p>i>>^ij)  de  Pampliilie,  la  supérieure  d'un  couvent  de 
sœurs  orthodoxes  s'appelait  Zouta  (m,oj).  Elle  était  fidèle  et  pure 
dans  sa  conduite  et  dans  ses  pensées  et  vivait  dans  un  grand  as- 
cétisme. Tandis  qu'elle  était  dans  la  stupeur  après  l'annulation 
de  l'encyclique,  elle  se  vit  transportée  au  paradis  :  au  milieu  était 
l'arbre  de  vie, des  abeilles  volaient  tout  autour  et  voulaient  goûter 
à  l'arbre  de  vie,  mais  on  ne  le  leur  permettait  pas,  elles  étaient 
chassées  par  un  diacre  revêtu  d'habits  blancs  qui  se  tenait  près 
de  l'arbre  et  les  chassait  avec  son  étole  (oijjo/).  Elle  demanda 
pourquoi  il  les  chassait  et  il  répondit  :  Parce  que  celles-là,  après 
l'annulation  de  l'encyclique,  adhérèrentau  concile  de  Chalcédoine. 
—  Un  jour  quel'évêque  cVAtlale,  Claiidien,  vint  la  voir,  et  qu'elle 
lui  reprochait  d'avoir  signé  ce  qu'on  appelle  l'antiencyclique  (1), 
il  s'excusa  en  disant  :  Je  l'ai  signée  de  la  main  et  pas  de  l'esprit  ni 
du  cœur.  Elle  lui  répondit  :  Comment  la  main  peut-elle  se  mou- 


(1)  Sur  l'anlioiicycliciiic  (Ininn'c  par  Z('iion,  cf.  I.ainl.  l.  111.  I.  N'.  di.  \.  (T.  siipi-a 

cil.  vil  l't  I.IX. 


PLÉROPIIÛRIES.  7j 

voir  si  Tesprit  ne  l'a  pas  voulu  auparavant  et  ne  Ta  pas  mise 
en  mouvement;  de  même  qu'un  mort  ne  peut  se  mouvoir,  de 
même  la  main  sans  Tàme. 


LXXXIII 

Le  Père  Léontius,  ermite  de  Lycie  et  célèbre  en  tous  lieux, 
eut  une  vision  au  moment  où  l'on  allait  publier  rantiencyclique 
et  renverser  l'encyclique  orthodoxe.  Il  vit  l'autel  de  l'église  ren- 
versé et  les  choses  saintes  à  terre,  aussi  il  disait  à  tout  le  monde  : 
Je  n'adhérerai  jamais  à  l'Église  des  partisans  de  quatre  Dieux. 


LXXXIV 

Un  autre  saint  à  la  même  époque  vit  l'Église  changée  en  une 
étable  dans  laquelle  étaient  toutes  sortes  de  brutes  animaux  et 
beaucoup  de  pourriture. 

LXXXV 

Le  bienheureux  Épictète,  prieur  d'un  grand  monastère  or- 
thodoxe en  Pamphilie,  eut  aussi  une  vision  que  nous  raconta 
l'évêque  Épiphane  (1)  qui  fut  son  disciple  et  la  tenait  de  lui- 
même.  Il  YiXAmphiloque,  évêque  de  Saïda  (i^*^),  qui  passait  pour 
miséricordieux  et  orthodoxe  et  dont  les  actes  n'étaient  pas  blâma- 
bles, mais  qui  avait  souscrit  la  lettre  de  Léon  et  les  actes  du  con- 
cile de  Chalcédoine,  il  vit  donc  cet  évêque  avec  Épiphane,  évêque 
de  Perge,  enfoncés  tous  deux  dans  la  boue  jusqu'au  cou.  Le  Père 
Épictète  tout  en  pleurs  demanda  à  Amphi loque  :.  Comment  le 
trouves-tu  dans  cette  boue,  toi  qui  as  toujours  brillé  par  la  perfec- 
tion de  la  vie?  Il  me  répondit  :  Tout  ce  qui  est  bon  vient  de  Dieu 
et  le  mal  vient  de  nous,  je  souffre  tout  cela,  seigneur  Père,  à 
cause  du  concile  de  Chalcédoine  auquel  j'ai  souscrit. 

(1)  Cf.    cil.    XLIV. 


76  PLÉROPHORIES. 


LXXXVI 


Il  y  avait  à  Alexandrie  une  femme  vénérable  et  digne  de 
louanges,  nommée  p^^oin^/  (chez  Michel  o>.:^in^/\  Après  le  re- 
jet de  l'encyclique  elle  se  demandait  ce  qu'elle  devait  faire  pour 
être  sanctifiée.  Elle  supplia  le  Seigneur  de  lui  donner  un 
témoignage  et  elle  fut  exaucée  à  cause  de  sa  grande  pureté.  Elle 
vit  une  église  spacieuse  qui  contenait  deux  autels,  Tun  était  grand, 
mais  sombre  et  nu,  et  un  évoque  qui  avait  adhéré  au  concile  de 
ChcUcédoine  et  qu'elle  connaissait  y  officiait;  l'autre  à  droite 
était  petit,  mais  il  resplendissait,  orné  qu'il  était  d'or  et  de 
pierres  précieuses,  et  un  petit  enfant  y  officiait;  c'était  le  Sei- 
gneur qui  lui  dit  :  Viens  communier  ici.  —  Elle  fut  ainsi  con- 
vaincue, loua  Dieu,  refusa  la  communion  de  ceux  des  deux 
natures  et  demeura  orthodoxe  sincère  et  illustre  par  sa  vie  et 
par  sa  foi. 

LXXXVI  I 

Dans  le  monastère  du  Père  Romanus  i\x^;,  chez  Michel 
.icojhoo;)  (  1  )  se  trouvaient  deux  frères  de  Péluse,  des  premiers  de  la 
ville  ;  ils  se  nommaient  Jean  et  Timothêe  et  avaient  renoncé  au 
monde  du  vivant  du  bienheureux  Romanus,  de  sorte  qu'ils  avaient 
reçu  de  lui,  peut-on  dire,  l'habit  monacal.  Longtemps  après  la 
mort  du  Père  Romanus,  Timothêe,  l'un  d'eux,  tomba  dans  une 
grave  maladie,  et,  après  sa  mort,  les  frères  le  prirent,  selon  la  cou- 
tume, le  lavèrent  et  le  placèrent  sur  un  siège.  Quand  ils  allaient 
l'enterrer,  il  se  leva  brusquement  et  s'assit,  au  grand  étonnement 
et  à  la  grande  stupeur  de  tous.  Beaucoup  de  moines  accouru- 
rent avec  celui  qui  dirigeait  alors  le  monastère  et  ils  lui  de- 
mandèrent s'il  était  mort  en  réalité  et  comment  après  sa  mort 
il  avait  pu  ressusciter.  Il  leur  répondit  :  En  vérité  j'étais  mort 
et  avais  été  conduit  au  lieu  du  jugement  et  de  la  justice,  je 
passais  en  jugement.  A  ces  mots  il  pleura  amèrement  et  cria 
avec    gémissements  :   U  sincérité,    ô   sincérité,  6    sincérité, 

(1)  Cf.  i-h.  x  fl  xxv. 


PLEROPHORIES.  ii 

VOUS  m'êtes  tous  témoins  que  j'ai  toujours  eu  souci,  quand 
j'étais  avec  vous,  de  ne  scandaliser  aucun  des  frères  et  que 
j'ai  été  fidèle  en  tout.  Ce  n'est  cependant  pas  cela  qui  m'aurait 
fait  trouver  miséricorde  et  aide  à  cette  dernière  heure  et  m'au- 
rait arraché  au  supplice,  mais  c'est  d'avoir  conservé  sans  ta- 
che la  foi  orthodoxe,  et  de  m'être  éloigné  depuis  mon  enfance 
jusqu'à  cette  heure  de  tout  rapport  avec  les  renégats  de  Chalcé- 
doine. 


LXXXVIII 

Dans  Antioche  la  grande  arriva  le  fait  suivant  que  j'ai  vu. 
Comme  j'y  ai  été  mêlé,  j'ai  cru  nécessaire  de  l'ajouter  à  ce 
qui  précède  pour  augmenter  la  foi  de  beaucoup  : 

Il  y  a  dans  cette  ville  un  palais  impérial,  qui  ne  le  cède  en 
rien,  disent  ceux  qui  l'ont  vu,  ni  en  beauté,  ni  en  grandeur,  ni 
en  tout  genre  de  perfection,  à  ceux  de  Rome  et  de  Constanti- 
7iople.  A  cette  époque  il  était  fermé,  parce  qu'il  ne  servait  pas, 
on  le  gardait  pour  le  cas  où  l'empereur  viendrait  dans  cette 
ville.  Près  de  la  grande  porte,  qui  était  déserte  et  fermée  comme 
je  l'ai  dit,  un  homme  du  peuple  vêtu  d'un  habit  sombre  vint 
habiter.  Il  se  fabriqua  sous  la  porte  une  petite  tente,  et  y  ha- 
bita été  et  hiver  dans  le  froid  et  la  nudité,  car  il  n'avait  qu'une 
tunique.  Il  demeura  là  en  paix  sans  prononcer  un  mot,  car  il 
demeura  seul  pendant  de  longues  années  et  priait  dans  les  gé- 
missements et  les  larmes. 

Il  n'acceptait  jamais  rien  de  personne,  ni  or,  ni  argent,  ni  ai- 
rain, mais  un  foulon  son  voisin,  qui  avait  là  son  atelier,  lui  por- 
tait le  soir  un  peu  de  pain  avec  un  plat  d'herbes  ou  de  légumes 
et  de  l'eau.  Il  prenait  ce  qui  lui  était  nécessaire  et  donnait  le 
reste  aux  pauvres  qui  avaient  coutume  de  venir  près  de  lui.  Il 
servait  ainsi  d'exemple  au  monde  (1). 

Lorsque  j'en  entendis  parler,  je  voulus  aller  le  voir,  je  crai- 
gnais de  fatiguer  ce  vieillard  et  de  l'ennuyer  par  ma  visite.  Ce- 
pendant j'allai  le  voir  après  avoir  invoqué  le  Seigneur.  Quand 

(1)  Cette  introduction  est  très  caractéristique,  on  nourrissait  alors  des  solitai- 
res, sur  des  colonnes  (les  stylites)  ou  dans  des  réduits,  comme  nous  élevons  des 
oiseaux  dans  les  ca^es. 


78  PLEROPHORIES. 

il  me  vit,  il  me  reçut  avec  plaisir  et  me  regarda  d'un  visage 
joyeux.  Je  trouvai  un  homme  arrivé  au  milieu  de  la  vieillesse 
et  débile.  Sa  figure  était  sèche  etémaciéepar  le  deuil,  les  larmes 
et  la  solitude.  Comme  je  trouvai  grâce  près  de  lui,  je  lui  deman- 
dai :  Puisque  tu  aimes  la  vie  solitaire,  pourquoi  ne  la  professes- 
tu  pas  dans  le  désert  ou  dans  un  monastère,  au  lieu  de  le  faire 
dans  une  ville  comme  celle-ci,  splendide  et  bien  ornée,  et  d'ha- 
biter une  place  publique  et  un  endroit  qui  ne  convient  pas?  —  Il 
leva  silencieusement  la  main  droite  vers  le  ciel,  me  montrant 
par  ce  signe  que  Dieu  le  lui  avait  ainsi  ordonné.  Je  lui  deman- 
dai :  Pourquoi  pleures-tu?  Il  ne  me  répondit  pas.  J'osai  lui  dire 
encore  :  J'ai  pensé  que  la  fin  approchait  et  que  tu  nous  avais 
été  envoyé  en  témoignage  pour  l'annoncer  au  monde  en  ce 
lieu.  —  Il  ne  me  répondit  que  par  des  larmes. 

Depuis  lors  j'allai  le  voir  souvent  pour  me  rendre  compte  de 
sa  perfection  et  m'édifiera  sa  vue  quand  j'en  avais  le  désir. 
Il  était  orthodoxe  et  zélé  pour  la  foi;  il  blessait  beaucoup  les 
Nestoriens,  car  à  leur  vue  il  détournait  son  visage,  aussi  il  fut 
brisé  de  coups  par  eux,  comme  je  l'appris  après  mon  départ, 
et,  affaibli  par  ces  coups,  il  mourut  en  confesseur 

LXXXIX 

A  cette  époque,  il  y  avait  à  Qennesrin  un  évêque  nommé 
Nouno.  Il  était  moine  depuis  son  enfance  et  avait  été  solitaire 
pendant  longtemps  dans  le  grand  et  célèbre  monastère  appelé 
de  Aba  Afjiba  qui  est  près  de  la  ville  (1).  Il  devint  à  la  fin  chef 
et  supérieur  de  ce  monastère.  Au  temps  de  l'évêque  nestorien 
Martyrius,  qui  fut  chassé  LVAiifiochc  à  cause  de  son  hérésie  évi- 
dente, il  y  eut  de  nombreux  contlits,  et  l'évoque  A'o^^/io'dont 
nous  avons  parlé  se  montra  très  zélé.  Il  était  alors  chef  du 
monastère  et  conduisit  ses  frères  à  Antioche,  où  ils  aidèrent 
puissamment  les  orthodoxes,  jusqu'à  l'expulsion  de  J'hérétique 
Mnrh/rius  (2);  aussi  pour  le  récompenser  de  son  zèle  et  de  sa 
diligence,  Pierre,  qui  était  évoque  orthodoxe  d'Antioche  au  temps 

(1)  On  plarait  :ï  tort  près  do  Qennesrin,  entre  Alep  et  Antioche,  le  monastère  de 
ll:ir  Ai>litonius  (cf.  Itar  llehivus,  C.  li.,  I,  :iô9--.iG3).  Ce  dernier  monastère,  comme 
11-  dit  I!.  II.,  l'Iait  sitiii"  sur  i'Eiiplirate. 

CJ)  Cf.  i!;u'  llflirciis,  c/tronicon  EcctesiasHcuiii ,  I,  ISl. 


PLÉROPHORIES.  79 

de  rencyclique  (1).  le  sacra  évèque  de  Qennesrin.  Comme  il 
m'aimait  beaucoup,  nous  étions  familiers,  et  il  m'entendit  par- 
ler du  saint  vieillard  dont  il  est  question  ci-dessus,  qui  demeu- 
rait près  du  palais.  Quand  il  sut  que  je  le  connaissais,  il  me  de- 
manda de  le  conduire  pour  qu'il  fit  sa  connaissance.  En  route, 
je  dis  à  l'évèque  de  m'attendre  un  peu  et  que  j'allais  le  précé- 
der pour  voir  si  le  vieillard  n'était  pas  en  prières  et  si  nous  ne 
le  dérangerions  pas,  et  pour  lui  annoncer  un  zélé  visiteur.  En 
arrivant,  je  le  trouvai  en  prières  :  j'attendis  qu'il  eût  fini  et  en- 
trai; mais  tandis  que  je  lui  parlai,  l'évèque  Nouno,  trouvant  le 
temps  long,  s'approcha  et  frappa  au  dehors  pour  entrer.  Quand 
je  l'entendis,  je  dis  au  vieillard  :  Voici  celui  dont  j'ai  parlé  à  ta 
sainteté;  — je  me  levai  et  allai  au-devant  de  l'évèque.  Dès  qu'il 
entra,  le  vieillard  le  regarda  au  visage  et  fut  rempli  de  colère, 
puis  lui  souffla  plusieurs  fois  à  la  figure,  de  sorte  que  l'évèque 
en  était  plein  de  trouble  et  de  honte.  Je  demandai  au  vieillard 
et  le  suppliai  de  ne  pas  faire  cela,  je  lui  dis  que  c'était  un  évè- 
que zélé  qui  avait  beaucoup  travaillé  pour  l'orthodoxie.  Mais  le 
vieillard  soufflant  toujours  étendait  les  mains,  et  se  rapprochait 
avec  un  air  de  menace.  Il  montrait  une  grande  colère  et  disait  : 
«  Celui-là,  celui-là  »,  au  point  que  j'emmenai  l'évèque  et  sortis, 
plein  de  honte,  pour  ne  pas  exciter  davantage  le  vieillard. 
Après  cette  aventure  j'étais  perplexe  et  me  demandai  pourquoi 
motif  le  vieillard  avait  été  si  excité  contre  Nouno  et  ce  qu'il 
avait  donc  vu  en  lui. 

La  suite  des  événements  me  fit  connaître  ce  motif,  car  cet 
évèque  qui  avait  été  zélé  et  ascète  et  qui  passait  pour  un  cham- 
pion de  l'orthodoxie,  abandonna  la  foi' au  temps  de  l'hérétique, 
de  l'impie  et  du  païen  Calendion  et  se  joignit  à  lui.  Un  grand 
deuil  saisit  tous  les  orthodoxes  quand  on  le  vit  oser  dire  que  le 
Messie  est  un  homme  qui  revêt  Dieu  ou  qui  a  été  pris  (par  Dieu) 
et  que  la  sainte  Vierge  est  la  mère  du  Messie,  puis  confondre,  mé- 
langer et  doubler  le  Messie,  et  autres  choses  analogues  que  nos 
Pères  orthodoxes  rejetèrent  ensuite  (2).  Elles  avaientété  dites  en 

(1)  Cf.  cil.  VII  et  Lix  et  Bar  Ilébreus,  loco  cUalo. 

(2)  La  Vie  de  Sévère  (page  23)  ajoute  quelques  détails  aux  précédents  sur  notre 
auteur  :  après  la  mort  de  Pierre  rihérien,  on  choisit  pour  l'autel  Jean  appelé 
liufus,  qui  auparavant  étudiait  les  lois  à  Beyrouth.  Il  fut  appelé  du  lieu  de  ses 
études  dans  le  clergé  cV A ntioche  là  grande,  par  le  patriarche  Pierre,  qui  l'ordonna 


80  PLÉROPHORIES. 

toute  simplicité  par  quelques-uns  des  saints  Pères,  non  pour 
montrer  la  dualité  du  fils,  des  personnes  du  Messie  ou  de  la  na- 
ture, mais  pour  établir  et  confirmer  qu'il  y  avait  eu  incarnation 
véritable  et  complète,  comme  nous  l'apprenons  par  leurs  nom- 
breux livres  et  écrits.  Les  Pères  orthodoxes,  comme  je  l'ai  dit, 
rejetèrent  ces  locutions,  parce  que  les  hérétiques  s'appuyaient 
sur  elles  pour  dire  qu'elles  confirmaient  complètement  leurs  er- 
reurs. Ainsi  ils  défendirent  de  dire  :  «  deux  natures  après  l'union  » 
et  de  dire  simplement  quand  on  donne  la  communion  :  «  le  corps 
du  Messie  »,  mais  bien  :  «  le  corps  du  Verbe  de  Dieu  »,  ou  encore  : 
«  le  corps  du  Messie  Verbe  de  Dieu  et  notre  Sauveur  »,  comme 
l'a  enseigné  le  bienheureux  Cyrille  dans  l'interprétation  du  cha- 
pitre onze  et  le  bienheureux  Timothée  dans  le  mimré  qu'il  com- 
posa contre  la  lettre  de  Léon  et  le  concile  de  Chalcédoine. 

Quelques-uns  des  clercs  cVAntioche,  au  temps  où  Martyrius 
gouvernait  cette  Éghse,  eurent  l'impiété,  quand  ils  donnaient 
la  communion,  de  dire  cette  simple  parole  :  «  le  corps  du  juste  ». 
On  peut  leur  adresser  avec  justice  la  parole  suivante  de  l'Apô- 
tre (1)  :  «  Si  celui  qui  transgresse  la  loi  de  Moïse  doit  mourir  sans 
miséricorde  sur  le  témoignage  de  deux  ou  trois  témoins,  quelle 
dure  punition  ne  devra  pas  recevoir  celui  qui  méprise  le  fils  de 
Dieu  et  se  rend  coupable  du  sang  de  son  testament  par  lequel 
nous  sommes  tous  sanctifiés,  et  humilie  l'esprit  de  bonté  »?  C'est 
une  belle  parole  et  un  beau  témoignage  pour  toute  la  terre  habitée 
que  la  parole  de  Dieu  au  saint  Josué  fils  de  Noun,  qui  succéda  au 
grand  J/o^s-e  dans  sa  charge  et  ses  privilèges  :  Après  ces  grands 
prodiges  sur  la  mer  et  dans  le  désert,  après  la  manne,  après  les 
nombreuses  et  grandes  victoires,  après  le  passage  du  Jourdain, 
après  la  prise  de  Jéricho  et  la  chute  de  ses  murs  au  cri  du  peuple 
et  sa  perte  complète  et  sa  malédiction,  après  tous  ces  prodiges, 
à  cause  du  péché  d'un  seul  homme  qui  transgressa  l'ordre  de 
Dieu  et  vola  une  partie  du  butin  consacré,  Dieu  se  fâcha  contre 
tout  le  peuple,  Israël  fut  vaincu  par  quelques  combattants,  beau- 
coup d'hommes  furent  tués,  et  tous  étaient  dans  la  crainte  et  le 
tremblement,  de  sorte  que  le  peuple,  y  compris  leur  chef,  le  grand 

j>i-(Hro  ot  avec  leijuol  ii  domi-ura.  Puis  il  alla  on  Palestine  et  professa  le  iiiona- 
cliisine  avec  l'illustre  Pici-iv.  Il  avait  voiuhi  auparavant  tout  ce  iiu'il  ))oss('(lait  a 
Asralon,  car  il  i-tait  (!«•  là,  et  en  avait  donnt'  le  itrix  au\  pauvres. 
(1)  llelir..  X,  l'S  et  2y. 


l'I.KlidlMKiHlItlS.  81 

Josiié,  perdit  tout  espoir,  car  il  est  écrit  :  «  Le  cœur  de  tout  le 
peuple  vacilla  et  devint  comme  de  l'eau  (1).  »  Écoutez  maintenant 
le  récit  de  ce  qui  s'ensuivit,  les  Livres  saints  continuent  :  Josué 
déchira  ses  vêtements  et  se  prosterna  à  terre  jusqu'au  soir  avec 
les  vieillards  du  peuple,  ils  répandirent  de  la  poussière  sur  leur 
tête  et  Josué  dit  :  «  Pourquoi,  Seigneur,  ai-je  fait  passer  le  Jour- 
dain à  ton  peuple  pour  le  livrer  aux  Amoniiéens  qui  nous  fe- 
ront périr?  Nous  serions  demeurés  et  aurions  habité  le  long  du 
Jourdain.  Et  voilà  qu'Israël  a  tourné  le  dos  devant  son  adver- 
saire !  quand  le  Chananéen  et  tous  ceux  qui  habitent  dans  ce  pays 
vont  l'apprendre,  ils  nous  entoureront  et  nous  détruiront  de  la 
terre.  Quelle  tache  pour  ton  nom  !  »  Le  Seigneur  répondit  à  Josué: 
«  Lève-toi,  pourquoi  te  prosternes-tu  à  terre,  le  peuple  a  péché 
et  a  transgressé  le  pacte  que  je  vous  avais  donné.  Il  a  volé  et  a 
conservé  du  butin  que  je  m'étais  réservé.  Aussi  les  fils  d'Israël 
ne  peuvent  plus  résister  à  leurs  ennemis,  car  ils  sont  maudits, 
je  ne  serai  pas  davantage  avec  eux  s'ils  ne  retranchent  la  malé- 
diction du  milieu  d'eux.  » 

Si  donc  le  péché  d'un  seul  qui  transgressa  l'ordre  de  Dieu  oc- 
casionna une  si  grande  colère  contre  tous  les  fds  d'Israël,  que  di- 
rons-nous du  concile  de  Chalcédoine  où  il  y  avait  de  nombreux 
évêques,  et  non  seulement  des  évêques  mais  aussi  des  peuples  en- 
tiers qui  apostasièrent  par  leur  entremise.  Et  ils  n'allèrent  pas 
seulement  contre  un  simple  commandement  touchant  une  chose 
matérielle,  mais  ils  renièrent  la  vraie  foi  en  Dieu  et  en  la  religion, 
et  furent  anathèmes.  Ils  tombent  aussi  sous  l'anathème  du  bien- 
heureux Apôtre  et  sous  les  canons  des  saints  Pères  et  des  conciles 
précédents,  et  ils  ont  attiré  injustement  sur  toute  la  terre  la  colère 
de  Dieu  qui  leur  dit  :  Je  ne  serai  pas  davantage  avec  vous  si 
vous  ne  supprime*  pas  la  malédiction  du  miheu  de  vous.  Et  l'é- 
vénement l'a  bien  montré,  car  depuis  lors  l'empire  romain  a 
perdu  ses  forces  et  a  pris  fin  dès  qu'il  fut  le  principe  du  mal  et 
qu'il  eut  promulgué  cette  abomination  qui  est  la  lettre  de  Léon,  et 
celle  qui  était  maîtresse  et  impératrice  de  tout  l'univers  est  mainte- 
nant esclave  et  sous  la  puissance  des  ennemis  (2).  C'est  ce  qu'a  pré- 

(1)  Josué,  vu,  5. 

(2)  C'est  une  allusion  aux  désastres  é|)rouv(''s  durant  la  guerre  contre  les  Perses. 
Voii'  en  particulier  la  chroniiiui'  du  psendo-Josué  le  Stylite.  —  Mais  l'armée  des 
moines  monophysites  contribua  beaucoup  plus  à  l'affaiblissement  de  l'ernpire  grec, 

6 


82  PLÉROPHORIES. 

dit  Jérémie  :  Comment  se  trouve  déserte  la  ville  qui  était  pleine 
de  peuple?  —  et  encore  :  La  dominatrice  des  pays  a  été  soumise 
au  tribut,  toute  beauté  a  été  enlevée  à  la  grande  ville,  couronne 
de  gloire,  joie  de  toute  la  terre,  Jérusalem  a  fortement  péché, 
aussi  elle  est  livrée  au  tremblement.  Dieu  l'a  appauvrie  à  cause 
du  grand  nombre  de  ses  iniquités  et  de  l'anathème  qui  pèse  sur 
elle  (1).  —  La  prophétie  suivante  d'Isaïe  ressemble  aussi  à  celle 
de  Jérémie  :  Comment  est  devenue  adultère  la  ville  fidèle  deSion 
qui  était  remplie  de  jugement  et  où  habitait  la  justice?  mainte- 
nant on  n'y  trouve  que  des  assassins  et  des  menteurs  (2).  —  En 
un  autre  endroit  il  dit  à  leur  sujet  :  Mallieur,  malheur  aux  fils 
rebelles,  vous  avez  tenu  conseil,  et  non  entre  mes  mains,  vous 
avez  fait  alliance  et  non  avec  mon  esprit  (3).  —  La  lettre  de  Léon 
est  comme  un  réservoir  d'impiétés  et  de  blasphèmes,  aussi 
peut-on  maintenant  leur  dire  avec  justice  au  nom  de  Dieu  :  Je 
ne  serai  pas  davantage  avec  vous,  parce  que  l'anathème  existe 
au  milieu  de  vous.  —  Les  fils  d'Israël  n'ont  pu  résister  à  leurs  en- 
nemis tant  qu'on  n'a  pas  supprimé  l'anathème  du  milieu  d'eux, 
craignons  donc  que  la  prévarication  qui  eut  lieu  au  concile  de 
Chalcédoine  n'accomplisse  une  prophétie  de  l'Apôtre  et  que  ce  ne 
soit  là  cette  rébellion  qui  doit  précéder  l'arrivée  de  l'Antéchrist, 
et  dont  a  parlé  le  vénérable  et  invincible  champion  de  la  vraie  foi, 
Timothée,  colonne  et  gardien  de  l'orthodoxie,  archevêque  d'A- 
lexandrie (4).  Il  dit,  en  effet,  inspiré  par  l'esprit  de  Dieu  :  La  pu- 
nition qui  réalise  la  parole  de  l'Apôtre  est  cet  affaiblissement  de 
l'Empire  romain  qui  n'avait  pas  eu  lieu  depuis  le  commen- 
cement jusque  maintenant. 

Car  il  a  commis  un  grand  péché  en  promulguant  cette  ini- 
quité contre  Dieu  et  cette  source  d'impiété  qui  est  la  lettre  de 
Léon,  comme  nous  le  voyons  et  l'éprouvons  maintenant.  Voici 
la  propliétie  de  l'Apôtre  dans  la  seconde  lettre  aux  Tiiessaloni- 


coiniric  je  l'ai  insinué  dans  la  prt^facc,  (|ii('  cclli'  l'anioiise  it^ttic  de  Lénn.  --  An 
lien  (lp  (lis|M)sor  à  sa  l'anlaisie  des  desseins  di-  \:\  l'rovidencc  n  dos  canses  pre- 
iniéres,  Jean  aniait  dû  étndier  les  canses  .secondes. 

(1)  Lamcnt..  i,  1  et  5. 

(2)i,-.'l. 

(3)  xx.\,  I.  Lu  version  syriaf|ne  cit(''('  par  .Jean  n'est  pas  folic  cpii  fnt  iMipiiiiii'c>  à 
Mo.ssonl. 

(4)  Nons  constatons  henreusenient  que  Jean  et  Tiniothôe  se  trompaient  et  (pie 
l'ari'ivéi'  de  l'AntéchrisI  n'a  pas  .suivi  le  concile  de  Clialct'doine. 


PLÉROPHORIES.  83 

ciens  (1)  :  «  Nous  vous  conjurons,  mes  frères,  pour  l'arrivée  de 
Notre-Seigneur  Jésus-Christ  et  pour  notre  réunion  avec  lui,  ne 
vous  laissez  pas  légèrement  ébranler  dans  votre  sentiment  et  ne 
vous  troublez  pas  sur  quelque  parole,  ou  quelque  bruit,  ou  quelque 
lettre  qu'on  supposerait  de  nous.  Au  nom  de  Tamour  de  Notre- 
Seigneur,  que  personne  ne  vous  trompe  en  quelque  manière  que 
ce  soit,  avant  que  la  révolte  ne  soit  arrivée  et  qu'on  n'ait  vu  pa- 
raître cet  homme  de  péché,  ce  fils  de  perdition,  cet  ennemi  qui 
s'élèvera  au-dessus  de  tout  ce  qui  est  appelé  Dieu  et  de  toute 
crainte,  jusqu'à  s'asseoir  dans  le  temple  de  Dieu,  voulant  lui- 
même  passer  pour  Dieu.  Ne  vous  souvient-il  pas  que  je  vous  ai 
dit  ces  choses  lorsque  j'étais  encore  avec  vous?  Et  vous  savez  ce 
qui  l'arrête  maintenant  pour  n'être  révélé  qu'en  son  temps.  Le 
mystère  d'iniquité  se  forme  à  présent  et  si  seulement  celui  qui 
l'arrête  est  enlevé  du  milieu  (de  nous),  alors  se  découvrira  l'empire 
que  le  Seigneur  Jésus  détruira  par  le  souffle  de  sa  bouche  et  qu'il 
perdra  par  l'éclat  de  son  arrivée.  L'arrivée  de  celui-là,  par  l'opé- 
ration de  Satan,  se  fera  avec  toute  puissance  avec  des  signes  et 
des  prodiges  trompeurs,  et  avec  toutes  les  tromperies  des  mé- 
chants pour  ceux  qui  doivent  périr,  parce  qu'ils  n'ont  pas  reçu 
l'amour  de  la  vérité  qui  les  ferait  vivre.  Aussi  Dieu  leur  enverra 
des  illusions  et  des  erreurs  afin  qu'ils  croient  au  mensonge,  afin 
que  tous  ceux  qui  n'ont  pas  cru  la  vérité  et  qui  ont  consenti  à 
l'iniquité  soient  condamnés.  » 

Quant  aux  paroles  mystérieuses  que  l'on  vient  de  lire  :  que  le 
mystère  d'iniquité  a  déjà  commencé  à  se  former,  qu'on  attend 
seulement  que  celui  qui  l'arrête  soit  enlevé  du  miheu,  les  saints 
Pères  et  les  docteurs  ont  dit  que  c'était  là  une  parabole  annon- 
çant l'affaiblissement  de  l'Empire  romain.  Qui  donc  sera  trouvé 
assez  heureux  pour  être  resté  ferme  dans  la  foi  et  prêt  à  toutes  les 
souffrances  et  pour  avoir  la  confiance  de  se  décerner  la  louange 
de  l'Apôtre  qui  disait  :  J'ai  combattu  le  bon  combat,  j'ai  ter- 
miné ma  course,  j'ai  conservé  la  foi,  aussi  la  couronne  de  justice 
m'est  réservée,  celle  que  Notre-Seigneur  me  décernera  au  jour 
du  juste  jugement.  —  Il  ajoute  encore  :  non  seulement  à  moi, 
mais  à  tous  ceux  qui  ont  aimé  sa  révélation  (2). 

(Ij  Chap.  u,  l-l:!.  11  y  a  ([uelques  différences  entre  ce  texte  et  celui  <lo  la  l'es- 
chito. 
(i)  Il  Tiuioliiée,Tv,  7  et  S. 


84  PLÉROPHORIES. 

Alors  aussi  fut  accomplie  en  toute  rigueur  la  prophétie  du 
prophète  Isaïe  d'après  laquelle  il  n'y  aura  pas  d'anathème  ni  de 
Chananéen  dans  la  maison  du  Seigneur.  —  Le  concile  de  Chal- 
cédoine  avec  son  impiété  et  ses  décrets  nouveaux  est  le  signe  im- 
pur de  la  fln,  l'anathème,  et  la  première  incursion  de  l'Anté- 
christ; ses  partisans  et  ses  adhérents  sont  les  Chananéens 
maudits,  comme  nous  l'avons  montré  dans  ce  qui  précède. 

Il  y  a  d'autres  témoignages,  d'autres  démonstrations  et  d'au- 
tres plérophories  faites  par  Dieu,  en  particulier  aux  saints ,  et  en 
général  à  tous  les  hommes,  au  sujet  de  la  prévarication  qui  eut 
lieu  au  concile  de  Chalcédoine,  mais  je  crois,  pour  ne  pas  trop 
étendre  cet  écrit,  qu'en  voilà  assez  pour  les  oreilles  pies,  pour 
les  amis  de  Dieu  qui  accepteront  bien  ce  que  j'ai  écrit  en  toute 
vérité.  Nous  laissons  maintenant  la  parole  à  celui  qui  jugera  en 
toute  justice  les  vivants  et  les  morts,  au  Dieu  de  vérité  qui  con- 
naît les  cœurs. 

J'ai  conservé  pour  ici  le  précepte  de  l'Apôtre  à  Timofhce  :  «  Et 
toi,  mon  fils,  fortifie-toi  dans  la  grâce  de  Jésus-Christ,  et  ce  que 
tu  as  entendu  de  moi  par  beaucoup  de  témoins  annonce-le  aux 
hommes  fidèles  qui  pourront  ainsi  en  instruire  d'autres  (1).  » 
Quant  à  celui  qui  confierait  le  mystère  de  la  crainte  de  Dieu  à 
ceux  qui  n'en  sont  pas  dignes,  saint  Basile  a  dit  qu'il  ressem- 
ble à  celui  qui  met  un  onguent  de  grand  prix  dans  un  vase  sor- 
dide. —  L'Apùtre  ordonne  encore  :  «  Combats  le  beau  combat  de 
la  foi,  attends  la  vie  éternelle  à  laquelle  tu  es  appelé,  annonce  la 
vraie  religion  devant  beaucoup  de  témoins,  ô  Timothée,  garde  le 
dépôt  qui  t'a  été  confié ,  fuis  les  paroles  vaines  et  impures , 
garde-toi  d'une  science  profane,  les  hommes  qui  la  professent 
s'éloignèrent  delà  vérité,  que  la  grâce  soit  avec  toi.  Amen.  » 

Fin  des  Plérophories,  des  témoignages  et  des  révélations  que 
Dieu  fit  par  lenti-emise  des  saints  au  sujet  de  l'hérésie  des  deux 
natures  et  de  la  prévarication  de  Chalcédoine  (-i). 

F.  Nai. 


(I)  II  TiinolluV,  11,  I  cl  2. 

C^)  .Mirlid  III' (loiiiio  (|iio  72  chapitres  distincts.  Son  diTnirr  chaiiili'c  l'csiimc  à 
la  loisirs  i;lia|iilros88  cl  8!'  i|ui  |ir('cc(Iriil. 


Typographie   Fivmin-Didot  "et  C».  —  Mesnil  (Eure). 


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BR  Joannes  Rufus,  Bp.  of  Maiuma 
225  Les  plerophories  de  Jean, 
jG2lk  eveque  de  Maiouma 


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